mer. Juin 24th, 2026

Dans le contexte d’un besoin urgent de combler les lacunes de l’histoire des Afro-Américains, il est compréhensible que les spectateurs puissent ressentir une certaine fatigue après une décennie d’histoires poignantes mais souvent éprouvantes sur l’esclavage, les abus des droits civiques et le racisme institutionnel. Des films tels que “12 Years a Slave”, “Till”, “The Hate U Give” et “Get Out” ont entre autres contribué à cette représentation.

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En revanche, “Nickel Boys” s’attaque à cette problématique sous un angle très différent, offrant une émotion directe, des images poétiques et une invention radicale. Le film s’inspire davantage de Terrence Malick et de Gaspar Noé que d’Ava DuVernay.

Sur un plan, cet ouvrage pourrait s’inscrire comme une autre pièce manquante du puzzle historique. Situé dans un centre de rééducation ségrégué en Floride dans les années 1960, il est basé sur la véritable école Arthur G. Dozier, où des abus passés et des fosses communes ont été découverts au début des années 2000.

Nous suivons Elwood (Ethan Herisse), un jeune étudiant plein d’espoir condamné à tort par association avant même d’accéder à l’université. Il se retrouve dans ce qui ressemble à une prison juvénile, régie par ses propres règles et hiérarchies. Là, il développe une relation avec Turner (Brandon Wilson), un détenu plus aguerri, et leurs destins s’entrelacent d’une manière que nous ne comprenons pleinement qu’à la toute fin. Adapté du roman primé de Colson Whitehead, le film mêle habilement fiction historique, drame de caractère et thriller.

Non seulement “Nickel Boys” véhicule un message fort, mais sa manière audacieuse de raconter l’histoire est tout aussi percutante : l’ensemble du film est tourné à la première personne. Tout se déroule à travers les yeux d’Elwood ou de Turner, nous offrant une immersion intense dans leur réalité. Nous ne regardons pas ces personnages ; nous sommes eux. Les événements ne leur arrivent pas ; ils nous arrivent.

En termes techniques, le film atteint presque l’inimaginable ; en tant qu’expérience visuelle, il s’avère inoubliable, et comme alternative à une représentation banale de la douleur, son approche est ingénieuse.

Le réalisateur RaMell Ross, plus artiste multidisciplinaire que cinéaste, semble avoir abordé ce premier long-métrage sans le poids d’une formation classique. Ross avait déjà créé un mélange de lyrisme et de réalisme dans son documentaire de 2018 “Hale County This Morning, This Evening”, qui suit la vie quotidienne des Afro-Américains en milieu rural en Alabama. “Nickel Boys” s’aventure encore plus loin : les images à la première personne forment un collage d’expériences au présent, d’horizons saisissants, de détails éphémères, de souvenirs, et d’extraits de télévision et d’autres médias – un rythme qui se rapproche plus de la vie éveillée que du cinéma conventionnel.

Au-delà de l’émotion et de l’ambition de “Nickel Boys”, on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi d’autres films ne sont pas réalisés de cette manière.

Bon à savoir

  • “Nickel Boys” est adapté d’un roman qui a reçu le prix Pulitzer, témoignant de sa profondeur littéraire.
  • Le film aborde des thèmes importants tels que la préjudice, l’institutionnalisation du racisme et les abus des droits humains.
  • RaMell Ross est reconnu pour son approche novatrice de la narration visuelle, ce qui rend ses œuvres marquantes et uniques.


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