Le 14 octobre 2025, l’Agence suédoise de matériel de défense (FMV) a attribué à Saab un contrat de près de 282 millions de dollars pour poursuivre le développement du programme Koncept för Framtida Stridsflyg (KFS, ou Système de Combat Aérien du Futur). Ce projet vise à remplacer la flotte actuelle de chasseurs Gripen d’ici 2040. Les nouveaux avions constitueront l’une des principales lignes de défense face à une menace russe qui, selon les services de renseignement suédois, pourrait s’étendre au-delà de l’Ukraine l’année prochaine.
Ce qui distingue le KFS des programmes de chasse précédents n’est pas tant le fait que la Suède construise un nouvel avion, mais la manière dont cela sera réalisé. Plutôt que d’avoir un seul appareil monolithique, le programme prévoit de répartir les missions d’un chasseur entre plusieurs avions, habités et non habités, qui partageront une intelligence artificielle centralisée et agiront de manière coordonnée comme un système unifié. C’est comparable à la différence entre un soldat et un peloton entier de spécialistes sous un commandement central.

Un enjeu crucial pour la défense européenne
Le KFS représente la plus grande initiative de la Suède pour préserver sa capacité à concevoir et fabriquer des chasseurs nationaux. « Les cycles de développement dans le domaine de laviation de combat sont longs. Il est donc crucial de commencer dès maintenant à forger des connaissances, à tester des technologies et à préparer des décisions pour l’avenir », explique Carl-Fredrik Edström, responsable des matériaux aérospatiaux à la FMV.
Le programme a débuté en mars 2024 sous le nom de Vägval Stridsflyg — Chemin de l’Aviation de Combat — avec Saab en tant que chef de file, en collaboration avec la FMV, les Forces Armées suédoises, l’Agence suédoise de recherche en défense et GKN Aerospace. La structure repose sur un avion habité, furtif, agissant comme commandant de mission, coordonnant autour de lui plusieurs aéronefs non habités spécialisés dans la détection à longue portée, l’attaque électronique — c’est-à-dire l’interférence avec les systèmes adverses — la tromperie et le transport d’armements. Ce concept s’appelle un système de systèmes en terminologie militaire.
Les études conceptuelles et le développement technologique se poursuivront jusqu’au troisième trimestre 2026, tandis que le travail sur l’avion démonstrateur — le premier prototype réel du programme — s’étendra jusqu’en 2027, année de son premier vol prévu. La FMV n’a pas précisé si cet avion serait habité ou non. L’objectif à long terme est que le gouvernement suédois se prononce en 2030 sur la poursuite du développement d’un chasseur de nouvelle génération.
L’IA en tant qu’élément central
L’intelligence artificielle est l’élément fondamental du programme. En 2025, Saab et la société allemande Helsing ont effectué des vols d’essai où un chasseur JAS 39 Gripen E a délégué certaines décisions tactiques à l’IA Centaur, dans des combats au-delà de la portée visuelle — à des distances où l’œil humain ne peut distinguer l’ennemi, nécessitant des capteurs et des radars. En d’autres termes, le pilote, tout en gardant le contrôle de l’avion, a vu l’IA traiter la situation tactique et répondre aux menaces en temps réel. Cet essai est la répétition générale de ce que le KFS aspire à développer à l’échelle d’un système complet d’aéronefs coordonnés.
Le choix de la Suède d’adopter sa propre voie n’est pas une coïncidence. Elle a participé au programme Team Tempest, mené par le Royaume-Uni, mais a choisi en 2022 de ne pas s’intégrer à son évolution : le Programme Global de l’Aviation de Combat (GCAP), impliquant le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon. À la place, elle a opté pour une approche nationale, fidèle à son histoire durant la guerre froide.
Depuis 2024, Saab a proposé plusieurs designs conceptuels d’aéronefs de combat collaboratifs non habités, dont beaucoup partagent des composants et une architecture avec le Gripen, facilitant ainsi le développement et réduisant le temps de fabrication. Si le programme progresse comme prévu, le KFS pourrait devenir le troisième projet européen de chasseur de nouvelle génération, aux côtés du FCAS franco-allemand-espagnol et du GCAP britannique-italien-japonais.
La première expérience de Saab avec des aéronefs furtifs demeure limitée. Les seuls appareils de ce type qu’elle a développés sont deux petits drones de recherche : le SHARC (Configuration de Recherche Suédoise Hautement Avancée) et le FILUR (Véhicule de Recherche Non Habité Innovant à Faible Observabilité), tous deux de la taille d’une voiture, et qui ont volé pour la première fois au début des années 2000. Saab n’a jamais fabriqué de chasseur furtif de taille réelle, rendant le KFS un défi technique considérable.
Tout cela se déroule alors que la Suède modernise simultanément sa flotte actuelle. En octobre 2025, les forces aériennes suédoises ont reçu leurs premiers Gripen E opérationnels — la version la plus avancée du chasseur suédois, comportant une commande de 60 appareils monoplace — à la base aérienne de Såtenäs, et la flotte actuelle comprend près de cent Gripen C/D de générations précédentes. Ce même mois, la FMV a signé avec Saab un contrat additionnel d’environ 4 milliards de couronnes suédoises pour l’entretien et le soutien des Gripen jusqu’en 2027, avec une option de prolongation jusqu’en 2029. La Suède doit assurer le maintien de sa flotte actuelle tout en concevant ce que l’avenir lui réserve.
Points à retenir
- Le programme KFS vise à remplacer la flotte de chasseurs Gripen d’ici 2040.
- Une intelligence artificielle centralisée coordonnera des aéronefs habités et non habités.
- Des études et le développement technologique se poursuivront jusqu’en 2026.
- Le premier vol du prototype est prévu pour 2027.
- Saab mise sur une approche nationale pour le développement de ses chasseurs.
En réfléchissant à cette avancée, on est frappé par le chemin parcouru par la Suède dans le domaine de la défense aérienne. C’est une démarche innovante qui, tout en intégrant les défis modernes, souligne l’importance de l’autonomie technologique. Cette ambition soutenue me pousse à m’interroger sur l’avenir des collaborations internationales dans un monde où chaque pays s’efforce de maintenir sa souveraineté tout en s’attaquant aux menaces globales. Quels seront les prochains défis à relever pour la Suède et l’Europe face à des réalités géopolitiques en constante évolution?