La Vuelta a España 2025 débute ce samedi à Turin, et pour commencer, envisageons deux scénarios.
- João Almeida et Juan Ayuso embrassent une co-direction au sein de l’équipe Emirates, marquée par l’entraide et le fair-play. Ensemble, ils affrontent Jonas Vingegaard, et l’un d’eux – celui qui se révélera le plus fort – pourrait bien remporter la course ou, à tout le moins, se hisser sur le podium.
- Almeida et Ayuso se montrent incompatibles, courant chacun pour soi, sans prêter attention à ce qui pourrait être bénéfique pour l’équipe. Aucun d’eux ne se sacrifiera pour l’autre, si cela devient nécessaire.
Quel de ces scénarios se réalisera ? La Vuelta 2025 se chargera de nous le dire dans les trois semaines à venir, avec une “société” João & Juan, où le Portugais partage la direction de l’équipe Emirates avec l’Espagnol.
Commençons par aborder un concept que l’on pourrait qualifier de « diplomatie méfiante ». Avant le début de la Vuelta, João Almeida a assuré que les tensions avec Ayuso faisaient désormais partie du passé. « Nous avons déjà connu quelques petites frictions, mais les choses s’arrangent… En général, nous nous entendons bien et nous visons le succès en tant qu’équipe, pour gagner des étapes et tenter de remporter la Vuelta », a-t-il déclaré au journal Abola.
Est-ce là une pure diplomatie, la seule déclaration envisageable avant la course ? Ou Almeida exprime-t-il réellement ce sentiment ? Ce pourrait-il que cette « diplomatie méfiante » soit celle d’un Portugais prudent avec les mots, mais possédant une inquiétude légitime envers son camarade espagnol ? Les réponses demeurent floues, mais il est possible d’analyser les événements passés et d’anticiper ceux à venir.
D’après ce que l’on sait d’Ayuso et des interactions qu’il a eues avec Almeida, il semble que le cycliste espagnol ne soit pas prêt à se sacrifier aisément pour son leader. De la même manière, il est peu probable qu’Almeida fasse preuve d’autant d’altruisme, surtout s’il estime être en bonne forme – le Portugais est un cycliste d’équipe, mais une promesse de leadership lui a été faite en l’absence de Tadej Pogacar.
Par conséquent, cette collaboration instaurée par Emirates pourrait représenter un atout ou un inconvénient pour le Portugais. D’un côté, il a un partenaire dont le talent pourrait en faire le meilleur domestique pour Almeida. De l’autre, l’harmonie entre eux pourrait s’avérer fragile, et dans un moment de faiblesse, Almeida pourrait facilement se retrouver dans la position de soutien pour Ayuso.
Le cyclisme a à maintes reprises démontré que les hiérarchies floues engendrent des échecs, mais il est légitime de dire que cette stratégie n’est pas dénuée de sens pour l’équipe.
Ayuso n’a pas couru depuis le Giro, et sa forme actuelle demeure incertaine, tandis qu’Almeida, ayant souffert de fractures aux côtes durant le Tour, n’est pas en pleine possession de ses moyens – il admet lui-même ne pas être à 100 %.
Dans un scénario où l’équipe Emirates dominait la course, le problème se réglerait avec un isolement des coureurs sur les ascensions les plus exigeantes, chacun courant pour soi. Mais cela semble aussi probable que de voir Ayuso crier à travers l’Espagne qu’Almeida est son meilleur ami.
Pourquoi une telle probabilité paraît-elle faible ? Parce que Vingegaard, après avoir perdu le Tour face à Pogacar, participera également à la Vuelta, et de surcroît, l’équipe Visma qu’il emmène ne viendra pas juste pour faire du tourisme.
C’est pourquoi Almeida déclare que « face à un adversaire aussi redoutable, jouer avec deux cartes pour épuiser notre ennemi serait un grand atout ».
Almeida vise le podium
Jeter un œil sur le Tour de France peut s’avérer trompeur dans ce contexte. D’un côté, il indique que Vingegaard a été battu sans grande difficulté, à plus de quatre minutes du vainqueur. En revanche, il révèle également que le coureur suivant a terminé à presque sept minutes, intégrant l’idée que Pogacar et Vingegaard se trouvent dans une catégorie à part, même si le Slovène pourrait être un cran au-dessus du Danois.
La bonne nouvelle pour João Almeida – et les bookmakers semblent l’approuver – est qu’en dehors de Vingegaard, aucun autre cycliste ne paraît à son niveau.
Le podium est donc le minimum acceptable pour Almeida, qui l’a confirmé auprès de Lusa : « Compte tenu de la situation, je me positionne pour le podium. Je ne serais pas satisfait d’un résultat inférieur, évidemment. »
À la suite d’Almeida et Ayuso, des cyclistes comme Tiberi, Ciccone, Bernal, O’Connor, Landa, Gall, Hindley, ou même les « réservistes » de la Visma comme Jorgenson et Kuss pourraient se présenter.
Toutefois, chacun de ces coureurs fait face à un handicap : soit ils manquent de performance au contre-la-montre, soit ils sont en mauvaise forme, soit ils arrivent épuisés de la saison, ou seront contraints de travailler pour un autre leader.
Il est probable que João Almeida n’ait jamais pris le départ en tant que second favori évident à la victoire – et cela, en plus d’être inédit, est encourageant. Il n’a pas non plus été en compétition comme le deuxième cycliste le plus victorieux de l’année (seul Pedersen a remporté plus de victoires en 2025). Néanmoins, il aborde cette course avec des côtes fracturées peu de semaines auparavant.
La course s’élancera depuis l’Italie, traversera la France et continuera à travers les Asturies, la Galice et Madrid. Elle comportera six jours de montagne difficile et cinq étapes de sprint marquées (avec la présence de Philipsen et Pedersen), ainsi qu’un contre-la-montre par équipes et un contre-la-montre individuel.
Ce dernier comptera 27 kilomètres, un format qui ne semble pas idéal pour Almeida – de nombreux rivaux éprouvant des difficultés sur la “chrono”, le Portugais aurait souhaité une plus grande dominance de cet aspect, tout en sachant que Vingegaard y excelle également.
Enfin, parmi les coureurs portugais participants, on note la présence d’Ivo Oliveira, qui accompagnera Almeida dans l’équipe Emirates, ainsi que Soler, Bjerg, Vine, Grosschartner et Novak. En somme, Almeida aura Ayuso à ses côtés, et inversement. Ou pas.
Points à retenir
- Les performances d’Ayuso et Almeida en Vuelta pourraient déterminer leur avenir au sein de l’équipe Emirates.
- La dynamique de travail en équipe est essentielle dans les courses par étapes, en particulier face à des adversaires redoutables comme Vingegaard.
- Almeida ambitionne un podium, et cela soulève des interrogations sur ses capacités physiques après ses blessures.
Le paysage actuel du cyclisme professionnel nous invite à réfléchir sur l’équilibre délicat entre individualité et esprit d’équipe. Au-delà des rivalités, comment les athlètes parviennent-ils à naviguer dans ce contexte afin d’optimiser leurs performances collectives tout en préservant leurs intérêts personnels ? Cela pose la question : quelle place occupe le sacrificiel dans les sports d’équipe aujourd’hui ?
La Vuelta de cette année semble prometteuse, et j’ai hâte de voir comment Almeida et Ayuso vont gérer la pression ensemble. Le travail d’équipe sera crucial!
La dynamique entre Almeida et Ayuso sera cruciale. Leur réussite dépendra de leur capacité à travailler ensemble pour défier Vingegaard. Cela promet d’être passionnant !