La santé mentale n'est pas une tendance éphémère !

Pour exercer en tant que thérapeute, un diplôme de master en psychologie, en counseling ou en travail social est requis, accompagné de 1 à 2 ans d’expérience supervisée après l’obtention du diplôme. Cependant, sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, certains utilisateurs semblent éclipser ces années de certification en employant des termes psychologiques de manière désinvolte.

Cela n’est pas complètement nouveau. Environ en 2016, un engouement autour du terme « déclenché » a vu le jour. Ce mot est généralement défini comme quelque chose qui rappelle une expérience traumatique, entraînant souvent une réponse émotionnelle intense. Les utilisateurs en ligne ont dilué cette définition, l’appliquant à toute manifestation de colère jugée excessive.

Aujourd’hui, le détournement des termes psychologiques est davantage répandu, notamment sur TikTok, où le « langage thérapeutique » inonde les plateformes sociales.

Des vidéos virales de style de vie présentent des journées esthétisées de « démission au lit ». Pourtant, ce terme désigne surtout ceux souffrant de dépression, incapables de quitter leur lit pendant des heures, voire des jours, en raison d’un manque de motivation. Il ne s’agit pas simplement d’une manière de se détendre.

Des vidéos humoristiques évoquent des situations où le protagoniste « se dissocie ». Cependant, elles remplacent ce terme par l’idée de simplement « rêvasser ». En réalité, la dissociation implique un décalage psychologique profond entre une personne et sa perception du soi, de son environnement ou de ses émotions.

Les influenceurs affirment établir des limites de soins personnels en évinçant les personnes jugées « toxiques », « narcissiques » ou « manipulatrices ». Toutefois, la difficulté d’une relation ne signifie pas nécessairement qu’elle soit nocive au point de causer un préjudice psychologique significatif. Une personne égoïste n’est pas obligatoirement un narcissique dénué d’émotions, et quelqu’un ayant tendance à mentir ne correspond pas toujours à la définition d’un manipulateur.

De plus, beaucoup de termes liés aux neurodivergences ont perdu leur signification à force d’être utilisés sur les réseaux sociaux, se simplifiant en simples mots à la mode.

Être « en surcharge sensorielle » est devenu l’un de ces termes à la mode, souvent utilisé à la place de « stressé » alors qu’il désigne une expérience spécifique d’overload sensoriel, commune chez les personnes neurodivergentes.

Un autre exemple réside dans les stimulations vocales. Pour les personnes neurodivergentes, le fait de stimuler vocalement est un moyen d’autorégulation face à une surcharge sensorielle ou d’exprimer des émotions. Cependant, les utilisateurs des réseaux sociaux ont tendance à utiliser ce terme pour parler de mèmes populaires ou de sons TikTok qu’ils répètent.

Le terme « hyperfixation » subit également des abus. Il est souvent utilisé pour décrire toute passion, mais l’hyperfixation est une expérience qui implique une concentration intense sur un sujet spécifique, généralement en lien avec la neurodivergence.

Bien que l’usage détourné de ces termes ne soit pas entièrement négatif, il a des conséquences. En intégrant ces termes dans le vocabulaire quotidien, on contribue à réduire la stigmatisation entourant les expériences des personnes neurodivergentes et celles souffrant de problèmes de santé mentale.

De plus, cela permet à des individus d’obtenir un langage pour décrire leurs expériences, favorisant ainsi une communauté de soutien. Toutefois, l’usage inapproprié de ces termes peut mener à une simplification excessive de problématiques complexes.

Lorsqu’on utilise des mots comme « manipulation » ou « narcissisme » dans des disputes quotidiennes, cela transforme des discussions constructives en querelles où l’on se renvoie la balle, souvent sans maîtrise du sujet. Cela peut également minimiser les expériences authentiques des personnes neurodivergentes, amenant à croire que leurs problèmes peuvent être résolus par un court extrait vidéo ou un simple terme.

La santé mentale et la neurodivergence ne devraient pas être perçues comme une tendance, mais comme des dimensions complexes de l’existence humaine. Réduire ces expériences à de simples mots à la mode peut être plus nuisible que bénéfique.

Points à retenir

  • Un master est requis pour devenir thérapeute, suivi d’une expérience supervisée.
  • Les termes psychologiques sont souvent utilisés à tort sur les réseaux sociaux.
  • La dissociation et l’overload sensoriel sont mal comprises dans le langage courant.
  • Le langage thérapeutique à la mode peut diminuer la stigmatisation, mais il peut aussi nuire.
  • Comprendre correctement ces termes est essentiel pour éviter de réduire des expériences complexes.

En considérant les implications de l’évolution de ces termes, je me demande comment nous pourrions mieux promouvoir une utilisation responsable et informée du langage. Il est crucial non seulement de sensibiliser, mais aussi d’encourager des conversations qui vont au-delà des étiquettes pour aborder les nuances des expériences humaines.


Partager : X Facebook WhatsApp LinkedIn Reddit

By Sandrine Dubois

Sandrine Dubois est une Journaliste indépendante trilingue, elle est née sur île de la Grenade, puis a fait ses études aux Etats-Unis à l' "University of Northern Iowa" , aujourd'hui elle intervient sur différents médias Web pour partager ses compétences dans les thématiques sociétales, business, lifestyle et culture.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *