sam. Juil 4th, 2026

Fait, fiction : saura-t-on distinguer ?

Un proche m’a récemment montré une vidéo sur Facebook où l’on voyait Donald Trump accuser l’Inde de violer un cessez-le-feu avec le Pakistan. Au premier visionnage, j’ai presque été trompée : l’image paraissait authentique. Mais après vérification auprès de sources fiables, il est apparu qu’il s’agissait d’une fausse vidéo générée par intelligence artificielle (IA). J’ai essayé d’expliquer cela à mon interlocuteur, en vain — il insistait que c’était vrai, puisqu’il « avait l’air vrai ». Sans ma vigilance, cette vidéo aurait pu être relayée à des dizaines de personnes.

Sur TikTok, une autre vidéo a circulé rapidement montrant des migrants masculins débarquant au Royaume-Uni, vantant leur périple et la « générosité » qu’ils auraient rencontrée, entre vélos électriques et drapeau brûlé. L’image était floue, les personnages paraissaient artificiels, pourtant, avec près de 380 000 vues en un mois, la majorité des internautes semblait avoir fait preuve d’une confiance étonnante. Les commentaires racistes y dominaient.

Cette confusion entre le vrai et le faux, accentuée par la viralité des contenus produits par IA, pose un véritable risque social. La Loi sur la sécurité en ligne cible surtout la désinformation d’État, mais qu’en est-il lorsque les citoyens eux-mêmes propagent sans filtre ces images ? Lors des récentes émeutes, des vidéos manipulées par IA ont contribué à l’agitation. Seuls certains spécialistes, comme Full Fact, parvenaient à démêler le vrai de l’erreur. Il est inquiétant de penser aux personnes moins informées qui se retrouvent prises au piège de ces faux visuels.


L’IA comme outil d’aide au journalisme : opportunité ou risque ?

Pour ma part, la première fois que j’ai utilisé une IA dans mon travail, ce fut pour rédiger un compte rendu de match. Sous pression, avec un style bancal, j’ai glissé quelques notes dans l’outil IA, qui m’a proposé un titre et une introduction adaptés. Ce fut un gain de temps appréciable.

Cependant, l’IA ne remplace pas tout : elle corrige une tournure maladroite, mais ne chasse pas les sources ni ne capture l’atmosphère d’un événement. Ces intuitions restent humaines.

Ce que j’apprécie particulièrement, c’est cette fonction d’éditeur sans jugement. En tant que jeune pigiste, sans encadrement éditorial solide, ce « coach » numérique me permet d’oser expérimenter et de renforcer ma confiance avant de publier.

Malgré tout, reste la prudence : s’appuyer trop lourdement sur l’IA pour écrire pourrait à terme appauvrir la diversité, la créativité et le fond même du métier de journaliste qui repose sur le questionnement et la confrontation des idées. Pour l’instant, l’IA est un assistant, mais à nous de garder la main sur la direction prise.


L’empreinte environnementale de l’IA

L’IA incarne un progrès technologique impressionnant, mais il serait naïf d’ignorer ses effets sur l’environnement. Son impact énergétique est colossal, encore mal documenté car les acteurs majeurs restent discrets sur les chiffres.

Une étude récente sur le modèle ChatGPT-4o d’OpenAI révèle que sa consommation annuelle d’énergie équivaut à celle de 35 000 foyers résidentiels, soit environ 450 000 kWh. Pour donner une idée, cela équivaut aussi à la consommation de 325 universités ou 50 hôpitaux américains.

Il faut également prendre en compte le refroidissement nécessaire des coûteux processeurs, qui nécessite l’équivalent de 2 500 bassins olympiques en eau chaque année. Si certains produits IA plus légers ne consomment « que » peu d’électricité, les centres de données surpassent largement la consommation domestique dans certains pays, comme en Irlande. Avec les milliers de centres en activité rien qu’aux États-Unis, ces chiffres pourraient rapidement grimper.

Heureusement, les progrès technologiques travaillent à l’optimisation de ces infrastructures, avec des matériaux de pointe et des architectures plus efficaces. Les premiers modèles, beaucoup moins efficaces, ont laissé place à des versions plus sobres. Mais le chemin pour réduire réellement l’empreinte énergétique reste ambitieux.


