
Donald Trump à la fin d’une réception avec des membres républicains du Congrès à la Maison Blanche le 22 juillet 2025.
Andrew Caballero-Reynolds/AFP
La Maison Blanche sous Donald Trump prévoit de supprimer plusieurs réglementations que les développeurs d’intelligence artificielle (IA) considèrent comme des obstacles à l’innovation, notamment celles visant à promouvoir la diversité, l’équité et l’inclusion, ou à lutter contre le changement climatique.

Cette démarche s’inscrit dans un large plan d’action visant à faire des États-Unis le leader mondial dans le domaine de l’intelligence artificielle. Le président Trump doit présenter ce plan mercredi et signer plusieurs décrets exécutifs sur l’IA.
« Nous sommes dans une course mondiale à l’IA, et nous voulons que les États-Unis remportent cette course », a affirmé David Sacks, ancien cadre du secteur technologique et principal conseiller de Trump sur l’IA et les cryptomonnaies.
Selon Michael Kratsios, directeur du Bureau de la politique scientifique et technologique à la Maison Blanche, plus de 90 mesures seront adoptées dans l’année à venir. Ces actions, encore en grande partie en développement, seront élaborées en collaboration avec l’industrie de l’IA et d’autres parties prenantes.
Kratsios a également annoncé un changement des règles des marchés publics fédéraux afin d’exclure les plateformes d’IA jugées porteuses de « biais idéologiques », notamment celles intégrant des initiatives de diversité, équité et inclusion (DEI).
Il a dénoncé les « lourdeurs administratives » que constituent certaines réglementations, freinant le développement de l’IA dans des secteurs clés comme la finance, l’agriculture, la santé ou les transports. « Nous ne pouvons pas nous permettre d’emprunter la voie européenne, qui étouffe l’innovation », a-t-il souligné, non sans rappeler qu’il est un disciple du milliardaire tech Peter Thiel.
L’industrie technologique s’adapte au deuxième mandat de Trump
Les géants de la technologie semblent avoir trouvé un nouvel allié dans cette présidence réaffirmée. Mark Zuckerberg, PDG de Meta, a mis fin à la vérification tierce des faits sur Facebook et Instagram, dénonçant ce qu’il qualifie de « censure » sur les réseaux sociaux. De son côté, Sam Altman, patron d’OpenAI, est passé de critique à soutien de Trump, participant même à des conférences de presse conjointes avec le président.

Le soutien de cette administration se traduit par une priorité donnée à la compétitivité face à la Chine dans le domaine de l’IA, contrairement à l’administration Biden qui s’était davantage concentrée sur les risques sociétaux et les initiatives de protection des droits civils dans l’usage de ces technologies.
Si ce mouvement est applaudi par de nombreux acteurs de l’industrie, certains critiques s’alarment : laisser les professionnels du secteur définir eux-mêmes les règles risque d’entraîner des normes favorables aux entreprises mais insuffisantes pour garantir la sécurité et l’éthique.
Depuis plusieurs années, chercheurs et experts du domaine alertent sur les dangers inhérents à l’IA, notamment la propagation de fausses informations et la multiplication des fraudes, préoccupations qui semblent pour l’instant mises de côté par l’administration Trump.
Alondra Nelson, ancienne directrice du Bureau de la politique scientifique et technologique sous Biden, souligne un clivage net entre les deux mandats : « Là où l’administration Biden mettait en place des garde-fous pour assurer la sécurité et l’équité, l’administration Trump les fait sauter, privilégiant les intérêts économiques au détriment des garanties pour le public. »

Sur le plan pratique, la Maison Blanche prévoit également d’assouplir certaines normes imposées par l’administration Biden, en particulier sur les subventions destinées aux usines de semi-conducteurs, où sont exigeantes des conditions relatives à la diversité et à la lutte contre le climat.
Des mesures pour faciliter l’obtention de permis à destination des centres de données et des usines de semi-conducteurs, ainsi que pour l’énergie qui les alimente, sont aussi en préparation.
Enfin, la Maison Blanche envisage des aides financières – via la Development Finance Corporation et la Export-Import Bank – pour promouvoir l’usage à l’international des technologies d’IA développées aux États-Unis, sans doute une invitation à exporter à grande échelle l’optimisme américain sur l’intelligence artificielle.
Points à retenir
- La Maison Blanche ambitionne clairement de faire des États-Unis le champion incontesté de l’intelligence artificielle dans le monde, quitte à revoir en profondeur les règles actuelles.
- Une simplification réglementaire axée sur l’exclusion des mesures jugées trop sociales ou écologiques, comme les initiatives DEI, au nom de la compétitivité.
- Un virage stratégique par rapport à l’administration précédente : moins d’attention aux impacts sociétaux, plus à la course technologique face à la Chine.
- La collaboration étroite entre le gouvernement et les leaders du secteur techno laisse planer une question : qui surveillera le chien qui garde le poulailler ?
- Des inquiétudes persistantes sur les risques non encadrés par les mesures prévues, notamment la désinformation et la sécurité.
- L’optimisation des aides industrielles, en particulier dans les secteurs clés comme les semi-conducteurs, pour accélérer la production nationale.
- La stratégie d’exportation des technologies IA américaines, une manière de promouvoir l’influence digitale à l’échelle globale.
Au final, on pourrait se demander si cette course effrénée à l’innovation et à la domination mondiale ne laisse pas un peu de côté le nécessaire questionnement éthique. Mais bon, pourquoi ralentir quand on peut foncer droit devant ? Après tout, qui a besoin de précautions quand on peut avoir la suprématie ? À méditer.