sam. Juin 27th, 2026

Meta AI a lancé vendredi une nouvelle expérience nommée Vibes, une sorte de défilement infini de vidéos générées par intelligence artificielle, mises en ligne via l’application et le site de Meta AI. Ce projet semble incarner parfaitement la vision que Mark Zuckerberg avait en tête lors de la création de Facebook.

À l’époque où il bricolait dans sa chambre à Harvard, Zuckerberg expliquait déjà vouloir concevoir un réseau social propice au défilement insensé plutôt qu’à la recherche d’emploi. « Je veux être le nouveau MTV », déclarait-il, donnant ainsi le ton d’une plateforme centrée sur le visionnage passif et répétitif.

Après avoir passé plusieurs heures sur Vibes, une sensation m’a rapidement frappé : la plupart des vidéos ressemblent à des extraits courts de clips musicaux. Comme sur Instagram Reels, on peut choisir une piste musicale pour accompagner chaque vidéo. Certains évoquent les clips kitsch des années 80, d’autres rappellent l’excentricité des réalisateurs Spike Jonze ou Michel Gondry des années 90. De nombreuses vidéos mettant en scène des animaux — chats confortablement installés ou chiens gambadant dans les champs — ressemblent à des scènes issues d’un univers alternatif où MTV et la chaîne Hallmark auraient fusionné.

Ce n’est pas une critique; j’ai toujours aimé les clips musicaux, qui restent pour moi un moyen efficace de me motiver pendant mes séances d’aviron. Mais les meilleurs, souvent réalisés par de jeunes cinéastes ambitieux, racontent une histoire captivante, comme les bons films. Sans récit, le cerveau se lasse vite, même face à des images esthétiques.

Et c’est là le principal défaut de Vibes : toutes ces vidéos sont agréables à regarder, mais aucune ne raconte réellement quelque chose. Après plusieurs heures, on comprend pourquoi les internautes qualifient ce service de « machine à déversement sans fin ».

L’avenir de la vidéo générée par IA ?

Il existe pourtant de nombreuses créations intéressantes en intelligence artificielle qui parviennent à raconter une histoire et marquer les esprits. Le débat sur les risques liés aux droits d’auteur demeure d’actualité, une affaire majeure étant toujours en cours devant la justice.

Mais aujourd’hui, la vidéo générée par IA est devenue incontournable. YouTube autorise désormais l’ajout de vidéos AI dans ses Shorts, tandis que plusieurs autres plateformes comme Imagine ou Midjourney proposent leurs propres services. L’ère de la vidéo générée par IA pour tous est bel et bien arrivée, qu’on l’apprécie ou non — c’est pourquoi il est prudent d’apprendre à reconnaître les signes de manipulation.

Cependant, si Vibes est l’avenir de l’art vidéo par IA, les artistes peuvent rester sereins. Ils savent combien le cadre et la présentation sont essentiels : une œuvre a souvent besoin d’espaces vides autour d’elle. Vibes, au contraire, enchaîne les vidéos comme dans une galerie du XIXe siècle où chaque centimètre de mur doit être rempli — un format tombé en désuétude pour de bonnes raisons.

Après un certain temps, ces nombreux courts-métrages se sont évaporés de ma mémoire. Une exception notable : une vidéo où l’on voit ce qui semble être Tom Hanks et Donald Trump courir dans un champ de maïs — scène étrange déjà vue avec plusieurs chiens courant joyeusement dans d’autres vidéos. Hanks a l’air effrayé, Trump, derrière, avec une longue chevelure flottante, semblait indécis entre poursuivre ou rivaliser. Un petit clin d’œil cauchemardesque de la part de Vibes.

Capture d’écran d’un court-métrage Vibes illustrant une figure humaine se liquéfiant

Capture d’un court-métrage Vibes, reflet de ce que mon cerveau a ressenti après plusieurs heures de visionnage.
Crédit : @WeirdMusicVideos sur Meta AI

Pourtant, Vibes montre aussi les progrès réalisés par la vidéo générée par IA en quelques années. Si les vidéos restent bien mieux produites que les premières tentatives, où les anomalies visibles comme les doigts surnuméraires étaient fréquentes, certaines imperfections demeurent. Par exemple, pourquoi des vacanciers sur une plage regardent-ils la mer plutôt que les dinosaures qui passent à côté d’eux sur la promenade ?

Mais le vrai problème n’est pas l’effet « vallée dérangeante » — ce malaise face à des représentations presque humaines — mais plutôt l’absence de substance et de profondeur.

Les plus jeunes pourront se régaler d’un tel spectacle visuel pendant des heures, à la manière d’une nouvelle version de Baby Einstein. Mais plus l’esprit mûrit, moins il se contente de nouveautés visuelles. Les cerveaux aiment les histoires ; c’est ce qui rend le défilement infini de Facebook initialement si addictif : on partageait des anecdotes, on créait une communauté en débattant. Vibes, c’est la déclinaison vidéo de cette soupe insipide qui rend aujourd’hui les réseaux de Zuckerberg moins attractifs qu’auparavant.

En résumé, Zuckerberg est au plus près de son rêve MTV sur un plan purement hypnotique. En revanche, en terme de narration, de ce qui nous pousse à revenir pour découvrir la suite, la machine de Meta produit un spectacle auquel on ne peut guère s’attacher.

Points à retenir

  • Vibes propose un flux infini de vidéos générées par IA, centrées sur l’impact visuel plus que sur la narration.
  • Ce concept s’inscrit dans la vision historique de Zuckerberg visant un usage passif, proche du défilement illimité et sans but précis.
  • Les vidéos rappellent souvent l’esthétique des clips musicaux, notamment ceux des années 80 et 90, mêlant nostalgie et étrangeté.
  • Malgré les progrès techniques, la plupart des créations manquent d’une histoire ou d’un propos, ce qui limite leur impact à long terme.
  • La problématique importante reste aujourd’hui l’utilisation des œuvres existantes et les questions de droits autour de l’intelligence artificielle.
  • La vidéo IA est désormais intégrée dans de nombreuses plateformes, devenant un outil grand public, mais sans forcément offrir de contenus riches.
  • Le « remplissage » permanent de Vibes s’apparente à une galerie surchargée qui finit par noyer ses œuvres dans un excès de stimuli.

En fin de compte, Vibes illustre une réalité fascinante : la technologie permet de produire du contenu à grande échelle, mais le véritable défi reste de capter l’attention grâce à une vraie qualité narrative. Comme quoi, toute innovation ne vaut pas toujours le coup qu’on s’y attarde… Mais peut-être que l’avenir réservera des surprises, ou alors, nous sommes simplement condamnés à scroller sans fin devant des récréations sans saveur — l’exact contraire du storytelling qui faisait autrefois la force des réseaux.


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