Powell’s Books sous le feu des critiques pour l’usage controversé de l’intelligence artificielle dans ses produits dérivés
Un client averti de la librairie Powell’s Books à Portland a récemment remarqué une anomalie visuelle sur un T-shirt vendu en boutique. Il a partagé l’image sur la plateforme Reddit la semaine dernière, déclenchant une vague d’indignation parmi les fidèles de cette institution. Le motif de la polémique : la possible utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans la création des designs proposés par la librairie.
La publication a engendré des centaines de commentaires sur les réseaux sociaux et suscité la désapprobation du syndicat des employés, qui accuse la direction de rester sourde face aux inquiétudes de son personnel concernant le recours à l’IA dans la conception des produits.
Dans un communiqué diffusé samedi, Powell’s a reconnu le malaise généré et précisé avoir fait appel à un artiste local, aidé par un logiciel doté de fonctionnalités assistées par IA, pour réaliser les illustrations de ses produits dérivés.
Le dessin présente un loup aux griffes acérées, debout sur une pile de livres, avec un souci visible au niveau des reliures. (Photo : Aimee Green, The Oregonian/OregonLive)
À première vue, le T-shirt affiche un loup rugissant aux griffes affûtées, perché sur une pile de livres avec l’inscription « Powell’s Books, farouchement indépendant depuis 1971 ». Pourtant, un examen plus attentif révèle des incohérences dans les reliures des livres. Certaines sont incomplètes, laissant apparaître les pages, tandis qu’un ouvrage semble se transformer en la reliure d’un autre. C’est cette incongruité qui a alerté l’internaute Front_Refrigerator99 sur Reddit, déclarant vouloir retourner le produit, estimant qu’il est « absurde de commercialiser une production aussi bâclée alors que des artistes se ruent pour ce genre de travail ».
Powell’s a expliqué que l’artiste local avait utilisé des outils Adobe, qui incluent désormais des fonctions d’assistance par IA. La librairie tient à souligner sa « valorisation de l’art humain » et son engagement à maintenir la créativité au cœur de ses créations. Elle annonce d’ores et déjà travailler sur de nouveaux modèles pour les fêtes de fin d’année et le printemps, en invitant les artistes locaux à participer à cette aventure.
Malgré la controverse, ces T-shirts et sweat-shirts à capuche restent en vente au magasin principal de Powell’s à Portland, où d’autres motifs, comme un chat au regard farouche empoignant un livre, sont également proposés. Des clients interrogés ignorent la polémique qui enfle autour de ces produits.
Un sweat-shirt décoré d’un chat aux griffes plantées dans un livre, disponible chez Powell’s Books, à Portland. (Photo : Aimee Green, The Oregonian/OregonLive)
La réaction sur les réseaux sociaux est vive. Plus de 650 commentaires sur Reddit et Facebook dénoncent l’ironie de voir l’une des librairies les plus respectées au monde, sanctuaire d’œuvres humaines, recourir à une technologie qu’ils jugent dévalorisante pour la créativité intellectuelle. Le terme « vol » a même été utilisé par certains internautes pour qualifier le recours à l’IA dans ce contexte.
Cependant, certains prennent le contrepied, estimant que « l’IA est inévitable, comme l’électricité », et qu’il faut l’accepter pour aller de l’avant, d’autant que d’autres enjeux sociaux et environnementaux semblent plus urgents.
Le magasin phare de Powell’s Books, situé à l’angle de la 10e et West Burnside Street à Portland, occupe un pâté de maisons entier. (Photo : Aimee Green, The Oregonian/OregonLive)
Dans un nouveau message sur Facebook, le syndicat ILWU Local 5 invite la direction à prendre position clairement sur l’utilisation de l’IA générative. Il rappelle que Powell’s, dont l’activité repose sur la créativité humaine, devrait défendre et protéger celle-ci contre toute technologie susceptible de la déprécier ou la remplacer. Le syndicat regrette que cette crise ait été déclenchée non par leur dialogue interne, mais par la pression publique.
Cette affaire survient alors que Powell’s peine financièrement à se relever de la crise sanitaire et a dû licencier 18 employés cet été, ce qui pourrait laisser entendre que le recours à l’IA est aussi une question d’économie.
Points à retenir
- Un détail graphique dégradé sur un T-shirt a révélé un problème plus large d’utilisation de l’intelligence artificielle dans la création des produits dérivés d’une librairie majeure.
- La réaction des clients et des employés montre une sensibilité forte à la question de la place de la technologie dans des secteurs traditionnellement humains, comme celui du livre.
- Le recours à l’IA suscite un débat sur la valeur de la créativité humaine face à des outils automatisés qui facilitent la production mais peuvent diminuer la qualité perçue.
- Powell’s défend le recours à une assistance IA comme outil de création, tout en affirmant son engagement envers les artistes locaux.
- Le syndicat dénonce un manque de communication en interne et demande une prise de position claire sur l’usage de ces nouvelles technologies.
- En toile de fond, des difficultés économiques pèsent sur la librairie, ce qui peut expliquer en partie ce choix technologique.
Au final, cette histoire rouvrira certainement le débat sur où placer la ligne entre innovation et respect du savoir-faire humain. À quand la librairie robotisée qui vous conseille sur votre prochaine lecture, pendant que l’IA dessine vos T-shirts ? Chez LesNews, on se demande si l’art de la reliure ne va pas bientôt finir par se faire… assembler par un algorithme. Je dis ça, je dis rien, mais un loup généré par IA avec des griffures improbables, ça ne donne pas très envie de courir les bois. Qu’en pensez-vous ?