Bilan 2025 : entre expansion créative et incertitudes réglementaires pour l’audiovisuel brésilien
L’année 2025 a confirmé une dynamique positive pour l’audiovisuel brésilien. Si le cinéma a confirmé sa vitalité par des récompenses internationales — dont des succès aux Oscars, à Cannes et à Berlin — la télévision et les plateformes de streaming ont montré, de manière moins spectaculaire mais tout aussi significative, une diversité de formes et de sujets qui inspire confiance.
Critiques et publics se sont enthousiasmés pour des séries très diverses : le drame délicat de Máscaras de Oxigênio Não Cairão Automaticamente, l’action aquatique de Pssica, la comédie tendre Pablo e Luisão ou l’ambition de blockbuster de Os Donos do Jogo. Ces productions se sont imposées face à une offre étrangère elle aussi riche cette année, portée par titres comme Pluribus, O Estúdio et The Pitt — deux d’entre eux ayant été salués aux Emmy Awards, qui ont privilégié des nouveautés lors de leur dernière édition.
Cependant, des nuages planent côté industrie. La Chambre des députés a validé en 2025 une loi visant à réglementer les services de streaming ; le texte, désormais soumis au Sénat, impose notamment des cotisations et des quotas pour le contenu national. Certains craignent que ces obligations dispersent les financements et pèsent sur la qualité des productions. Wagner Moura, impliqué dans O Agente Secreto, a critiqué la mesure en fin d’année, estimant qu’elle reste trop conciliante avec les plateformes étrangères et suscite une vive polémique en ligne.
Du côté des professionnels, l’espoir demeure que la régulation améliore les conditions de travail et stimule des investissements conséquents — à l’instar des mises en chantier ambitieuses menées par la Globo, pilier historique de la télévision brésilienne, comme la grande telenovela Vale Tudo, conçue pour marquer les soixante ans de la chaîne.
La fiction d’auteur a aussi animé les discussions : la « novela das nove » Vale Tudo a déclenché débats et spéculations — la disparition d’Odete Roitman a provoqué conversations dans les bars et boulangeries de Rio. La performance de Débora Bloch dans ce rôle d’antagoniste a marqué les esprits, tout comme la Raquel de Taís Araújo, dont l’évolution scénaristique a suscité des critiques de la part de l’actrice et d’une partie du public.
Sur le streaming, la première telenovela de HBO Max, Beleza Fatal, a imposé la Lola incarnée par Camila Pitanga : une figure impitoyable devenue icône pop, propulsant la plateforme à commander une seconde saison. Sur Globoplay, Guerrreiros do Sol, plus courte que les feuilletons traditionnels, a montré un soin de production élevé — photographie, direction artistique et costumes rappelant ce qu’on appelle la « TV de prestige ».
Parallèlement, de nouveaux formats se diffusent : les micronovelas ou « novelas verticales », pensées pour le visionnage sur téléphone et diffusées via TikTok ou Kwai, misent sur des intrigues simples, peu de décors et des budgets réduits. La Globo a réagi en produisant, entre autres, Tudo por uma Segunda Chance, offrant un rôle à l’influenceuse Jade Picon, puis Cinderela e o Segredo do Pobre Milionário, avec le chanteur Gustavo Mioto.
La fascination pour les récits criminels reste forte. Des séries comme Tremembé et Ângela Diniz: Assassinada e Condenada ont trouvé leur public, parfois critiquées pour une possible glamourisation des faits. Côté documentaire, Bateau Mouche: O Naufrágio da Justiça s’inscrit dans cette tendance d’enquêtes sur des affaires sensibles.
La mondialisation des goûts se confirme : des productions étrangères ont continué d’impacter les conversations — Round 6 a mis en lumière la force de la fiction sud-coréenne, Adolescência (Netflix) a poussé à réfléchir sur la jeunesse actuelle, et Stranger Things a clos une décennie d’influence sur les usages et les codes de la série de streaming.
Sur le plan technique, l’introduction massive de l’intelligence artificielle a transformé les salles de montage : la Globo a expérimenté des outils d’IA pour des retouches visuelles sur Êta Mundo Melhor!, tandis que le SBT a utilisé la technologie pour recréer le visage et la voix de son fondateur, Silvio Santos, décédé en août. Le SBT, désormais dirigé par Daniela Abravanel Beyruti, oscille entre un rappel à ses racines et la recherche de nouveaux talents numériques. La chaîne a également lancé SBT News, une chaîne câblée d’information ciblant les classes supérieures — un lancement qui a provoqué des débats publics.
Les rédactions aussi ont connu des bouleversements : l’annonce du départ de William Bonner du Jornal Nacional après 29 ans a entraîné une réorganisation notable des présentateurs à la Globo, avec César Tralli et Roberto Kovalick repositionnés à de nouvelles éditions.
À l’international, les talk-shows ont subi des secousses : des formats longuement implantés, comme le Late Show de Stephen Colbert, se sont préparés à s’interrompre, tandis que Jimmy Kimmel Live! a été suspendu après une controverse.
Enfin, le pays a dit adieu à plusieurs figures emblématiques de la télévision : l’acteur Francisco Cuoco, la comédienne Berta Loran et l’actrice Lúcia Alves ont fait partie des pertes regrettées par le milieu culturel cette année.
Points à retenir
- Le cinéma brésilien a confirmé sa place sur la scène internationale grâce à des prix majeurs, reflétant une créativité reconnue.
- La télévision et le streaming montrent une grande diversité de genres — du mélodrame aux séries d’action —, ce qui nourrit l’optimisme des professionnels.
- La loi sur la régulation du streaming, adoptée par la Chambre et désormais au Sénat, suscite des doutes : elle pourrait améliorer les conditions de travail, mais aussi fragmenter les investissements.
- De nouveaux formats (micronovelas verticales) réinventent la consommation sur mobile et attirent l’attention des grandes chaînes, dont la Globo, institution historique du paysage télévisuel.
- L’intelligence artificielle s’intègre aux processus de production, posant des questions éthiques et pratiques, illustrées par des usages variés chez Globo et SBT.
- La fascination pour les récits criminels persiste, alimentant séries et documentaires parfois controversés.
- Les mouvements dans les présentations des journaux télévisés et la disparition de personnalités cultes soulignent une transition générationnelle dans les médias.
En toute franchise, je vois 2025 comme une année de contrastes : d’un côté, une production riche et expérimentale qui affirme la maturité créative du Brésil ; de l’autre, des décisions politiques et technologiques qui pourraient redessiner profondément les équilibres financiers et éthiques du secteur. À présent, il nous faut suivre de près les débats au Sénat, peser les effets concrets de l’IA sur les métiers et se demander collectivement quel récit nous voulons soutenir pour la suite — culturellement et socialement.
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