mer. Juin 24th, 2026

Un partage troublant sur Facebook : le braconnage au Brésil

Une récente étude a mis en lumière la manière dont les braconniers au Brésil partagent ouvertement des contenus en rapport avec des animaux sauvages morts, y compris des espèces menacées et protégées, sur Facebook. Entre 2018 et 2020, plus de 2 000 enregistrements de braconnage ont été identifiés dans des groupes Facebook brésiliens, totalisant 4 658 animaux issus de 157 espèces différentes à travers le pays.

Cette recherche, menée par une équipe de scientifiques coordonnée par le biologiste brésilien Hani R. El Bizri du Centre international de recherche sur les forêts (CIFOR) et de l’Institut Mamirauá pour le développement durable, visait à analyser les impacts de cette activité sur la biodiversité. Au sein des cinq groupes Facebook les plus significatifs traitant du braconnage, les chercheurs ont pu cartographier les patrouilles de chasse illégale, estimer le nombre de braconniers impliqués, les espèces touchées et la quantité de viande sauvage extraite.

Les résultats montrent que le braconnage se produit dans tous les biomes du pays et dans 14 % des municipalités brésiliennes. Environ 1 400 braconniers ont été impliqués, générant 29 tonnes de viande sauvage. Parmi les 157 espèces touchées se trouvent 19 espèces menacées, telles que les tapirs, les peccaries et le porcupin des nains, une espèce récemment identifiée par la science.

Chasser pour le loisir

El Bizri souligne que la majorité des tueries étaient réalisées avec des armes à feu, souvent munies d’accessoires comme des optiques, ce qui indique que beaucoup de braconniers viennent de milieux relativement favorisés. Les chasses décrites ne sont pas motivées par le besoin alimentaire, mais plutôt par un plaisir personnel.

Selon le chercheur, on observe principalement du braconnage dans l’Amazonie, la région la plus riche en biodiversité du pays. Dans d’autres biomes, comme la forêt Atlantique ou la Caatinga, la cible se concentre davantage sur les petits oiseaux, souvent capturés en grande quantité.

Le biologiste André Pinassi Antunes évoque l’impact croissant des activités humaines sur la faune brésilienne. Il note que le braconnage est devenu plus problématique avec la diminution des zones naturelles, rendant la situation de plus en plus préoccupante.

Un manque d’appréhension

L’étude met également en avant l’impunité entourant les crimes environnementaux et la facilité avec laquelle ces contenus illégaux sont diffusés sur les réseaux sociaux. Les chercheurs ont pu intégrer des groupes ouverts sans restrictions pour observer cette pratique.

Marcela Álvares Oliveira, co-autrice de l’étude, questionne la liberté d’expression dans un contexte où des crimes sont publiés sur les réseaux sociaux sans crainte de représailles. La nécessité de réguler le contenu partagé sur ces plateformes est urgente, tandis qu’une éducation mieux ciblée pour la protection de l’environnement est primordiale.

El Bizri conclut sur le besoin d’une régulation efficace du contenu en ligne, ainsi que d’une sensibilisation sur les risques sanitaires liés aux interactions avec la faune.

En 2022, l’agence environnementale brésilienne IBAMA a infligé une amende de 10 millions de reais à Meta pour la diffusion d’annonces illégales concernant la vente d’animaux sauvages sur ses plateformes, bien que l’entreprise ait nié avoir reçu notification de cette amende.

Bon à savoir

  • Partage d’images : Les réseaux sociaux facilitent la diffusion d’images de braconnage, exposant des pratiques illégales à un large public.
  • Réglementation : Il existe des lois claires au Brésil sur les crimes fauniques, mais leur application est complexe sur les plateformes étrangères.
  • Éducation : La sensibilisation des jeunes sur les enjeux environnementaux est essentielle pour combattre le braconnage.

Cette étude souligne l’importance d’une approche polyvalente pour protéger la biodiversité tout en utilisant les outils modernes de communication.


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