« Ne riez pas, » confie Stefano Domenicali, « mais je n’ai pas de voiture. Je ne conduis pas. Les gens ne me croient pas, pourtant c’est vrai. » Une déclaration étonnante venant du patron de la Formule 1, mais quand on occupe la tête du sport le plus en vogue au monde, il est parfois difficile de trouver le temps pour un simple tour de roue le dimanche.
Depuis sa prise de fonction en 2021, la F1 a connu une véritable explosion. Un public autrefois majoritairement masculin et plus âgé – seulement 8 % de fans féminines en 2017 – a laissé place à une base de supporters jeunes, principalement entre 16 et 24 ans, avec quasiment une répartition équilibrée entre hommes et femmes. Rien que l’an passé, 90 millions de nouveaux spectateurs se sont ajoutés, portant le total à plus de 800 millions de passionnés.
« Ces cinq dernières années, nous avons totalement revu notre communication envers les fans, » explique Domenicali. Au cœur de cette transformation : un engagement résolu vers une narration passionnante et cinématographique, illustrée notamment par la série documentaire à succès Drive To Survive sur Netflix. « Être constamment en mode ‘enregistrement’, anticiper pour rester pertinent, voilà ce dont je suis le plus fier. »

Nous rencontrons le dirigeant en avril, juste après le Grand Prix du Japon. À 59 ans, Stefano revient de Suzuka et a déjà passé une journée bien remplie au siège londonien de la F1 avant de s’envoler pour Bahreïn, lieu de la prochaine course. Toujours jovial, il affiche un sourire digne d’un jeune prodige comme Lando Norris après une première place. Le décalage horaire ? Un non-problème selon lui. « Le programme est intense, mais ça va. Nous sommes jeunes à l’intérieur ! » lâche-t-il avec un clin d’œil.
Le calendrier de la Formule 1 compte désormais 24 courses par saison, réparties sur cinq continents. Tandis que pilotes et équipes cherchent à améliorer leurs temps au tour, Domenicali a lui aussi les yeux rivés sur le résultat : plus de visibilité, des partenariats commerciaux plus rentables et des fans toujours plus satisfaits. « Certains trouvent 24 courses trop nombreuses, mais je leur dis : ‘Attendez, combien de matchs y a-t-il au foot ?’ Les jeunes ont du mal à lâcher leur téléphone, il faut donc leur offrir du contenu régulièrement. »
Le succès de la Formule 1 a transformé un sport déjà privilégié par des marques de luxe en véritable empire commercial. Domenicali se trouve au cœur de cette dynamique, notamment grâce à un contrat de dix ans avec le géant LVMH, lancé cette saison, et estimé à un milliard de dollars. « La F1, c’est bien sûr la course, mais c’est devenu bien plus. Peu de sports peuvent s’enorgueillir d’une portée véritablement mondiale – c’est notre cas. Nous touchons divers univers : le lifestyle, le voyage, la mode, la technologie et l’innovation. »
Points à retenir
- Stefano Domenicali, malgré son rôle de patron de la Formule 1, ne conduit pas : une anecdote qui fait sourire mais questionne sur la vie d’un dirigeant à 300 à l’heure.
- La F1, longtemps vue comme un sport élitiste et masculin, se réinvente pour séduire un public plus jeune et plus féminin, un pari visiblement réussi.
- La série Drive To Survive joue un rôle clé dans ce succès, transformant chaque course en un spectacle digne d’Hollywood.
- Un calendrier chargé de 24 courses permet de nourrir les fans en contenu, indispensable à l’ère du smartphone et du zapping perpétuel.
- Le partenariat avec LVMH, loin d’être anecdotique, symbolise l’importance croissante de la F1 dans l’univers du luxe et du lifestyle.
- Plus qu’un simple sport mécanique, la F1 est un vaste terrain de jeu qui mêle technologie, mode et voyage, s’imposant comme une plateforme globale.
Au fond, cette transformation de la Formule 1 me pousse à me demander : si la F1 est désormais un blockbuster reliant courses et lifestyle, où est-ce que l’on place le pilote ? Entre communication, partenariats et stratégies marketing, le vrai spectacle, ce ne serait pas la gomme sur l’asphalte, mais bien celui des coulisses. Et si, finalement, conduire à fond, c’était surtout de savoir jongler avec le temps, les deals et les coups de com’ ? Après tout, ce n’est pas tout le monde qui peut prétendre à un milliard sur 10 ans… moi, j’attends la saison prochaine avec mon popcorn.