Le chercheur et économiste yéménite Motiè Saïd Al-Makhlafi qualifie la récente amélioration du taux de change de la monnaie nationale de « succès national », tout en estimant que celui-ci reste encore « partiellement inexploité ». Selon lui, des mesures urgentes et décisives sont indispensables pour transformer cette évolution positive en un impact concret sur la vie des citoyens. Sans cela, ce qui pourrait représenter une victoire économique risque de se muer en une nouvelle source de difficultés.
Dans une analyse publiée sur sa page officielle Facebook, Al-Makhlafi attribue ce progrès notable au leadership de la Banque centrale du Yémen, sous la direction d’Ahmed Ghaleb Al-Ma’baqi, ainsi qu’au gouvernement du Dr. Salem Ben Breik. Installés dans la capitale temporaire, Aden, ces responsables ont réussi à enrayer la chute continue de la monnaie nationale, après des années de dégradation sévère qui menaçaient les fondements mêmes de l’économie yéménite.
Il précise que la monnaie nationale s’est appréciée d’environ 43% face aux devises étrangères, ce qui constitue un coup dur pour l’économie des milices Houthis. Ces dernières tiraient profit des écarts de taux de change entre les zones sous leur contrôle et celles administrées par le gouvernement légitime, grâce à des pratiques spéculatives, au commerce des transferts d’argent et à l’exploitation des différences tarifaires pour réaliser d’importants profits.
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Un progrès qui ne se traduit pas en amélioration du quotidien
Pourtant, Al-Makhlafi déplore que ce succès, à l’échelle macroéconomique, n’ait pas abouti à une amélioration tangible du niveau de vie des habitants. Au contraire, il explique que ce redressement du taux de change a conduit à aggraver le fardeau pesant sur les citoyens. Cela s’explique notamment par le maintien des prix des produits de première nécessité et de luxe, malgré la montée en valeur du riyal.
Il met en lumière l’absence de contrôle efficace sur les marchés, qui a permis à certains commerçants de gonfler leurs marges au détriment des consommateurs. Ainsi, ils vendent les produits aux anciens tarifs, alors que les coûts d’importation ont baissé grâce à la hausse de la monnaie. Ce décalage se traduit par une augmentation injustifiée des profits et une véritable hausse du coût de la vie.
Le chercheur illustre cette situation en affirmant : « Le citoyen paie aujourd’hui le même montant qu’avant l’amélioration, tandis que le commerçant réalise des bénéfices supplémentaires sans justification, dans un contexte où aucune mesure gouvernementale n’exige une réduction des prix en accord avec la nouvelle réalité monétaire. »
Failles gouvernementales dans la rigueur financière et la régulation du marché
Al-Makhlafi critique sévèrement ce qu’il appelle « les échecs répétés » du gouvernement et de la Banque centrale à transformer les politiques économiques en actions concrètes. Selon lui, les réformes restent pour l’instant « prisonnières des documents », manquant de volonté réelle pour leur mise en œuvre et leur suivi.
Parmi les principaux obstacles, il pointe :
- La résistance des autorités locales des provinces libérées à transférer les ressources financières à la Banque centrale d’Aden, ce qui affaiblit la capacité de l’État à unifier la politique monétaire et budgétaire.
- L’absence de mesures strictes contre les spéculateurs sur le marché des changes, qui contrôlent toujours la circulation de la monnaie et imposent un taux parallèle contraire aux efforts de la Banque centrale.
- Une hésitation persistante à adopter des décisions fermes imposant la discipline financière et sanctionnant les fautifs.
Appel à des mesures immédiates et décisives
Pour concrétiser cette avancée, l’économiste appelle le gouvernement légitime et la Banque centrale à prendre au plus vite plusieurs mesures :
- Obliger toutes les autorités locales des provinces libérées à transférer intégralement leurs recettes à la Banque centrale à Aden et renforcer la surveillance des flux financiers.
- Instaurer un contrôle strict des prix par les commerçants et importateurs, avec des décisions contraignantes pour ajuster les tarifs en fonction de l’amélioration du taux de change.
- Engager des poursuites légales fermes contre les spéculateurs en devises et toutes les parties contrevenant aux directives monétaires et gouvernementales.
- Multiplier les campagnes médiatiques et de sensibilisation pour dénoncer ceux qui exploitent les réformes économiques à des fins personnelles ou partisanes, tout en assurant une transparence totale dans la gestion économique.
Avertissement sur une occasion à ne pas manquer
Al-Makhlafi conclut son intervention par un avertissement clair : « Si le gouvernement parvient à appliquer ces mesures, la population sera un soutien réel et loyal. Dans le cas contraire, persister dans des réformes qui ne sont que de façade, aggravant la souffrance du peuple, ne se justifie plus. »
Il rappelle que « le succès économique ne se mesure pas uniquement par les indicateurs monétaires, mais par leur impact direct sur la vie quotidienne, l’amélioration du niveau de vie, la promotion de la justice et la lutte contre la corruption et la spéculation ».
« Le temps est encore à saisir, mais il ne sera pas éternel. Le gouvernement doit démontrer sa capacité à gérer l’État avec responsabilité, ou céder la place à ceux qui le peuvent », ajoute-t-il en guise de mise en garde finale.
Points à retenir
- L’amélioration du taux de change du riyal yéménite est un progrès notable attribué à la Banque centrale et au gouvernement légitime, interrompant une dégradation persistante.
- Cette évolution a limité le pouvoir économique des milices insurgées en réduisant leurs marges de spéculation sur les différences régionales des taux de change.
- Malgré ce succès macroéconomique, les citoyens ne voient pas d’amélioration réelle de leur pouvoir d’achat, les prix restant stables voire excessifs.
- Le contrôle insuffisant du marché permet à certains commerçants de profiter du contexte pour accroître leurs profits, en empêchant une baisse des prix liée à la montée du riyal.
- Des difficultés institutionnelles, notamment le manque de coopération des autorités locales et le laxisme dans la lutte contre les spéculateurs, freinent les réformes économiques.
- Des mesures urgentes sont recommandées pour renforcer la gestion financière, la régulation des prix et sanctionner les comportements déviants.
- La réussite économique doit se traduire par une amélioration concrète de la vie des citoyens et non seulement par de bons indicateurs financiers.
En définitive, l’économie yéménite est à une croisée des chemins : si les acteurs institutionnels savent capitaliser sur cette embellie et surmonter leurs faiblesses structurelles, ils pourraient véritablement enclencher une reprise durable. Sinon, cette période favorable risque de rester un feu de paille, alimentant plus la frustration que la prospérité. À nous, observateurs, de rester vigilants, car cette partie de l’échiquier économique ne cessera de passionner – et, avouons-le, parfois d’agacer aussi.
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