mar. Juin 23rd, 2026

Depuis seize ans que le média Angry Metal Guy fait vibrer la scène metal, j’ai souvent critiqué cette tendance à ressusciter à l’identique des sons d’antan. Surnommée “Nostalgiacore”, cette mode déforme la créativité en imitations trop fidèles. J’avoue avoir égratigné avec une certaine ironie Steel Druhm pour son obsession des jours glorieux passés, et roulé des yeux face aux groupes comme Rethrash, noyés dans une mer de 3 500 formations hebdomadaires en 2015, tous revêtus de pantalons pattes d’éph et s’inspirant à outrance de riffs de Black Sabbath vieux de plus de 45 ans. Le blues rock réchauffé semble ainsi cacher un sévère déficit d’originalité, la pédale de fuzz transformée en fausse signature artistique. Pourtant, fatigué sans doute par la surenchère “atmosphérique” et “brutale”, je me surprends à retrouver le plaisir simple d’un heavy metal sincère et authentique. Après Wytch Hazel et Grendel’s Syster, place désormais à Phantom Spell avec leur nouvel opus Heather & Hearth.

Phantom Spell est l’œuvre de Kyle McNeill, chanteur et guitariste de Seven Sisters. Ce multi-instrumentiste et magicien de studio expert en nostalgie minutieuse, replonge dans l’époque où Steel Druhm nourrissait ses débuts, un temps où les rockeurs manient les instruments avec une vraie maîtrise, fruit d’années d’étude musicale plutôt que de simples coups de chance. Heather & Hearth évoque une formation progressive des années 70, avec une section rythmique solide, des guitares légèrement saturées et prêtes à jaillir en harmonies explosives. Le tout rappelle tantôt Manilla Road, Kansas, Wishbone Ash, ou même les premiers Iron Maiden. L’entrée en matière de l’orgue Hammond, sur “The Autumn Citadel”, fait quant à elle revivre la douce mélancolie des étés de Camel.

Kyle McNeill en pleine performance
À l’instar de ses prédécesseurs, Phantom Spell séduit par son écriture et son chant. McNeill maîtrise les structures progressives classiques, alternant signatures rythmique et duels de guitares. Ce qu’il réussit particulièrement bien, c’est d’imbriquer musicalité et compositions réfléchies. L’album échappe au simple exercice de style : il se lit comme une lettre d’amour tolkienienne griffonnée dans les marges d’albums patinés, empruntant le vocabulaire d’antan mais construisant sa propre grammaire. Des morceaux comme “A Distant Shore” ou “Siren Song” marient mélodie souple et variations rythmiques tandis que “Evil Hand” twist avec une ossature rock familière évoquant Tom Petty et Opeth. La tessiture vocale de McNeill, de son registre grave étonnamment solide à ses aigus angéliques, apporte émotion sans tomber dans le kitsch. Il tricote les harmonies comme un passionné éduqué à Leftoverture ou The Snow Goose, sachant aussi ménager des respirations pour la basse. Heather & Hearth regorge de choix judicieux, démontrant l’oreille fine d’un compositeur soucieux d’équilibre.

Derrière cette réussite se cache une production particulièrement soignée. L’album offre une belle dynamique, rappelant l’équilibre organique d’un Exile de Black Sites. Sans surcharger la texture sonore, McNeill laisse place à un rendu vivant, presque organique, notamment lorsque basse et batterie occupent le devant après des harmonies parfaites — comme sur “Evil Hand”. Cette authenticité est cependant rééquilibrée par un travail méticuleux en studio, visible dans la précision presque inhumaine des harmonies sur la somptueuse piste bonus “Old Pendle”.

Dans sa globalité, Heather & Hearth séduit par sa structure. D’une durée modérée d’environ 37 minutes, il s’ouvre et se ferme sur deux morceaux de 11 minutes, encadrant des titres plus courts. L’album alterne passages énergiques et moments mélancoliques, lesquels peuvent être à la fois atouts et fragilités. McNeill s’illustre davantage quand l’énergie bat son plein — la section rythmique virevoltante, les guitares en harmonie, la musique qui pulse. L’autre facette, plus douce et poignante, reste séduisante mais aurait gagné à être davantage intégrée. Le cœur proto-metal puissant du disque aurait mérité d’être plus audible tout au long.

Ce disque est une belle réussite, mais il doit désormais prouver qu’il dure dans le temps. De l’intro aux orgues aux murmures sonores qui concluent l’album, Heather & Hearth est une exploration triomphante de la composition. De ses mélodies à ses soli en passant par ses harmonies impeccables, Phantom Spell semble animé par de grandes ambitions. Reste le regret de sa nature solo : imaginer un groupe capable de reproduire ces harmonies sur scène aujourd’hui serait un rêve délicieux. Phantom Spell fait naître une douce nostalgie pour une époque où il aurait été inconcevable qu’un tel projet voie le jour. Une réussite pleine d’émotions contrastées, donc.


Note : Excellent !
DR : 8 | Format écouté : MP3 320 kb/s CBR
Label : Cruz del Sur Music
Date de sortie : 18 juillet 2025

Points à retenir

  • Le mouvement “Nostalgiacore” divise : entre hommage sincère et simple copie, il inspire autant d’enthousiasme que d’exaspération.
  • Phantom Spell incarne la nostalgie progressive des années 70, nourrie par une véritable expertise musicale et scénaristique.
  • L’album propose un équilibre judicieux entre énergie brute et douceur mélodique, avec un penchant vers un heavy metal authentique.
  • La production de Kyle McNeill évite le piège de la surenchère en studio, privilégiant un rendu vivant et naturel malgré quelques ajustements subtils.
  • Malgré les qualités évidentes, on ne peut s’empêcher de souhaiter que ce soit un véritable groupe qui porte ce projet sur scène, pour ressentir l’impact en direct.
  • Avec une durée raisonnable et un agencement soigné, l’album se laisse savourer sans tomber dans l’écueil des longueurs typiques du genre.

En somme, Heather & Hearth est comme ce vieux vinyle que l’on ressort en se demandant s’il a encore la magie d’antan. À l’écoute, le charme opère, mais on ne peut s’empêcher de se poser la question : avons-nous dépassé l’époque où une telle musique paraissait révolutionnaire ou cultissime ? À force de vouloir ranimer la flamme du passé, ne finit-on pas par avoir plus hâte de revoir le groupe sur scène qu’à écouter le disque une seconde fois ? Moi, en tout cas, je suis déjà en train d’imaginer un groupe avec cinq voix pour chanter ces harmonies sur scène… À moins que je ne sois juste nostalgique moi aussi ?


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