Des chercheurs de l’Université de Navarre, spécialisés dans l’étude des mouvements de foules, ont voulu comprendre en 2020 comment les piétons se déplaçaient afin de respecter les deux mètres de distance recommandés durant la pandémie de Covid-19. En analysant les enregistrements des expériences, ils ont fait une découverte surprenante : pour éviter de se heurter à autrui, les participants avaient tendance à tourner dans le sens antihoraire. « Nous avons réalisé 24 tests avec différentes densités de personnes, marchant à diverses vitesses ; dans tous les cas, sauf un, le mouvement de rotation était clairement antihoraire », explique Iñaki Echeverría-Huarte, auteur principal de l’étude.
Intrigués par cette tendance, les chercheurs, en collaboration avec une équipe de l’Université de Tokyo, ont mené de nouvelles expériences pour déterminer si ce phénomène était récurrent et quels facteurs l’influençaient. Que ce soit à Pampelune ou à Tokyo, indépendamment du nombre de participants, de leur sexe ou de leur culture, il a été observé que les individus montrent une claire préférence pour tourner dans le sens antihoraire, une tendance qui semble plus marquée chez les plus jeunes. « Bien que nous ne sachions pas ce qui motive cette préférence, il pourrait s’agir d’un élément inhérent à la nature humaine, peut-être d’origine neurologique ou biomécanique », précise Iker Zuriguel, professeur au Département de Physique et de Mathématiques et co-auteur de l’article publié dans *Nature Communications*. Ces résultats pourraient être utiles pour optimiser le design d’espaces publics comme les centres commerciaux.
En explorant la littérature scientifique, les chercheurs n’ont trouvé qu’un seul article en neurosciences mentionnant que, lorsqu’ils rencontrent un obstacle, les personnes droitières préfèrent tourner à gauche, un mouvement antihoraire. Ils ont alors décidé de tester cette hypothèse avec des groupes de gauchers et de droitiers, sans différences notables dans les résultats. Ils ont envisagé que la formation de lignes pourrait jouer un rôle, illustrant comment nous tendons à nous orienter vers la droite lorsque quelqu’un s’avance en face de nous, comme à la sortie d’un concert ou dans une rue commerçante bondée.
Dans le cadre de leurs recherches, le professeur Claudio Feliciani de l’Université de Tokyo a répliqué les expériences. Ses observations ont porté sur des piétons dans différents environnements, prenant en compte la culture, la taille du groupe, le genre, la latéralité et l’âge. Ainsi, à Pampelune, une expérience a consisté à observer un groupe de 150 adolescents dans une vaste cour de récréation de 3 000 mètres carrés, tandis qu’à Tokyo, 200 étudiants ont été observés dans une situation similaire. Les mêmes résultats sont apparus, que ce soit pour les plus jeunes non soumis aux normes sociales ou culturelles; la majorité des mouvements étaient toujours antihoraires.
Les enfants ont présenté une forte préférence pour la direction antihoraire, indiquant que l’âge pourrait influencer cette tendance. Bien que ces découvertes puissent sembler relever de la simple curiosité, elles soulignent que la plupart des phénomènes de locomotion dans la nature n’imposent pas de préférence directionnelle. « Par exemple, les poissons tournent constamment sans distinction, » souligne Zuriguel, ajoutant que cette donnée semble profondément humaine. « Les personnes perdues dans un désert ou une forêt marchent en cercle sans repères visuels, mais notre recherche indique qu’elles pourraient également présenter une tendance pour un sens précis. »
Les chercheurs estiment que ces découvertes pourraient améliorer le confort des individus en matière de mobilité dans des lieux publics tels que les centres commerciaux ou stades. Ils continuent d’explorer l’origine de ce comportement étrange, convaincus qu’il n’est pas lié à la vision, car même en masquant un œil des participants, le biais restait. Pour ceux qui envisagent une explication à grande échelle comme la force de Coriolis, Zuriguel demeure sceptique : « Cela me semblerait incroyable. Je pense plutôt qu’il s’agit d’un phénomène inscrit en nous, lié aux fonctions cérébrales ou à des raisons biomécaniques. » Cette question reste ouverte pour de futures recherches.
Points à retenir
- Les piétons ont tendance à tourner dans le sens antihoraire pour éviter les collisions.
- Cette tendance a été observée dans différentes cultures, sans variations significatives.
- Les jeunes adultes montrent une préférence plus marquée pour ce sens de rotation.
- La formation de lignes pourrait influencer notre directionnement lors de regroupements.
- Les découvertes pourraient être utiles pour l’architecture de lieux publics optimisant la circulation.
Ces résultats ouvrent un champ de réflexion fascinant sur notre comportement en tant qu’êtres humains. Pourquoi ce besoin inné de bouger d’une certaine manière? Est-ce un instinct collectif qui nous pousse à agir de la sorte? Je ressens une forte curiosité à explorer ces dynamiques, qui nous rapprochent d’une compréhension plus profonde de notre interaction avec l’espace et les autres. L’étude du mouvement collectif pourrait-elle aussi nous apprendre sur notre condition humaine? Cela donne vraiment envie d’aller plus loin !