dim. Juin 14th, 2026

L’intelligence artificielle est désormais capable de créer des images 3D à partir d’informations génétiques. Lorsqu’il s’agit d’ADN prélevé sur une scène de crime, cela ouvre la voie à des portraits d’arrestation, bien que cette méthode ne soit pas autorisée en Allemagne.

Le « Golden State Killer » a semé la terreur en Californie pendant des années avec une série de meurtres et de viols. Ce n’est qu’après plusieurs décennies que les enquêteurs ont réussi à l’identifier grâce à une méthode innovante. Des échantillons d’ADN laissés par le coupable, Joseph James DeAngelo, ont été déterminants. Les enquêteurs ont finalement trouvé une piste sur des plateformes de généalogie, où des informations génétiques de proches étaient disponibles. En avril 2018, DeAngelo a été arrêté dans un quartier de Sacramento où il vivait discrètement avec l’une de ses trois filles.

Un succès aux États-Unis, une impossibilité en Allemagne

Le généticien forensique Cornelius Courts, de l’Université de Cologne, souligne que ce type de collecte d’informations pose des problèmes éthiques et de confidentialité. Pour résoudre ce cas, les enquêteurs ont eu recours à des bases de données publiques contenant des données personnelles. « Bien que cela ait permis un succès plus que spectaculaire, il reste incertain si les utilisateurs ont consenti à ce que leurs infos soient utilisées pour des enquêtes criminelles », explique Courts.

Il est vrai que certaines entreprises ont depuis ajusté leurs politiques, excluant ces utilisations ou promouvant explicitement leur engagement dans la lutte contre la criminalité. Toutefois, une telle approche demeurerait inacceptable en Allemagne.

Des questions éthiques en suspens

En matière de justice, l’ADN joue déjà un rôle crucial dans la résolution des crimes, comme l’a récemment prouvé l’arrestation des auteurs d’un célèbre vol d’œuvres d’art au Louvre. Néanmoins, les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle soulèvent des questions éthiques et juridiques complexes.

Selon le code de procédure pénale, l’ADN peut être utilisé pour analyser des caractéristiques telles que la couleur des yeux, des cheveux, de la peau ou encore l’âge biologique, précise Micaela Poetsch, responsable de la génétique forensique à l’hôpital universitaire d’Essen. Des recherches sont également en cours sur d’autres attributs faciaux, mais il faudra encore de nombreuses validations.

Droits et origines, un débat délicat

La controverse en Allemagne a récemment porté sur l’analyse dite biogéographique, qui permettrait d’estimer l’origine continentale d’une personne à partir de son ADN. Alors que certaines régions comme le Bade-Wurtemberg proposaient d’autoriser ces analyses pour élucider des crimes graves, aucune majorité n’a pu se dégager.

Le Deutscher Anwaltverein (DAV) a averti d’un risque croissant de discrimination, craignant que de vastes groupes soient stigmatisés par de telles pratiques. Cependant, des experts en génétique forensique réfutent cette position, soulignant que la méthode est intrinsèquement neutre.

Il est largement reconnu dans le milieu que l’absence de données sur cette caractéristique, qui pourrait contextualiser d’autres éléments, constitue une lacune en Allemagne, surtout si l’on compare avec les pratiques d’autres pays européens.

Des approches plus permissives en Europe

Iris Schulz, dirigeante de la génétique forensique à l’Université de Bâle, insiste sur le fait que les analyses biogéographiques pourraient également servir à innocenter certains suspects. « Cela peut aller dans les deux sens », rappelle-t-elle.

Malgré cela, en Allemagne, ces analyses restent illégales. Pendant ce temps, des chercheurs chinois démontrent la capacité de l’intelligence artificielle à déduire des visages à partir d’ADN.

Les avancées de la Chine dans ce domaine

Un modèle dénommé Difface a réussi à générer des images 3D de visages à partir d’ADN. Une telle technique pourrait révolutionner la création de portraits d’arrestation à partir d’échantillons biologiques. Cette avancée, rapportée récemment dans la revue « Advanced Science », montre que le modèle a été formé à partir de données génétiques et d’images issues d’une base de données.

Courts qualifie ces résultats d’ »extraordinaires », soulignant que définir ce qui rend un visage reconnaissable est compliqué. Bien que des avancées aient été réalisées, il reste à voir comment cela sera appliqué dans la pratique.

Entre potentiel et risques

Le recours à l’intelligence artificielle en criminologie implique des choix délicats. « Éviter l’IA n’est pas une option en pratique forensique », argue la spécialiste suisse Iris Schulz, tout en appelant à une évaluation prudente des avantages et des risques potentiels. « L’IA ne connaît ni repos ni week-end, ce qui peut accélérer et optimiser les procédures », dit-elle, mais elle prévient que des erreurs peuvent survenir.

Courts précise qu’il est crucial de déterminer à quel stade du processus l’IA est utilisée et que la rigueur scientifique doit primer, étant donné l’impact potentiel sur les décisions judiciaires.

Points à retenir

  • L’intelligence artificielle offre des prospects prometteurs pour l’analyse de l’ADN et la création de portraits d’arrestation.
  • En Allemagne, l’utilisation de certaines techniques d’analyse ADN suscite des préoccupations éthiques et de confidentialité.
  • Les débats sur les analyses biogéographiques révèlent des tensions entre technologies innovantes et droits individuels.
  • Tandis que certains pays européens adoptent des pratiques plus ouvertes, des craintes de discrimination persistent.

En résumé, ces développements soulèvent d’importantes questions sur l’équilibre entre la justice et le respect des droits individuels. Personnellement, je suis fasciné par ce que la technologie peut apporter à la criminologie, mais je reste conscient des limites éthiques qu’il est essentiel d’imposer. Quels compromis sommes-nous prêts à faire pour une sécurité accrue ? Ce débat est loin d’être clos.


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