Le 31 janvier 2024, PlayStation et Kojima Productions annoncent une nouvelle collaboration. L’original Metal Gear Solid est devenu un classique incontournable de la première PlayStation, avec Solid Snake comme figure emblématique de la console. À ce titre, PlayStation et Hideo Kojima ont su créer une alchimie mutuellement bénéfique. C’est donc avec une grande excitation que les joueurs accueillent l’annonce de PHYSINT, qui prendra la relève de Metal Gear à la suite du départ de Kojima de Konami. Cette nostalgie est forte : nous revenons toujours aux univers qui nous ont marqués. Et Metal Gear a été une grande satisfaction autant pour PlayStation que pour Kojima.
Cependant, en un peu plus de deux ans, beaucoup de choses peuvent changer. Le 10 septembre 2026, nous découvrons que l’idylle entre les deux entités touche à sa fin, et que PHYSINT est sur le point d’être abandonné, laissant Xbox s’en emparer.
Cela pourrait sembler être un nouveau revers dans une industrie en pleine redéfinition, mais le cas de PHYSINT va au-delà : il soulève des questions sur le jeu vidéo en tant qu’entreprise et en tant qu’entité trans-média. D’ailleurs, ce projet survient à un moment où PlayStation traverse une période complexe, naviguant entre différentes stratégies, directions et générations de consoles. C’est au cœur de ce tumulte que le projet s’est effondré.
État de PHYSINT jusqu’au 10 septembre 2026
PlayStation était fière de cette annonce et a décidé de se porter garante à travers le visage de Hermen Hulst. Ancien responsable de Guerrilla Games, il était alors à la tête des PlayStation Studios. Peu de temps après, il est devenu co-CEO de Sony Interactive Entertainment, accompagné de Hideaki Nishino.
La vidéo annonçait un nouveau jeu d'”action espionnage”, un des réputés épithètes de Metal Gear, axé sur le succès de ce genre sur les plateformes PlayStation. Kojima révélait que ce serait un jeu, mais “aussi un peu un film”, en raison de la qualité de production et des technologies employées. L’annonce se terminait par un plan élargi, montrant Hulst et Kojima dans les locaux de Columbia Pictures, symbole d’une ambition trans-média.
À partir de là, il n’y a eu que silence. Kojima Productions s’est concentré sur Death Stranding 2, toujours sous l’égide de PlayStation, ainsi que sur le mystérieux projet d’horreur OD, en développement pour Xbox. Cela illustre la vision de Kojima : un studio indépendant collaborant en tant que “second party” tout en gardant son autonomie.
Les informations sur PHYSINT sont devenues sporadiques, car aucune des parties n’avait intérêt à distraire l’attention de Death Stranding 2. Kojima a laissé entendre qu’il espérait avancer sur le casting en 2025, après le ralentissement provoqué par le séquestre SAG-AFTRA. À mi-2025, il affirmait travailler sur PHYSINT “complètement seul”, car son équipe était occupée ailleurs, et que le projet en était encore à la “phase concept”, avec un lancement prévu dans cinq à six ans. En résumé, en mai/août 2025, PHYSINT n’était qu’une idée en cours.
Cette idée a été réitérée lors de la célébration des dix ans de Kojima Productions, où Kojima a affirmé que PHYSINT était encore à ses débuts, soutenu par un message de Hulst. À ce moment-là, Hulst était devenu co-CEO et, en avril 2025, Hideaki Nishino avait pris la direction, tandis que Hulst supervisait les studios internes.
Lors de cet événement, les premiers noms du casting de PHYSINT ont été révélés : Charlee Fraser, Minami Hamabe et Don Lee, mais leurs rôles restent inconnus.
En somme, pas d’urgence concernant le calendrier : tant lors d’occasions publiques, Kojima avait confirmé que PHYSINT n’en était qu’à ses débuts, avec l’approbation de Hulst. Quelques mois plus tard, en 2026, des informations émergèrent sur le casting, à la recherche d’un acteur avec le charisme imposant de Mads Mikkelsen, mais rien d’autre n’a été annoncé. Il semblait que les rouages commençaient à tourner, mais ce n’est qu’en septembre que la direction est devenue claire.
