CONCORD, N.H. — Un consultant politique a récemment fait parler de lui pour avoir envoyé des appels automatisés générés par intelligence artificielle, imitant l’ancien président Joe Biden, aux électeurs du New Hampshire. Ce dernier a annoncé qu’il ne paierait pas 22 500 dollars à trois électeurs, malgré une ordonnance d’un tribunal fédéral récente.
Cette décision, rendue vendredi dernier à l’issue d’un procès initié par la Ligue des femmes votantes, intervient cinq mois après l’acquittement de Steve Kramer pour des accusations de suppression de vote et d’imitation de candidat. Dans le cadre de la procédure civile, le juge a rendu un jugement par défaut après que Kramer a omis de se présenter en cour.
« Je n’ai jamais répondu car j’ai déjà été acquitté sur 22 chefs d’accusation », a déclaré Kramer par e-mail, affirmant que le recours était une manœuvre de communication qui gaspillait le temps du tribunal. Il a également refusé de payer une amende de 6 millions de dollars infligée par la Commission fédérale des communications.
Malgré le soutien des jurés dans le procès criminel, le juge de la procédure civile a non seulement ordonné à Kramer de verser 7 500 dollars à chaque électeur plaignant, mais l’a également interdit de mener des actions similaires dans tout le pays. Caren Short, directrice des affaires juridiques et de recherche à la Ligue des femmes votantes, a qualifié cette décision de « précédent crucial contre l’utilisation abusive de l’intelligence artificielle dans les élections ».
Les plaignants envisageront d’autres actions si Kramer ne respecte pas la décision, a indiqué Courtney Hostetler de l’association Free Speech for People, qui a assisté la Ligue dans cette affaire.
« M. Kramer a démontré un mépris constant pour la loi et les droits des électeurs », a-t-elle indiqué. « Son intention de défier l’ordonnance du tribunal perpétue ce schéma, soulignant l’importance de l’injonction et des dommages accordés. »
Kramer, âgé de 56 ans et domicilié à La Nouvelle-Orléans, a admis avoir orchestré l’envoi d’un message à des milliers d’électeurs deux jours avant la primaire présidentielle du 23 janvier 2024 de l’État. Les destinataires ont entendu une voix générée par l’IA, semblable à celle de Biden, leur conseillant que voter lors de la primaire les empêcherait de se rendre aux urnes en novembre.
« Il est important de garder votre vote pour l’élection de novembre », disaient les messages. « Vos votes comptent en novembre, pas ce mardi. »
Kramer a expliqué qu’il souhaitait « donner un signal d’alarme » sur les dangers potentiels de l’IA lorsqu’il a payé un magicien de La Nouvelle-Orléans 150 dollars pour créer l’enregistrement. Inquiet du manque de régulations, il a pris la résolution de passer à l’action en ce début d’année.
« Cela va être mon bon geste cette année », se remémore-t-il lors de son témoignage en juin au tribunal de Belknap.
Kramer a soutenu que la primaire était un scrutin sans importance, et que la loi de l’État sur la suppression des votes ne s’appliquait donc pas. Bien que la primaire ait eu lieu contre l’avis du Comité national démocrate, les délégués de l’État ont été ultérieurement convoqués au congrès national. Biden, qui n’a pas inscrit son nom sur le bulletin ni mené de campagne dans l’État, a néanmoins remporté le vote en tant que candidat à écrire.
La société Lingo Telecom, responsable de l’envoi des appels, a convenu de payer 1 million de dollars dans un règlement avec la FCC en août 2024. Alors que cette agence, qui s’active à établir des règles liées à l’IA, n’a pas répondu aux demandes de commentaire, elle avait commencé à faire face à une pression pour assouplir ses régulations.
Des états américains ont récemment légiféré pour encadrer l’utilisation de contenus vidéo ou audio imitant des candidats, mais Trump envisage de pousser les États à cesser toute régulation sur l’intelligence artificielle. Cela est motivé par un désir de préserver l’innovation, mais les critiques soulignent les risques de laisser de grandes entreprises d’IA opérer sans surveillance.
Le mardi, les procureurs généraux de 36 États, dont le New Hampshire, ont adressé une lettre au Congrès pour s’opposer à la préemption des lois d’État sur les risques associés à l’IA.
Points à retenir
- Steve Kramer a orchestré l’envoi d’appels automatisés imitant Biden pour influencer les électeurs.
- Un tribunal a ordonné à Kramer de verser des compensations aux électeurs plaignants.
- La Ligue des femmes votantes considère ce jugement comme un précédent important contre l’utilisation abusive de l’IA.
- Kramer pourrait envisager un recours, mettant en lumière les tensions entre la technologie et la loi.
- Des voix s’élèvent pour encadrer l’utilisation de l’IA dans les campagnes politiques.
Ce cas soulève une question essentielle sur l’éthique de l’IA en politique. En tant qu’observateur engagé, il est crucial d’interroger les implications de ces technologies sur notre démocratie. Que signifie vraiment voter dans un contexte où des voix artificielles peuvent influencer nos choix ? Cela nous pousse à réfléchir sur notre rapport à ces outils et sur la manière dont nous les régulons pour protéger l’intégrité électorale.