Les températures ne cessent de grimper, avec un pic atteint jeudi à Mannheim et Trier, où les thermomètres ont affiché plus de 38 degrés Celsius. Pour vendredi, le Service météorologique allemand prévoit des températures dépassant les 40 degrés, notamment dans le sud et le sud-ouest du pays. Les prévisions pour dimanche parlent même de valeurs encore plus élevées.
Jörg Kachelmann anticipe des températures variant entre 42 et 43 degrés dans l’est du pays, tandis que le météorologue Karsten Brandt évoque la possibilité de grimper jusqu’à 44 degrés autour de la capitale.
Cette vague de chaleur sans précédent résulte d’un phénomène appelé “dôme de chaleur”. Ce dernier désigne une zone de haute pression atmosphérique qui emprisonne la chaleur au-dessus d’une région donnée. Cette haute pression bloque les mouvements d’air, ce qui entraîne une intensification de la chaleur, car l’air en descente empêche la formation de nuages.
Ainsi, la chaleur du soleil continue de réchauffer la surface terrestre sans entrave. Cette situation engendre, sur plusieurs jours ou semaines, des températures au-delà de la moyenne saisonnière, comparable aux effets d’une serre.
La France touchée par le dôme de chaleur
Un dôme de chaleur, devenu plus fréquent en raison du changement climatique, s’est établi sur la France il y a quelques jours, y battant tous les records de température. Celui-ci se déplace lentement vers l’est à travers l’Allemagne.
Le 10 juin, plus de 150 institutions et organisations des secteurs de la santé, du social et de la société civile avaient déjà tiré la sonnette d’alarme. Elles ont appelé à l’intégration systématique des mesures de protection contre la chaleur dans les plans de gestion des crises, de la santé publique et de protection civile. Un dôme de chaleur prolongé pourrait entraîner, en quelques jours, des dizaines de milliers de décès en Allemagne.
« Comment sommes-nous mal préparés »
Les chercheurs se basent sur une étude extrêmement révélatrice publiée au printemps 2025, intitulée « Dôme de chaleur en Allemagne et notre niveau de préparation ». Un titre plus approprié aurait été : « Dôme de chaleur en Allemagne et comment nous sommes mal préparés ».
Cette étude a été élaborée par Clemens Becker, professeur à l’« Unité de gérontologie numérique » du Centre gériatrique de l’Université de Heidelberg, en collaboration avec Thomas Griebe, responsable de la protection de l’environnement à la ville de Duisburg, et Christian Weingart, médecin-chef d’un hôpital.
Un sujet peu considéré en Allemagne
Les chercheurs concluent que le sujet de la chaleur n’a pratiquement pas été traité en Allemagne. Pas dans la politique, pas dans le discours climatique, et même pas par les gérontologues qui veillent sur la santé des personnes âgées, pourtant parmi les plus vulnérables face à la chaleur.
Ces dernières années, il y a eu des rapports frappants sur les effets extrêmes des dômes de chaleur sur d’autres continents. Depuis 2020, les États-Unis, l’Inde, l’Arabie Saoudite, l’Australie et le Canada ont connu de longues périodes de chaleur. Parfois, elles durent 14 jours, ou plus de 3 mois.
Pourtant, ces événements n’ont pas été suffisamment pris en compte en Allemagne, parfois considérés comme des problèmes exotiques dans des pays à climat extrême. Par exemple, au pèlerinage de La Mecque en 2024, environ 1 000 pèlerins ont perdu la vie à cause d’une vague de chaleur.
Cependant, la menace du dôme de chaleur s’est manifestée avec force lors de l’été 2021, à Vancouver, au Canada. Pour tout Européen qui visite Vancouver en été, savoir qu’il y fait habituellement frais est un fait. Les températures dépassant 30 degrés sont rares, ce qui est dut au fait que Vancouver se trouve au même parallèle que Francfort.
Près de deux semaines à plus de 45 degrés
Néanmoins, en juin 2021, des températures de 45 degrés et plus ont été enregistrées durant près de deux semaines en raison d’un dôme de chaleur. Les températures ont atteint des sommets de 49 degrés, presque 20 de plus que la normale.