Le 10 septembre 2026
À 4h30 du matin, PlayStation publie une brève note officielle : “Nous avons pris la difficile décision de nous retirer de notre collaboration avec Kojima Productions et PHYSINT“. La note précise que les relations restent amicales et que PlayStation admire la vision de Kojima pour le projet, bien qu’elle ne souhaite plus être impliquée. On y rappelle également la relation de “trois décennies” entre Kojima et PlayStation, ajoutant qu’il est probable qu’il y ait de futures collaborations. La frontière entre la communication de crise et la réalité est floue.
À 4h32, XBOX intervient avec un message tout aussi bref : “Nous avons commencé avec OD et maintenant notre partenariat avec Kojima Productions s’étend à PHYSINT. C’est un nouveau départ.” Un message lacunaire, mais prometteur, confirmant que l’héritier de Metal Gear a une nouvelle maison et que cela sonne comme un nouveau chapitre. Même Asha Sharma, la CEO d’Xbox, avait réagi à 4h31, se plaçant derrière le projet avec la même détermination : “Nous sommes fiers de collaborer avec Hideo Kojima et le Japon. C’est un moment exceptionnel pour Xbox”.
À 4h39, Kojima a lui-même réagi, moins diplomate que d’habitude : “En juin, nous avons reçu des nouvelles de PlayStation Studios qu’ils annulaient PHYSINT. C’est un projet important pour moi et pour Kojima Productions”. L’ancien designer de Solid Snake et Sam Porter Bridges a alors œuvré durant l’été pour officialiser un partenariat avec un éditeur adapté et a trouvé en Xbox un allié partageant sa vision. Kojima a assuré à ses fans que PHYSINT continuera comme prévu, promettant un “jeu d’action et d’espionnage qui définira un genre”.
Suite à ces annonces, de nombreuses interrogations ont surgi : pourquoi Sony a-t-il changé d’avis ? Pourquoi Xbox a-t-il accepté si rapidement ? Est-ce en lien avec Death Stranding ? L’ego de Kojima a-t-il compliqué la situation chez PlayStation ? Quels sont les impacts des récentes évolutions de PlayStation entre 2024 et 2026 ?
PHYSINT a déjà posé des jalons
Nous savons peu de choses sur PHYSINT – ou du moins, rien de concret au-delà des rares informations partagées sporadiquement par Kojima. Le fonctionnement de la fusion entre film et jeu vidéo reste flou, tout comme le futur du projet après le départ de Columbia. Évaluer la viabilité du projet est donc délicat. En théorie, avant de l’annoncer, Sony aurait dû le faire.
Présenter Kojima attirait l’attention médiatique, cela en soi justifiait l’intérêt. Rockstar de l’industrie vidéoludique, sa figure est devenue encore plus centrale après son départ de Konami. Son approche unique se ressent dans les productions de son équipe : que l’on aime ou non, les titres de Kojima Productions se démarquent. A bien des égards, cette singularité peut poser problème, notamment en matière de rentabilité.
D’après des sources de Bloomberg, c’est précisément cette question qui aurait causé des frictions entre Kojima et PlayStation. Des budgets en expansion, des délais inexacts ont suscité des inquiétudes : comment un jeu encore en phase conceptuelle aurait pu se retrouver ici ? Une interrogation qu’on peut également se poser concernant les résultats de Death Stranding 2. Si ce dernier n’a pas atteint le niveau de Metal Gear, cela pourrait devenir problématique pour Sony.
Créer un jeu unique comme Death Stranding, qui rappelle davantage un mélange entre Journey et un gestionnaire qu’un Metal Gear, et attendre des ventes à la hausse serait déconnecté de la réalité. Ce qu’attend le grand public, que Sony semble poursuivre avec des stratégies de services en ligne qui ont entraîné des échecs, ne coïncide pas toujours avec cette vision.
Death Stranding 2 tentait de s’approcher d’une dynamique plus classique : Sam porte plus d’armes que de colis, et le gameplay évolue, bien qu’il perde un peu de son charme d’antan. C’était un jeu destiné à explorer un monde en mutation, qui doit maintenant s’adapter aux attentes actuelles. Sa tentative de devenir plus orienté action tout en restant fidèle à son âme constitue un équilibre délicat.
