Les personnes exprimant des critiques sur les réseaux sociaux concernant les opérations de l’agence d’immigration ICE doivent désormais faire face à des répercussions. Dans le pire des cas, cela peut même déboucher sur une visite personnelle de fonctionnaires. Officiellement, cette initiative du ministère américain de la Sécurité intérieure vise à identifier ceux qui divulguent des informations privées sur des agents – un phénomène connu sous le nom de “doxing”. Cependant, des avocats spécialisés dans les droits civiques craignent que des publications légalement acceptables, relevant de la liberté d’expression, ne soient également ciblées.
Paigelynne Gonyea, une bénévole électorale, a d’abord reçu un appel l’informant qu’elle avait prétendument “doxé” un agent de l’ICE sur Instagram. Peu de temps après, deux agents se sont présentés dans son bureau de vote. Ils lui ont montré des captures d’écran imprimées de son compte, qu’ils ont rapidement feuilletées. Gonyea, comme le rapporte un réputé journal américain, a reconnu peu de choses, sauf un post contenant une photo de l’agent de l’ICE, Jonathan Ross, impliqué dans la fusillade d’une citoyenne américaine à Minneapolis en janvier 2026. Elle a aussi identifié ses données personnelles.
Les agents ont demandé à Gonyea de supprimer son message concernant Ross et de signer un document indiquant qu’elle avait “potentiellement” enfreint la loi fédérale. Publier des informations privées sur les agents, telles que leurs adresses ou numéros de téléphone, est interdit. En revanche, des éléments contenus dans des documents publics, comme leur nom ou département, peuvent être partagés. Toutefois, il est à noter que de nombreux agents de l’ICE opèrent masqués et sans identification visible.
Des tentatives d’intimidation dénoncées
Gonyea a indiqué n’avoir parlé qu’une seule fois d’un agent de l’ICE sur son profil. À propos d’un article d’un média local, elle a écrit : “Je pense qu’aujourd’hui est un jour idéal pour que Jonathan soit inculpé.” Son nom avait déjà été divulgué dans les médias quelques jours auparavant. Un porte-parole de l’ICE a partagé une autre capture d’écran montrant une photo de Ross avec la mention “Le nom du meurtrier est Jonathan Ross”. Le reste de la publication a été flouté. Gonyea affirme ne pas se souvenir d’avoir divulgué une adresse et envisage de prendre des mesures juridiques.
Les enquêtes menées par l’ICE, jugées intimidantes par plusieurs observateurs, sont gérées par le Bureau de la responsabilité professionnelle à Washington, qui est habituellement chargé d’examiner les fautes internes. Selon des documents judiciaires, cette division a enquêté sur 131 cas de “doxing et de menaces contre des agents de l’ICE” entre janvier 2025 et mars 2026. On ignore combien de ces affaires ont réellement eu des conséquences pénales. La liberté d’expression bénéficie d’une large protection dans le système judiciaire américain ; seules les incitations concrètes à la violence ou à des actes illégaux peuvent être pénalisées.
Il est à noter que l’ICE a considérablement augmenté son budget de surveillance depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, avec une hausse de plus de 50 %, atteignant cette année plus de 250 milliards de dollars. La récente initiative de septembre 2025 vise à surveiller près de vingt réseaux sociaux tels que Reddit, Snapchat et LinkedIn. De plus, des documents publics, tels que les enregistrements de véhicules et les rapports de police, sont également examinés. Les résultats ont été si nombreux que l’OPR a dû faire appel à des personnels d’autres départements pour les traiter.
Selon des avocats, le lancement de cette nouvelle mesure a entraîné une augmentation significative des demandes adressées aux entreprises de réseaux sociaux pour qu’elles fournissent les informations de leurs utilisateurs. Ces requêtes d’ICE sont formulées sans intervention judiciaire, et il semblerait qu’elles concernent même des cas où les agents ne croient pas que les publications en question soient répréhensibles. Ainsi, l’ICE a retiré une demande sur un critique en ligne après que l’avocat de ce dernier ait signalé une violation de la liberté d’expression, la demande n’étant pas présentée en justice.
Points à retenir
- Les critiques de l’agence ICE font face à des visites de fonctionnaires comme mesure d’intimidation.
- Des avocats craignent que des opinions légitimes soient punies dans le cadre de cette initiative.
- Les données personnelles des agents de l’ICE ne peuvent être divulguées, sauf pour les informations publiques.
- Les enquêtes sur le doxing sont centralisées au sein d’un bureau spécifique à Washington.
- L’augmentation du budget de surveillance de l’ICE affecte les réseaux sociaux et l’accès aux données des utilisateurs.
En tant qu’observateur attentif des enjeux sociopolitiques, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur les conséquences à long terme de telles initiatives sur la liberté d’expression. Comment peut-on trouver un équilibre entre la sécurité publique et le droit à la critique ? Ce sujet mérite une réflexion approfondie, tant pour comprendre les dynamiques actuelles que pour anticiper les développements futurs.