Cela a également entraîné d’importants incendies de forêt, qui ont ensuite fait l’objet de plusieurs reportages dans les médias allemands. On estime que cette vague de chaleur record a contribué à des centaines de décès au Canada. En seulement cinq jours, 486 décès soudains ont été signalés en Colombie-Britannique, selon la médecine légale.
Dans ce contexte, les chercheurs constatent que peu de responsables médicaux et politiques en Allemagne ont réalisé que des problèmes similaires pourraient survenir dans leur propre pays. L’expérience du Canada pourrait cependant offrir des leçons cruciales.
« La région de l’Ouest canadien, notamment Vancouver, a considérablement révisé ses plans d’urgence après la vague de chaleur de l’été 2021. Il a été souligné l’importance d’une réaction rapide et ciblée face aux vagues de chaleur. Les groupes les plus vulnérables, souvent largement non atteints, comprennent les personnes âgées, celles souffrant de maladies chroniques physiques et mentales, ainsi que les sans-abri et les ménages au revenu modeste. »
Plans d’action contre la chaleur peu étendus
L’Allemagne est encore loin d’atteindre de tels dispositifs. Avec le dôme de chaleur actuel, ces mesures ne peuvent même pas être mises en œuvre. Il existe maintenant des plans d’action contre la chaleur dans 25 villes et régions, mais celles-ci ne prévoient pas de véritables stratégies pour faire face aux événements climatiques extrêmes.
Les auteurs de l’étude ne s’arrêtent pas là et proposent un catalogue de mesures concrètes. Ils souhaitent notamment la création d’un comité de crise, des critères pour l’activation des alertes de crise, une stratégie de communication via les médias de masse et les réseaux sociaux, ainsi que des plans d’évacuation pour les zones de chaleur. Ils recommandent aussi d’interdire certains emplois de plein air et envisagent des restrictions de congés dans le secteur de la santé. En somme, « il est essentiel de traiter les événements de chaleur extrême comme des catastrophes naturelles pour mettre en place ces mesures. »
Le dôme de chaleur s’apprête à frapper durement les citadins, car cette vague de chaleur s’intensifie dans les zones urbaines, avertit le Service météorologique allemand. Pendant la journée, les villes enregistrent souvent des températures maximales plus élevées et, la nuit, leur refroidissement est moins marqué.
Une dégringolade des températures annoncée pour lundi
Il est donc très probable que dimanche, des températures de 44 degrés soient mesurées à Berlin. Cela représenterait une augmentation de 10 degrés par rapport aux 34 enregistrés jeudi, où de nombreuses personnes avaient déjà exprimé leur inconfort. Cela n’est qu’un avant-goût d’un épisode de chaleur prolongé comme celui connu à Vancouver.
Heureusement, lundi devrait apporter une baisse significative des températures à l’est de l’Allemagne, comme cela a déjà été observé à l’ouest du pays. Cette baisse pourrait s’accompagner d’orages violents.
Points à retenir
- Les vagues de chaleur deviennent de plus en plus fréquentes et impactent la santé publique.
- Un nombre croissant de pays se retrouvent touchés, augmentant ainsi l’importance de l’anticipation.
- Des plans d’urgence existent, mais nécessitent d’être adaptés aux réalités climatiques actuelles.
- Les groupes vulnérables doivent être ciblés dans les stratégies de réponse.
- Il est indispensable de parler des effets du changement climatique de manière concrète et proactive.
La situation que nous vivons actuellement engage notre responsabilité individuelle et collective. À l’heure où les alertes se multiplient, il est crucial de réfléchir à nos comportements face aux phénomènes climatiques. Comment se préparer au mieux pour protéger les plus fragiles et éviter que ces événements ne deviennent une norme tragique ? Cette réflexion devrait nous inciter à agir, à sensibiliser notre entourage et à promouvoir des solutions durables. L’urgence est là, il est temps de se mobiliser.
