Phil Rogers, PDG d’Embracer, a souligné l’importance d’une « mise en œuvre intelligente de l’IA générative, dans le respect de l’éthique et du développement durable ».
Lors de la récente assemblée générale de l’entreprise, il a reconnu que « dans un secteur marqué par l’explosion des coûts de développement et des attentes toujours croissantes des joueurs, la question n’est plus de savoir si une entreprise adoptera une technologie comme l’IA, mais bien comment elle la prendra en main ». Il a toutefois insisté sur un point essentiel : pour que cette « technologie puissante » réussisse, « éthique et bonne gestion vont de pair ».
« Ce n’est pas un avenir hypothétique. C’est déjà une réalité avec des résultats probants. Plusieurs de nos studios expérimentent l’IA depuis plusieurs années et commencent désormais à l’exploiter pour lever les obstacles et renforcer leurs équipes de développement. Nous observons déjà des gains concrets de productivité », a expliqué Phil Rogers.
En donnant l’exemple de la capture de mouvement, capable de réduire de moitié le temps de tournage, le dirigeant a souligné que même l’art génératif reposant sur l’IA nécessite « une intervention humaine pour être vraiment abouti ».
« Nous lisons les titres qui font grand bruit et entendons les inquiétudes des joueurs comme des développeurs, mais selon nous, le plus grand risque n’est pas dans l’usage de l’IA, mais dans son utilisation sans cadre éthique solide. Les joueurs ne souhaitent pas des quêtes secondaires génériques et sans âme ni des voix artificielles stéréotypées. Les créateurs veulent garder la liberté d’innover, d’expérimenter et de réduire le temps d’itération afin de créer davantage de contenu. Les artistes, acteurs, et écrivains doivent être protégés contre le plagiat. La propriété intellectuelle doit être respectée et cultivée. »
« Pour Embracer, éthique et bonne gestion forment un tout indissociable. Notre position est claire : l’auteur humain reste maître. Ce sont toujours nos développeurs qui gardent le contrôle créatif final. L’IA est un copilote, pas un pilote », a-t-il insisté.
Il a également ajouté : « Nous considérons vraiment l’IA comme un catalyseur stratégique. C’est la technologie la plus puissante de notre époque pour améliorer l’efficacité, stimuler la créativité, et finalement proposer des jeux de qualité, mémorables, répondant mieux aux attentes des joueurs, de manière plus fiable et rentable. »
De son côté, Sharon Baylay-Bell, responsable de la société de services Testronic, a apporté une nuance en rappelant que « l’IA est un accélérateur, mais ce n’est pas la solution unique. »
Points à retenir
- La montée en puissance de l’intelligence artificielle dans le jeu vidéo n’est plus une hypothèse, elle est déjà en cours dans de nombreux studios.
- L’IA est perçue comme un outil facilitateur capable de réduire les temps de production et d’accroître la créativité des équipes.
- L’éthique autour de l’utilisation de l’IA est considérée comme primordiale pour protéger les droits des créateurs et garantir un contenu de qualité.
- Le rôle de l’IA reste complémentaire : elle assiste, mais ne remplace pas la décision artistique et créative humaine.
- Le secteur du jeu vidéo doit apprendre à adapter ses pratiques et ses codes pour intégrer ces nouvelles technologies tout en évitant les écueils liés aux abus ou à la perte d’originalité.
Au final, on observe que l’enthousiasme prudent pour l’IA trahit un double mouvement de fascination et de méfiance — un peu comme lorsqu’on reçoit un copilote prometteur, mais qu’on se surprend à préférer garder la main sur le volant. En attendant que cette alliance trouve vraiment son équilibre, il reste à voir si l’IA deviendra une révolution créative ou simplement un gadget sous-traité à défaut d’imagination.
