Le termes « ultra transformé » s’est imposé comme un sujet à la fois récurrent et polémique dans les discussions sur l’alimentation. Utilisé dans la communication scientifique, les documents de santé publique et même dans le langage courant, il est souvent associé à une image de risque pour la santé. Mais peut-on vraiment évaluer la qualité d’un aliment uniquement en fonction de son niveau de transformation industrielle ? Et qu’en est-il de la classification Nova, élaborée par des chercheurs brésiliens, qui divise les aliments en quatre catégories selon leur niveau de transformation ? Est-elle vraiment pertinente ?
Ces questions ont alimenté une récente rencontre à Camerae Sanitatis, réunissant des nutritionnistes, des techniciens en alimentation, des toxicologues, des universitaires et des représentants institutionnels. Le but était de recentrer le débat sur des bases scientifiques solides, loin des simplifications et des slogans.
Le consensus qui s’est dégagé est clair : il n’existe pas d’aliments catégoriquement « bons » ou « mauvais », et aucun aliment ne peut être jugé uniquement sur son niveau de transformation. Ce qui compte réellement, c’est le modèle alimentaire global, l’équilibre nutritionnel, les quantités consommées et la qualité de l’ensemble de la diète, avec la diète méditerranéenne comme référence scientifique en matière de nutrition saine.
La classification Nova a été particulièrement critiquée, les experts soulignant ses limites méthodologiques et interprétatives, car elle regroupe des produits très variés sans tenir compte de facteurs cruciaux tels que la composition nutritionnelle, les portions, la fréquence de consommation et le contexte alimentaire global. De plus, il n’existe pas de preuves solides établissant un lien direct entre la consommation d’aliments qualifiés d’ultra transformés et l’apparition de maladies.
Des figures comme Vincenzo Fogliano de l’Université de Wageningen et Daniela Martini de l’Université de Milan, ainsi que d’autres spécialistes ont tous fait valoir l’importance d’analyser les données scientifiques, de dépasser les idées préconçues et de communiquer de manière appropriée.
Les intervenants, tels que le vice-président de la Commission des affaires sociales au Sénat, Orfeo Mazzella, et d’autres parlementaires, ont également souligné le rôle crucial de l’industrie alimentaire et des technologies de transformation, jugées essentielles pour garantir la sécurité et l’accessibilité des aliments.
Classifications “sujets” et limites de Nova
Le premier point de désaccord concerne la classification Nova, qui classe les aliments en fonction de leur niveau de transformation. Selon Fogliano, cette approche présente des limites visibles. “La classification Nova repose principalement sur des éléments non mesurables et donc essentiellement subjectifs”, a-t-il indiqué. Les perceptions varient considérablement selon les experts lorsqu’il s’agit d’évaluer un même produit.
Ce qui pose un problème de communication. “Pour beaucoup, ultra transformé est synonyme de malbouffe. Or, cette classification regroupe des produits très différents, certains étant même bénéfiques”. Martini partage cette opinion, arguant que la meilleure manière d’évaluer un aliment consiste à considérer la nutrition, les portions et la fréquence de la consommation. “Par exemple, l’huile d’olive extra vierge est à 100 % des graisses, mais elle est essentielle dans le cadre d’une diète équilibrée”.
La diffusion de messages erronés apparaît comme un risque mitigé. “Dire que les produits de la catégorie quatre sont d’office nuisibles à la santé est erroné. De même, penser qu’une diète uniquement à base d’aliments non transformés garantira une santé parfaite est une idée fausse”, a-t-elle ajouté.
Langage et perception : “Ultra” comme synonyme de danger
Un autre point crucial du débat a concerné la communication publique. Fogliano a notamment souligné que le terme « ultra transformé » contribue à une perception péjorative. “Les mots ont un poids”, a-t-il noté. “Le préfixe ‘ultra’ transmet une négativité instantanée, alors que dans d’autres domaines, comme la technologie, ‘ultra rapide’ est perçu de manière positive”.
De son côté, Murelli a insisté sur l’importance de communiquer de manière équilibrée et non alarmiste. “L’alimentation est un sujet de santé publique. Les mots influencent les comportements et les perceptions”.
Le débat a également abordé les implications économiques et sociales d’une classification jugée trop rigide. Comme l’a souligné Curzi, le fait de stigmatiser des catégories entières d’aliments sans considérer leur rôle nutritionnel peut avoir des conséquences catastrophiques pour l’industrie et l’emploi.
Pointeurs clés sur la diète méditerranéenne et plus
Points à retenir
- Les aliments ne sont pas intrinsèquement bons ou mauvais, leur qualité dépend de la diète globale.
- La classification Nova contient des failles méthodologiques, associant des aliments variés sans tenir compte de leur valeur nutritionnelle.
- Le langage utilisé dans le débat sur la transformation alimentaire peut influencer la perception du public.
- Une communication équilibrée sur l’alimentation est essentielle pour éviter les peurs inutiles.
- Les impacts économiques et sociaux des classifications alimentaires doivent être pris en compte pour préserver innovation et emploi.
À travers ce débat, il me semble essentiel de ramener la discussion sur des bases scientifiques plutôt que sur des idées préconçues. Ce qui est clair, c’est que l’importance d’une approche nuancée ne peut être ignorée. J’invite donc tous ceux qui s’intéressent à l’alimentation à réfléchir aux nuances qui existent dans nos choix quotidiens. La qualité de notre alimentation ne se résume pas simplement à un facteur de transformation, mais dépend de l’ensemble de nos pratiques alimentaires. Quelle place voulons-nous accorder à chaque aliment dans notre diète ? Quelles sont nos responsabilités en tant que consommateurs ?