Un débat agite l’un des quartiers les plus riches du Canada concernant l’implémentation d’un système de surveillance à intelligence artificielle visant à établir la première « communauté virtuelle sécurisée » du pays, afin de lutter contre la hausse des cambriolages.

Bien que les taux de criminalité à Toronto soient en baisse générale, les résidents de Rosedale sont de plus en plus inquiets en raison d’une augmentation persistante des intrusions domiciliaires, avec des vols visant ce quartier arboré à un rythme plus du double de la moyenne de la ville. Les affaires de cambriolage et de vol représentent le troisième taux le plus élevé par habitant à Toronto.

Ce climat d’inquiétude se manifeste dans le groupe WhatsApp de la communauté, où jusqu’à 60 des 350 membres participent déjà au financement d’une sécurité privée.

« Mes amis ont vécu une invasion de domicile terrifiante ici dans le quartier – leurs enfants ont été menacés avec un couteau, et ils seront traumatisés pour le reste de leur vie », a déclaré Craig Campbell, un résident de Rosedale qui a proposé ce plan. « D’autres amis n’arrivent pas à dormir la nuit car ils craignent de devenir victimes. Presque chacun connaît quelqu’un qui a été touché. Il faut agir. »

Fin mars, les résidents ont participé à une réunion virtuelle animée par Campbell, qui dirige une entreprise de sécurité. Il a évoqué un plan où un groupe initial de 100 résidents paierait un abonnement mensuel de 200 $CAN (environ 110 £) pour une technologie capable de scanner les plaques d’immatriculation des véhicules traversant la « porte virtuelle ».

La société américaine Flock affirme que son intelligence artificielle peut identifier les véhicules appartenant aux résidents, ainsi que ceux considérés comme suspects. Ce déploiement marquerait l’entrée de Flock sur le marché canadien.

Campbell a précisé que les caméras ne recourraient pas à la reconnaissance faciale, mais collectaient des données sur les plaques d’immatriculation afin de créer des « listes blanches » (véhicules connus) et des « listes noires » (véhicules suspects) de ceux entrant dans le quartier. Les données recueillies par les caméras seraient conservées pendant 30 jours et la police pourrait y accéder uniquement avec une autorisation légale. Ce système viendrait compléter la présence de gardes de sécurité non armés déjà en service dans la zone.

Bien qu’il détienne les droits de licence canadiens pour Flock, Campbell a mentionné qu’il avait également un intérêt commercial à créer une entreprise viable autour de ce système de sécurité. Cela dit, il a aussi souligné la frustration des amis et voisins face à l’inaction.

« Pour la sécurité de ma famille, je ne vais pas attendre que le gouvernement réagisse. Oui, c’est un problème complexe. Mais il y a des mesures à prendre dès aujourd’hui pour nous aider », a-t-il déclaré.

Les retours sur la réunion de mars ont révélé qu’un certains résidents manifestaient de l’enthousiasme pour le projet, tout comme les membres du groupe WhatsApp. D’autres, cependant, exprimaient leur scepticisme, soulevant des inquiétudes relatives aux biais de l’IA, au profilage et l’éventualité d’une surveillance abusive.

Flock fait état de plus de 90 000 caméras qui auraient permis de réduire la criminalité jusqu’à 70 %, une affirmation jugée difficile à vérifier indépendamment par certains chercheurs.

La société a récemment été critiquée par des activistes aux États-Unis, après que des données partagées par la police ont été utilisées pour des actions controversées, et des erreurs dans la lecture des plaques ont conduit à des interceptions déplacées.

La législation sur la vie privée au Canada est plus stricte qu’aux États-Unis, et un plan comme celui proposé à Rosedale pourrait rencontrer des défis juridiques. Les régulateurs pourraient percevoir ce réseau de caméras comme un système de collecte de données, plutôt que comme un simple dispositif de sécurité, ce qui relèverait alors de la Loi canadienne sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (Pipeda).

Campbell a affirmé : « Nous sommes très confiants sur notre conformité à toutes les régulations en matière de protection de la vie privée. Rien dans la technologie n’est différent de ce qu’un citoyen peut faire avec son téléphone. Seules les plaques d’immatriculation sont enregistrées. »

La police de Toronto a reconnu que les résidents cherchant à se sentir plus en sécurité pourraient envisager des solutions telles que celle-ci, mais n’a pas commenté la légalité du système Flock proposé.

Dans le groupe WhatsApp de Rosedale, des tensions se sont manifestées quant à la perception du projet. « Y a-t-il une raison pour laquelle tout le monde ne voudrait pas de ce niveau de sécurité ? », a écrit un utilisateur qui a déjà préinscrit au système Flock.

Un autre a répliqué : « L’IA est l’un des outils les plus contraires à l’éthique de notre époque », évoquant des impacts sur l’environnement, des biais et des interpellations injustifiées.

François Hébette, récemment installé dans le quartier après avoir quitté la Californie, partage cette inquiétude. « Une initiative privée comme celle-ci pourrait être efficace, mais si l’on souhaite vivre dans une communauté fermée, on peut déménager. Transformer un quartier en un ‘virtuel’ me semble discutable. Nous avons de jeunes enfants et je ne suis pas sûr que ce soit le monde que je souhaite pour eux. »

Un porte-parole du commissaire à la confidentialité de l’Ontario a précisé que les sociétés fournissant des technologies de surveillance à des fins commerciales doivent obtenir le consentement des personnes de manière significative et utiliser les informations personnelles d’une manière raisonnable.

Points à retenir

  • Les résidents de Rosedale expriment des préoccupations face à la montée des crimes, en particulier des cambriolages.
  • Un système de surveillance à intelligence artificielle a été proposé au cours d’une réunion communautaire pour renforcer la sécurité.
  • La technologie mise en avant par Flock utilise des caméras pour surveiller les plaques d’immatriculation, sans reconnaissance faciale.
  • Le rôle de la législation canadienne en matière de protection des données pourrait poser des défis au projet.
  • Les opinions des résidents varient, certains soutenant le projet, tandis que d’autres soulèvent des préoccupations éthiques.

En réfléchissant à cette initiative, je me demande quel équilibre nous pouvons trouver entre sécurité et vie privée. L’innovation technologique doit répondre à nos besoins tout en préservant nos valeurs fondamentales. Dans un monde de plus en plus surveillé, comment pouvons-nous garantir la sécurité sans compromettre notre liberté individuelle ? Cette question mérite d’être débattue.


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