LesNews — Sioux Falls
Il y a bien des années, à l’époque où le quotidien disposait encore d’un bureau, d’une rotative et d’une équipe de reporters sportifs, nous étions quelques-uns rassemblés autour d’une petite télévision de 13 pouces posée au-dessus des postes sport. On regardait SportsCenter en attendant que la production nous apporte les épreuves du lendemain.
Un collègue traversa la salle en riant devant une publicité rediffusée en boucle. Je le taquinai : « Tu n’as jamais vu cette pub ? » Il répondit, sans y prêter garde : « Non, je n’ai pas le câble. Je ne regarde presque pas la télé. » Je l’imaginais déjà, ce dimanche de Super Bowl, plongé dans un salon tamisé en écoutant du jazz — quelle étrangeté. J’avais tort de le mépriser.
Deux décennies plus tard, alors que beaucoup d’Américains coupaient le cordon, je résistais. Oui, le câble coûtait cher. Oui, je ne regardais réellement qu’une trentaine des quelque 500 chaînes disponibles. Oui, Netflix — qui s’est imposé par sa production originale — était séduisant.
Mais le sport en direct me retenait. Le baseball des Twins, chaque été, faisait partie de mes rituels, et au début des années 2020 je gardais l’abonnement essentiellement pour ça. Puis, en mai 2024, dans une lutte pour les droits télévisés, les diffusions des Twins furent limitées localement : blackout. Le lendemain, j’ai rendu mes boîtiers et mes télécommandes.

J’ai passé l’été à chercher des flux douteux et parfois infectés (ne vous y risquez pas : on peut très vite tomber sur des publicités inappropriées au pire moment). Quand MLB a enfin levé les blackouts sur son application, j’ai payé près de 200 $ pour l’accès — et je ne le regrette pas. Parallèlement, ma compagne et moi souscrivons à Netflix, Amazon Prime et ESPN — ce dernier, reconnu pour sa couverture sportive, reste incontournable — et nous avons testé tour à tour Hulu, Disney+ (riche d’archives) , Paramount+ et Peacock.
J’ai aussi acheté des antennes numériques à 12 $ pièce pour chaque télé, afin d’accéder aux grands réseaux locaux (CBS, ABC, NBC, FOX) et à une multitude de petites chaînes inattendues. Vingt mois après avoir coupé le câble, je peux le dire sans détour : l’expérience en streaming m’irrite profondément.
Vouloir regarder tous les matchs NFL demandera désormais une collection d’abonnements : ESPN, Amazon Prime, Netflix, Peacock, sans oublier les diffusions locales de CBS et FOX. MLB.tv est une excellente solution pour le baseball depuis la fin des blackouts, mais des rencontres restent exclusives à Apple TV, Roku ou FS1.

On pourrait croire que la dispersion va s’arrêter, mais je crains que les droits se multiplient encore entre des plateformes diverses — certaines bien connues, d’autres moins — transformant l’accès aux événements en casse-tête. Pour le foot universitaire, par exemple, il faut jongler entre ESPN (et son application, devenue plus complète), CBS, NBC, Big Ten Network, SEC Network, etc.
Autre point frustrant : la navigation. Avant, on zappait d’un match à l’autre en une pression de bouton. Aujourd’hui, il faut quitter une application, en lancer une autre, attendre le chargement : parfois on rate une série offensive entière. De plus, le streaming dépend d’une connexion Internet stable : panne, surcharge ou buffering peuvent figer l’image au pire moment — Super Bowl, finales NCAA — ce qui n’arrivait pas avec une diffusion par câble ou antenne.

Au-delà de l’inconfort pratique, cette mutation a des conséquences culturelles. À l’époque du câble dominant, une large partie du pays regardait les mêmes émissions — football, SportsCenter, Seinfeld, les Simpson, SNL, ou encore des finales de séries regardées par des dizaines de millions de personnes. Ce partage constituait un espace collectif de référence.
Aujourd’hui, chacun se retire dans sa sélection d’applications et de contenus sur mesure, exposé à des bulles qui renforcent nos vues et polarisent l’information. Il y avait une forme de découverte fortuite à zapper qui permettait de tomber sur un film ancien, un match marquant ou une comédie oubliée — ces rencontres fortuites sont devenues rares.

Quelle est la solution ? Je n’en ai pas de toute prête. Revenir au câble ne garantit plus l’accès à tout ce qu’on veut. Peut-être verrons-nous un jour des offres groupées rassemblant l’essentiel des services, à un tarif unique. Peut-être qu’un support physique pour la lecture des informations fera son retour — un rêve de Génération X, peut-être nostalgique, mais sincère.
Points à retenir
- La disparition des blackouts sur MLB.tv a amélioré l’accès au baseball, mais d’autres exclusivités subsistent sur différentes plateformes.
- Regarder tous les événements sportifs majeurs exige désormais plusieurs abonnements — la fragmentation remplace l’unicité du câble.
- Le streaming rend le zapping moins instantané : changer d’application peut faire manquer des moments sportifs importants.
- La dépendance à une connexion Internet crée un risque de buffering ou de coupure, surtout aux moments critiques.
- La transition vers le streaming a réduit les occasions de découvertes fortuites et peut contribuer à des chambres d’écho culturelles.
- Des solutions possibles : antennes numériques pour récupérer les chaînes locales, espoirs de bundles entre services, ou réinvention des supports d’information.
Pour ma part, je reste partagé. Je salue les progrès : des contenus mieux ciblés, des catalogues riches et des options techniques nouvelles. Mais je regrette aussi ce patrimoine commun que le câble favorisait — ces soirées où des millions partageaient les mêmes images et les mêmes conversations. J’aimerais que l’avenir combine les avantages du streaming sans sacrifier cette expérience collective. Et vous ? Jusqu’où êtes-vous prêts à multiplier les abonnements pour continuer à regarder ce qui compte pour vous ?
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