L’ère où l’on ne voit que des paysages en cherchant « Tiananmen » touche à sa fin : le pouvoir des algorithmes de TikTok face à la réalité des droits humains en Chine.

Le 3 avril 2024, les chercheurs de l’Institut de recherche sur les infections numériques de l’Université Rutgers (NCRI) ont mené une expérience intrigante. Ils ont créé 24 comptes TikTok simulant des adolescents américains à la recherche du terme « Tiananmen ». Ce choix est pertinent car 25 % des utilisateurs américains de TikTok sont âgés de 10 à 19 ans.

Que sont-ils parvenus à découvrir ? Au milieu de nombreux résultats, 61 % à 93 % des contenus étaient soit pro-Pékin, soit complètement déconnectés des enjeux des droits humains, tandis que les contenus critiques ne représentaient qu’environ 5 % des résultats.

Un test similaire effectué sur YouTube a abouti à des résultats radicalement différents, soulignant un contrôle de l’information au-delà des frontières. Ce processus est désormais accentué par un récent changement de pouvoir majeur dans l’entreprise.

Une restructuration qui transforme la guerre de l’information

Le 22 janvier 2026, la création de TikTok USDS Joint Venture LLC a permis aux plus de 200 millions d’utilisateurs américains de continuer à utiliser l’application. Cette étape, bien que technique, marque un profond transfert de pouvoir.

Les trois principaux investisseurs de cette entité sont Oracle, Silver Lake et MGX, chacun détenant 15 % des parts, tandis que ByteDance ne conserve que 19,9 %, impliquant que des investisseurs non chinois détiennent environ 80 % des parts.

Cette joint-venture va mettre en place des mesures de sécurité nationale concernant la protection des données, la sécurité des algorithmes, la modération du contenu et la garantie des logiciels. Plus significatif, elle va réentraîner l’algorithme de recommandation de contenu sur les données des utilisateurs américains afin d’éliminer toute influence extérieure. Cela signifie que l’entité qui a déterminé ce que 170 millions d’Américains pouvaient voir est sur le point d’être sérieusement affectée.

Les vérités occultées par les algorithmes : une chaîne de preuves en trois points

Pour saisir pleinement l’importance de cette restructuration, il est essentiel de comprendre comment le PCC a réussi à utiliser les algorithmes comme un outil de contrôle. Trois études publiées dans le journal *Frontiers in Social Psychology* fournissent des éléments probants systématiques.

Preuve 1 : Un biais systématique des résultats de recherche

Les chercheurs ont effectué des recherches sur TikTok, Instagram et YouTube concernant les termes « Tibet », « Tiananmen », « Uyghur » et « Xinjiang ». Ils ont observé que TikTok présentait significativement moins de contenus critiques envers la Chine que les autres réseaux sociaux. Plutôt que de simplement supprimer, le PCC a choisi la « captation de mots-clés », provoquant ainsi une occultation systématique des sujets sensibles.

Preuve 2 : Une promotion algorithmique contraire aux souhaits des utilisateurs

Un constat marquant a été fait : les utilisateurs de TikTok avaient près de quatre fois plus de likes et de commentaires sur les contenus critiques que sur ceux pro-Pékin, mais ces derniers étaient presque trois fois plus souvent présentés. Ce déséquilibre souligne que l’algorithme de TikTok ne suit pas réellement les intérêts des utilisateurs.

Preuve 3 : Un impact tangible sur la perception des utilisateurs

Les recherches ont révélé que plus les utilisateurs passaient de temps sur ces plateformes, plus ils avaient une opinion favorable sur le bilan des droits humains en Chine. En particulier, ceux utilisant TikTok plus de trois heures par jour montraient cette tendance de manière marquée.

Qu’est-ce qui a changé ? Qu’est-ce qui reste inchangé ?

Les modifications sont réelles, mais il faut évaluer soigneusement leurs limites. Ce qui a changé, c’est que ByteDance a perdu le contrôle juridique et opérationnel sur TikTok aux États-Unis. Un nouveau conseil supervisera les décisions de modération, tandis que les algorithmes devront être réentraînés avec des données américaines.

Toutefois, l’essence même des algorithmes, bien qu’en partie sous contrôle, pourrait encore être influencée. Les preuves montrent déjà que certains utilisateurs continuent de rencontrer des problèmes de mots sensibles, soulignant la nécessité d’une surveillance continue.

Une réponse de Pékin : AI et fausse communication

Face à cette perte de contrôle, le PCC a intensifié ses efforts et a mis en place des campagnes d’influence massives sur YouTube, appelées « Shadow Play », utilisant des avatars générés par IA pour produire un contenu pro-Pékin. Ces canaux ont connu un large succès, accumulant des millions de vues.

Opportunités pour les communicateurs d’outre-mer

Le contexte actuel offre une chance sans précédent aux communautés chinoises à l’étranger d’utiliser des plateformes comme TikTok, YouTube Shorts ou Instagram Reels pour transmettre des vérités souvent étouffées. Les tendances algorithmiques favorisent les contenus de type narratif qui sont bien adaptés aux récits des droits humains.

Cependant, il demeure crucial de maintenir une certaine prudence. Les participants doivent prendre des mesures pour protéger leur identité et se prémunir contre les tentatives de répression. La sécurité personnelle est primordiale pour garantir la continuité de leurs actions.

Points à retenir

  • La nécessité d’une évaluation continue de l’impact des changements structurels sur TikTok.
  • L’importance d’une identité numérique protégée pour ceux qui partagent des contenus sensibles.
  • La possibilité de faire entendre des voix longtemps marginalisées grâce à des plateformes non contrôlées.
  • Les défis posés par le retour des influences pro-Pékin sur les réseaux sociaux.
  • La nécessité d’un engagement communautaire pour garantir la diffusion des vérités.

Pour conclure, je pense que la restructuration de TikTok peut représenter un tournant significatif dans la lutte pour la liberté d’expression et l’accès à une information non censurée. Cependant, cela impose aussi une responsabilité immense à tous ceux qui désirent faire entendre ces voix. L’heure est venue de passer à l’action et de transformer cette opportunité en réalité.


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By Sandrine Dubois

Sandrine Dubois est une Journaliste indépendante trilingue, elle est née sur île de la Grenade, puis a fait ses études aux Etats-Unis à l' "University of Northern Iowa" , aujourd'hui elle intervient sur différents médias Web pour partager ses compétences dans les thématiques sociétales, business, lifestyle et culture.

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