Si telle est la raison de l’abandon du projet PHYSINT, la situation devient préoccupante. D’autant plus que PHYSINT, de son côté, n’allait pas être Death Stranding 3, mais bien un autre Metal Gear, sans ambiguïté. Comment les performances de Death Stranding auraient-elles pu influencer l’engouement pour Metal Gear reste une question ouverte.
Deux autres facteurs méritent également réflexion : premièrement, les changements de direction chez PlayStation. Lorsque PHYSINT fut annoncé, Jim Ryan était encore à la tête. Puis est arrivé un duo avec Nishino et Hulst, ce dernier ayant des liens solides avec Kojima. Au fil du temps, la responsabilité est passée à Nishino seul, avec des répercussions sur les choix stratégiques.
De nombreux studios ont subi des pertes ou des fermetures, beaucoup de services en ligne ont été annulés, et les survivants, comme Horizon Hunters Gathering, peinent à trouver leur public. En définitive, PlayStation qui avait approuvé PHYSINT avait sans doute des ambitions, des budgets et une tolérance au risque très différents d’aujourd’hui. Les préoccupations de rentabilité pourraient avoir pesé dans la balance lors de l’abandon du projet.
Il est important de noter que la période entre 2024 et 2026 a également vu des changements dans la stratégie de distribution des jeux. Sans aborder le sujet des versions physiques, Sony s’est également retiré du marché PC, sauf pour des jeux multijoueurs ou des services en ligne. Cela implique que les projets financés devraient rester exclusifs à PS5 ou PS6, ce qui représente un changement majeur par rapport aux stratégies antérieures.
De plus, il est essentiel de considérer que Death Stranding appartient aujourd’hui à Kojima Productions. Il est donc plausible que Kojima ait souhaité établir des conditions similaires pour PHYSINT, notamment pour ses adaptations en d’autres médias et pour l’exploitation des droits de propriété intellectuelle. Ces conditions pourraient ne pas correspondre aux attentes actuelles de PlayStation, plus centrée sur des exclusivités.
Ces éléments ont probablement contribué à la décision d’abandonner PHYSINT. La manière dont cette décision a été communiquée, laissant à Kojima et Xbox le soin de raconter l’histoire, semble maladroite pour une entreprise de la stature de Sony. Asha Sharma, en revanche, a rapidement pris les devants : Microsoft cherche à séduire le marché japonais et la maison de Kojima est un atout indéniable. Ainsi, Sony de son côté a offert une occasion en or à Xbox.
En résumé, Christopher Dring, fondateur de The Game Business, a résumé la situation dans un tweet : “Signer avec Kojima pour un jeu n’est pas une question de marge bénéficiaire : c’est un enjeu de crédibilité“. Dans un secteur où les productions AAA se consument elles-mêmes, avoir une telle collaboration est un symbole fort, prouvant l’engagement envers l’originalité. Cela a historiquement importé à PlayStation, l’éditeur qui a connu l’explosion de million de joueurs grâce au DualShock. Aujourd’hui, cela semble moins pertinent.
Points à retenir
- Le projet PHYSINT a été annoncé en 2024 comme l’héritier de Metal Gear.
- Les relations entre PlayStation et Kojima Productions se sont détériorées avant l’abandon du projet.
- Les changements de direction chez PlayStation ont influencé les décisions stratégiques et budgétaires.
- Microsoft a rapidement récupéré le projet, laissant Sony dans une position délicate.
- La vision trans-média de Kojima continue d’alimenter les discussions sur l’avenir du jeu vidéo.
En tant que passionné de l’univers vidéoludique, cette pivot chez PlayStation soulève de nombreuses interrogations sur le futur des jeux narratifs et immersifs. Il est essentiel de se demander comment les grandes entreprises géreront leurs partenariats créatifs sans perdre de vue l’innovation et l’originalité. Je reste curieux de voir comment cette nouvelle collaboration avec Xbox influencera l’avenir des projets de Kojima.