Quand l’IA s’invite dans les relations amoureuses : mais qui est derrière l’écran ?

Dans la vingtaine, la pression sociale pousse à « sortir, rencontrer, multiplier les rendez-vous ». Toutefois, la peur grandit : et si les messages reçus étaient rédigés par une IA ? Réponses trop polies, conversations un peu trop parfaites, voilà ce qui m’a mise sur la piste.

Cette technologie n’est pas nécessairement à bannir, mais il faut être conscient que certains perdent leur authenticité au fil du temps. L’IA peut commencer par embellir un message ou corriger une maladresse, mais elle risque de devenir un carcan, un substitut à sa propre voix.

Selon une étude Match.com de 2025, un célibataire américain sur quatre utilise l’IA pour séduire. Pour ceux qui doutent de leur charme ou aisance à communiquer, la tentation est grande. Cependant, la vraie magie d’une rencontre reste intangible. Si l’IA s’invite trop dans la discussion, on finit peut-être par sortir avec un fantôme…


Enseignement et IA : apprendre et questionner ensemble

L’arrivée de l’IA dans l’éducation bouleverse la notion d’objectivité et la réception critique du savoir. À l’université, où cet outil est désormais courant, il devient impératif d’analyser les biais et limites des intelligences artificielles.

Mon premier contact a été une demande à ChatGPT de me fournir des ressources bibliographiques. J’imaginais un moteur de recherche avancé, mais rapidement, j’ai découvert son penchant à « halluciner », c’est-à-dire générer des informations faux ou trompeuses.

C’est un obstacle, certes, mais aussi une opportunité de vigilance accrue. Le risque est que les IA deviennent des vecteurs de désinformation au même titre que d’autres canaux.

Pour les sciences sociales notamment, il est essentiel de s’intéresser aux implications sociales et culturelles de l’intégration de ces technologies dans nos façons d’apprendre et d’interagir. Pour ma part, je souhaite contribuer à ces recherches afin de comprendre ce nouveau partenariat entre humain et IA.


L’architecture réinventée grâce à l’IA

Au début de mes études, utiliser l’IA dans l’architecture était limité à la relecture de textes. Puis, en dernière année, cette technologie a intégré notre processus de création, notamment pour générer des modèles conceptuels via des plateformes spécifiques.

La possibilité de proposer des descriptions précises dans des outils comme Visoid a enrichi mes idées, ouvrant la porte à une plus grande expérimentation. Toutefois, pour tirer pleinement parti de l’IA, il faut formuler des consignes stratégiques, sinon le résultat est décevant.

À chaque étape, de la première inspiration aux rendus finaux, l’IA permet de gagner en rapidité et en sophistication. Elle ne remplace pas la créativité humaine, mais la complète.

Dans le secteur professionnel, les compétences liées aux outils IA sont de plus en plus demandées, confirmant que cette révolution technologique s’impose dans notre métier. L’adaptation à ces changements est donc devenue une nécessité.


Points à retenir

  • La diffusion de contenus truqués par IA complexifie la vérification des faits et alimente parfois des discours haineux ou manipulatoires.
  • L’IA peut assister les journalistes, notamment en phase de rédaction, mais elle ne remplace pas l’enquête, le sens critique et la créativité humaines.
  • Le coût énergétique des modèles d’IA demeure très élevé, notamment dû au fonctionnement des centres de données et au refroidissement nécessaire.
  • Dans la sphère affective, l’IA modifie les interactions : elle embellit le discours, mais peut aussi créer une dépendance toxique à une communication artificielle.
  • En éducation, l’utilisation croissante de l’IA pose des questions sur la fiabilité des sources et l’apprentissage critique.
  • En architecture, l’IA ouvre de nouvelles perspectives créatives et accélère certaines étapes, demandant aux étudiants et professionnels de développer de nouvelles compétences.

Au final, face à l’omniprésence de l’IA, on se demande souvent qui tire vraiment les ficelles… et si, sans nos filtres critiques et une bonne dose d’ironie, nous ne risquons pas de nous faire avoir par nos propres créations numériques. Si la machine peut nous aider à raconter de belles histoires, encore faut-il que l’histoire ne soit pas celle de notre propre crédulité !


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