La Banque centrale syrienne vient d’annoncer une réforme majeure de sa politique monétaire : la suppression de deux zéros sur la livre syrienne et l’émission d’une nouvelle monnaie. Une étape que le gouverneur, Abdelkader Hassania, décrit comme un tournant crucial vers la reconstruction économique du pays, bien plus qu’un simple ajustement technique.
Interviewé par Sky News Arabia, M. Hassania a expliqué que le retrait des deux zéros n’altère pas le pouvoir d’achat de la monnaie, mais facilite plutôt les transactions au quotidien en simplifiant les opérations rendues complexes par l’inflation subie ces dernières années.
Cette réforme monétaire, selon lui, intervient à un moment opportun, en parallèle avec ce qu’il appelle un « progrès politique significatif », celui qui suit une phase d’indépendance politique et économique retrouvée.
Le processus d’échange de l’ancienne contre la nouvelle monnaie est encadré par la loi monétaire n°23 et se déroulera en trois phases : une phase préparatoire avant le lancement, une période où les deux monnaies circuleront simultanément, puis une phase finale d’échange qui pourrait s’étendre sur cinq ans. Le gouverneur a assuré que tous les billets en circulation seront changés, sans aucune perte pour les détenteurs, mettant l’accent sur l’engagement total de l’État.
Il a également souligné que la confiance entre les citoyens et l’État est la pierre angulaire de toute reprise économique et a assuré que toutes les obligations financières de l’État seront honorées intégralement, sans aucune saisie arbitraire.
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La réforme s’accompagne d’efforts pour restaurer les droits des Syriens, notamment en matière de sécurité sociale et de législation sur les loyers, visant à renforcer la fiabilité du secteur financier.
Le gouverneur a reconnu que les restrictions actuelles sur les retraits bancaires ne sont pas normales, mais résultent de la crise du système bancaire libanais en 2019, devenue une réalité économique difficile à gérer.
M. Hassania a également évoqué la rigueur des sanctions internationales, décrites comme parmi les plus sévères de l’histoire, qui restreignent fortement la capacité de la Syrie à se réintégrer dans le système financier mondial.
Il a lié la réforme à une volonté de restaurer les outils de la politique monétaire et a insisté sur le rôle crucial de la confiance des citoyens, mais aussi des Syriens expatriés, pour assurer le succès de la nouvelle monnaie.
À ce titre, il a révélé que les transferts financiers des Syriens résidant aux Émirats arabes unis s’élèvent à 700-800 millions de dollars par an, véritable bouffée d’oxygène économique permettant de réduire l’écart entre marché officiel et marché noir.
Parmi les mesures prévues figure la création d’un organisme de garantie des dépôts pour protéger les fonds des épargnants, ainsi que le lancement de programmes de promotion de l’inclusion financière : paiements électroniques, bureaux d’information de crédit, nouvelles offres bancaires ciblant entrepreneurs, femmes, jeunes et populations vulnérables.
Pour le gouverneur, le secteur bancaire est le « système circulatoire de la société », condition indispensable à la santé économique globale.
Sur un horizon de cinq ans, la Banque centrale anticipe une expansion du réseau bancaire syrien à 30-35 établissements locaux, arabes et étrangers, avec une politique monétaire renforcée, une reprise de la croissance, une stabilité des prix, et l’attrait pour des investissements et projets majeurs.
Enfin, il a cité les avis d’experts du Fonds monétaire international et de ministres des finances du G20 qui voient en la Syrie un potentiel « tigre régional » à l’instar du Vietnam et d’autres nations en développement dynamique.
Points à retenir
- La suppression de deux zéros sur la livre syrienne vise à simplifier les transactions sans affecter le pouvoir d’achat.
- Le changement monétaire se déploiera en trois phases sur plusieurs années, garantissant un échange complet et sécurisé des anciens billets.
- La confiance entre l’État et les citoyens est considérée comme la condition essentielle pour une reprise économique durable.
- Les sanctions internationales constituent un obstacle majeur à la réintégration de la Syrie dans le système financier mondial.
- Les transferts des Syriens de l’étranger jouent un rôle clé dans l’économie nationale et dans la réduction du marché noir.
- Le secteur bancaire syrien est appelé à se développer et à diversifier son offre pour mieux accompagner l’économie réelle.
- La création d’un organisme de garantie des dépôts et le développement de services financiers inclusifs montrent une volonté de renforcer la protection des épargnants.
- Sur un plan régional, la Syrie pourrait s’inspirer d’expériences de croissance économique rapide, à condition de réussir ses réformes.
En somme, cette réforme monétaire est présentée comme un levier décisif dans la reconstruction économique d’un pays marqué par des années de crise. Mais entre la théorie et la pratique, il y a toujours un monde – surtout quand les sanctions internationales et les contraintes bancaires s’en mêlent. Reste à voir si la population syrienne et ses diasporas garderont suffisamment confiance pour transformer cet ambitieux projet en succès tangible. Après tout, reconstruire un tigre régional, même avec les meilleures intentions, exige plus que de simples ajustements numériques.
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