En Italie, l’intelligence artificielle évolue sur deux fronts : excellence normative, tout en étant à la traîne en matière d’investissements, de talents et de pratiques, tant en Europe qu’à l’échelle mondiale. C’est ce que révèle le rapport sur l’intelligence artificielle 2026 de l’Université de Stanford, qui souligne qu’au cours des trois dernières années, l’adoption de l’IA générative a atteint près de 53 % au niveau mondial, une progression bien plus rapide que celle des ordinateurs et d’Internet à leur époque. Cette dynamique rend la régulation de l’IA de plus en plus complexe, car « la technologie avance plus vite que les systèmes réglementaires ».
L’Italie, championne des normes
À l’instar de l’Union européenne, l’Italie se distingue par sa rigueur normative, avec des lois dédiées à l’intelligence artificielle. En effet, notre pays a été pionnier en adoptant une législation nationale sur l’IA, visant à compléter la réglementation européenne. Des experts qualifient les normes italiennes dans ce domaine de « transparentes, centrées sur l’humain et favorisant une IA responsable ». Cette avancée significative a été suivie en 2025 par des initiatives similaires au Japon et en Corée du Sud.
L’engagement italien en matière de réglementation sur l’IA est également reconnu à l’international : l’Italie, aux côtés de quatre autres nations (Canada, France, Allemagne et Japon), a activement participé à diverses initiatives de gouvernance de l’IA entre 2019 et 2025, prenant part à de nombreux forums internationaux (OCDE 2019, G7, G20, Bletchley 2023, Séoul 2024, Paris 2025). À l’inverse, les États-Unis ont introduit certaines régulations, mais de manière beaucoup moins stricte que l’Italie et l’UE dans l’ensemble.
Un passage à l’acte manquant
Bien que l’Italie soit en tête en termes de législation, elle se retrouve en fin de classement concernant les talents, les investissements en robotique industrielle et le nombre de diplômés en matières techniques. Le rapport souligne qu’en dépit de ses ressources, l’Italie peine à franchir le cap nécessaire pour se développer.
Commençons par les talents. Ce terme désigne les professionnels qui étudient ou développent de nouveaux modèles d’IA. Le rapport, examinant la période 2021-2025 à travers 21 pays d’Amérique du Nord, d’Europe, d’Asie, d’Amérique latine et du Moyen-Orient, révèle des disparités intéressantes. Si l’on considère le nombre brut de talents, l’Italie se classe au neuvième rang avec 12 230 experts. Cependant, si l’on ajuste ces chiffres en fonction de la population – pour éviter que des pays plus densément peuplés ne semblent avoir plus de talents – l’Italie dégringole à la quinzième position, derrière des pays plus petits tels que la Finlande, les Pays-Bas et le Danemark.
Concernant la robotique industrielle, l’Italie n’est pas en reste, mais le tableau reste mitigé. La Chine l’emporte largement avec 295 000 robots industrialisés, suivie par le Japon (44 500), les États-Unis (34 200), la Corée du Sud (30 600) et l’Allemagne (27 000). L’Italie, avec ses 8 800 installations, devance Taiwan, le Mexique et l’Espagne. Toutefois, son taux de croissance annuel est préoccupant : notre pays a enregistré une baisse à deux chiffres de -16% entre 2023 et 2024, alors que d’autres nations comme Taiwan et l’Inde ont connu une augmentation.
Les nouveaux talents de demain
Enfin, sur le front de l’éducation, le rapport souligne l’importance des jeunes diplômés en matières techniques. Les dernières statistiques datant de 2023, excluant l’Inde, la Chine et certains pays africains, révèlent que les États-Unis dominent avec 86 301 diplômés, suivis du Royaume-Uni (27 624), de la France (15 233), et de l’Allemagne (12 650). Dans cette liste, l’Italie se positionne bien plus loin avec seulement 2 461 diplômés en matières techniques, seulement avant la Suisse. À noter qu’une croissance de 50% des diplômés aux États-Unis en un an témoigne d’une dynamique significative, marquée par une forte présence d’étudiants internationaux.
Points à retenir
- L’Italie a été pionnière en matière de réglementation sur l’IA en Europe.
- Malgré un cadre juridique robuste, l’Italie est à la traîne en termes d’investissements dans la robotique.
- Le pays affiche une concentration relativement faible de talents en IA en comparaison avec d’autres nations.
- La baisse du nombre d’installations de robots en Italie soulève des préoccupations quant à l’avenir industriel.
- La question de l’éducation des jeunes en matières techniques demeure cruciale.
En somme, ces éléments soulignent un paradoxe intrigant : l’Italie, exemplaire en matière de régulations, semble lutter pour capitaliser sur son potentiel en IA et en robotique. En tant que passionné d’innovation, je suis curieux de voir comment notre pays pourra transformer cette excellence normative en succès concret, en mobilisant ses ressources et en valorisant ses compétences. La route est encore à tracer, et cela implique un dialogue continu entre les acteurs du secteur, les institutions et, bien sûr, la société civile.
