mar. Juil 14th, 2026

Logan Black et Alexander Salamat dans Doctor Moloch (Don Ipock)


Peu de sujets actuels suscitent des débats aussi tranchés que l’intelligence artificielle. D’un côté, il y a ceux qui se montrent enthousiastes face aux avancées technologiques rapides. De l’autre, nombreux sont ceux qui soulèvent de sérieuses préoccupations éthiques concernant l’utilisation du travail humain sans consentement. Les amateurs de science-fiction, quant à eux, ont été conditionnés à redouter les pires scénarios que le développement de l’IA pourrait engendrer. Toutes ces perspectives se retrouvent sur scène dans la pièce captivante de Carla Milarch, Doctor Moloch, actuellement jouée au Unicorn Theatre.

Doctor Moloch, dirigée par Sidonie Garrett, met en vedette la talentueuse Chioma Anyanwu dans le rôle de Serena, une actrice renommée engagée pour aider un médecin robot humanoïde, Dr Moloch (interprété par Logan Black), à mieux communiquer avec ses patients. Bien que ses diagnostics soient d’une précision parfaite, son comportement laisse à désirer. Son créateur, Mo (Alexander Salamat), décide d’introduire un professionnel de l’empathie pour l’aider à gérer ses émotions, en supposant qu’il en possède réellement. Ce “consultant émotionnel” a donc pour tâche de faire en sorte que Moloch ne se contente pas d’agir comme un humain, mais d’être plus humain.

Ce travail pourrait sembler en dessous des capacités d’une actrice multi-oscarisée, mais Serena est à la recherche de nouveaux projets. Confrontée à la difficile réalité de vieillir à Hollywood, elle est aussi engagée dans une bataille juridique contre Netflix. Bien que les détails de cette affaire soient flous, il est clair qu’il s’agit de l’utilisation de son image de manière numérique ainsi que de la création de performances générées par IA.

Ces éléments sont tirés de notre réalité actuelle. La récente grève de SAG-AFTRA a revendiqué la réglementation de la création de “répliques numériques” comme une de ses demandes centrales. Partout, des créatifs sont recrutés pour former leurs propres remplaçants IA. Ce phénomène touche particulièrement les écrivains, car, comme le montre cette pièce, le langage est au cœur de ces développements. Cependant, certains projets réels cherchent également des acteurs pour rendre l’IA plus humaine en apparence et en voix, bien que, en pratique, ces opportunités soient souvent rémunérées au taux minimum plutôt qu’aux millions de dollars offerts à Serena. La réalité de cette coercition pourrait s’avérer trop déprimante pour être mise en scène sans une certaine touche dramatique.

Les thèmes et événements de Doctor Moloch sont très contemporains, et en se plaçant dans un futur proche (environ cinq ans en avant), Milarch peut explorer les possibilités réalistes des avancées technologiques. La pièce aborde les implications scientifiques, légales et éthiques de manière exhaustive. Cela dit, je me demande si cet ancrage temporel n’est pas une épée à double tranchant pour l’œuvre, risquant de la rendre désuète rapidement. 2029 est un cadre futuriste solide, suffisamment proche pour souligner la pertinence des enjeux, mais assez éloigné pour permettre quelques spéculations imaginatives. Reste à savoir comment cela tiendra dans un contexte où les avancées de l’IA évoluent à une vitesse incroyable d’ici 2030. Quoi qu’il en soit, Doctor Moloch se montre aujourd’hui parfaitement pertinent et agréablement divertissant.

Deux acteurs, une femme noire et un homme blanc, se produisent sur un décor vaguement scientifique
Chioma Anyanwu et Logan Black dans Doctor Moloch (Don Ipock)

Le script de Milarch se présente essentiellement comme une expérience de pensée prolongée, et la petite distribution gère le dialogue dense avec aisance. Logan Black s’avère particulièrement convaincant, incarnant avec brio les contradictions d’un humanoïde, une entité qui possède toutes les connaissances disponibles sur internet tout en montrant une naïveté émotionnelle touchante, tantôt un manuel encyclopédique, tantôt un enfant curieux. L’interaction entre lui et Anyanwu est constamment captivante. La majeure partie de la pièce repose sur les échanges d’idées entre leurs deux personnages, réfléchissant ensemble à ce que signifie être humain, sans que cela ne devienne redondant.

Face à un concept aussi technologique, les choix de mise en scène sont résolument simples. Le décor de Bethany Joy Elliot sur la scène plus intime du Jerome Stage du Unicorn Theatre évoque une salle de conférence de haut niveau, avec des échos de Star Trek : une table de conférence atypique, quatre chaises, des murs aux formes géométriques, et une porte coulissante qui génère un son de sci-fi à la fois captivant et légèrement comique lorsqu’elle s’ouvre ou se ferme. L’assistant Amazon Alexa joue presque le rôle d’un quatrième personnage, représenté visuellement par une lumière clignotante au centre de la table quand il est activé. Le script de Milarch est ici mis en avant, la sobriété du design soutenant ses idées sans les éclipser.

Avec Doctor Moloch, Milarch aborde des sujets complexes, voire controversés, avec curiosité et humour. Comme beaucoup de pièces présentées au Unicorn Theatre, cette œuvre constitue un excellent point de départ pour des discussions animées entre le public, tout en étant une pièce de théâtre captivante.

Doctor Moloch est à l’affiche jusqu’au 16 février au Unicorn Theatre, 3828 Main St. Pour plus d’informations, appelez le 816-531-7529 ou visitez unicorntheatre.org.

Points à retenir

  • Le personnage de Dr Moloch illustre les contradictions de l’IA : une immense connaissance couplée à une naïveté émotionnelle.
  • La pièce aborde des thèmes comme l’impact de l’IA sur la créativité humaine, en particulier dans les domaines du cinéma et des arts.
  • La mise en scène simple permet de se concentrer sur les dialogues et les idées véhiculées, accentuant l’humour et la curiosité des personnages.

L’exploration des implications éthiques et sociales de l’IA à travers une œuvre théâtrale incite à réfléchir sur notre avenir collectif. À mesure que la technologie progresse, il semble essentiel de réexaminer notre conception de l’humanité et de notre place dans un monde de plus en plus influencé par l’artificiel. Quelles seront les prochaines étapes de ce questionnement dans la culture contemporaine ?


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4 thoughts on “Le “Docteur Moloch” des Licornes pousse à réfléchir sur l’intelligence artificielle !”
  1. Cette pièce, avec son exploration des émotions humaines face à l’IA, résonne profondément. Elle nous pousse à réfléchir sur notre créativité et notre essence, un vrai bonbon cérébral !

  2. C’est fascinant de voir comment le théâtre peut explorer des sujets aussi modernes que l’IA ! Doctor Moloch promet d’être une réflexion passionnante sur l’avenir et l’humanité.

  3. Sandrine, j’adore comment tu explores les implications de l’IA dans ‘Doctor Moloch’. La pièce a vraiment l’air de stimuler des réflexions passionnantes sur notre rapport à la technologie !

  4. Cette pièce interroge avec brio le rôle de l’IA dans notre société. Elle soulève des questions essentielles sur notre humanité et l’avenir de la créativité. Une œuvre fascinante !

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