mer. Juin 24th, 2026

Strike 3 Holdings, société spécialisée dans la production de vidéos adultes qu’elle revendique comme « féministes », « éthiques » et de « haute qualité », a décidé d’attaquer Meta en justice devant un tribunal fédéral en Californie. Elle accuse le géant technologique d’avoir piraté et utilisé sans autorisation ses contenus protégés par le droit d’auteur pour entraîner ses modèles d’intelligence artificielle (IA). Le dossier, déposé en juillet dernier, a révélé que Meta aurait utilisé le protocole BitTorrent pour diffuser et télécharger illégalement les vidéos de Strike 3 depuis 2018.

Selon la plainte, Meta chercherait ainsi à collecter des images difficiles à obtenir par d’autres moyens : prises de vues variées du corps humain et longues séquences ininterrompues, rarement disponibles dans les productions classiques de cinéma ou télévision. Christian Waugh, avocat de Strike 3, explique que « Meta veut accéder à nos contenus pour améliorer la qualité, la fluidité et le réalisme de ses intelligences artificielles, ce qui lui donnerait un avantage concurrentiel important ».

Le recours à BitTorrent pour distribuer les 2 396 vidéos pornographiques de Strike 3 est particulièrement problématique puisqu’il rend ce contenu accessible aux mineurs, en l’absence de tout contrôle d’âge. La plainte précise aussi que Meta utiliserait ce matériel comme « monnaie d’échange » pour télécharger d’autres fichiers nécessaires à l’entraînement de ses IA.

Le document judiciaire révèle que Meta aurait également piraté des œuvres non pornographiques issues de nombreuses séries télévisées très populaires : Yellowstone, Modern Family, The Bachelor, South Park ou encore Downton Abbey. Plus inquiétant, la liste inclut des titres de vidéos mettant en scène des adolescents supposément très jeunes, ainsi que des contenus liés à la fabrication d’armes et à des thématiques politiques comme « Antifa’s Radical Plan ».

Pour Matthew Sag, professeur de droit spécialisé en IA à l’université Emory, utiliser des contenus adultes comme base d’apprentissage est « un désastre en termes d’image publique qui pourrait survenir à tout moment ». Il illustre son propos en imagant qu’un collégien demandant à une IA de Meta une vidéo sur la livraison de pizzas pourrait, en réalité, recevoir du contenu pornographique.

D’après la plainte, Strike 3 a mis en place des systèmes sophistiqués de détection des violations qui ont permis d’identifier 47 adresses IP liées à Meta dans ces pratiques illégales. La société réclame à ce titre 350 millions de dollars, s’appuyant sur les amendes prévues par la loi en matière de violation de droits d’auteur.

Contactée, la porte-parole de Meta a déclaré au média très respecté WIRED qu’ils « examinaient la plainte, mais ne croyaient pas que les accusations de Strike 3 étaient fondées ». Pour sa part, Meta annonce que son modèle d’IA V-JEPA 2, dévoilé en juin, a été entraîné sur un million d’heures de « vidéos internet », une formulation floue à laquelle Strike 3 reproche un manque total de transparence. Les ambitions d’IA de Meta sont à la fois mondiales et personnelles : Mark Zuckerberg a déclaré vouloir offrir « le pouvoir de la superintelligence aux individus, pour qu’ils l’orientent vers ce qui compte dans leur vie ». Parmi les projets, les lunettes connectées de Meta sont présentées comme un outil permettant « une superintelligence personnelle », rappelé lors du dernier événement Meta Connect.

Points à retenir

  • Strike 3 Holdings accuse Meta d’avoir téléchargé et diffusé illégalement ses vidéos adultes via BitTorrent, ce qui pose un risque d’accès aux mineurs.
  • Meta chercherait à exploiter des vidéos longues et détaillées pour améliorer la qualité visuelle et comportementale de ses intelligences artificielles.
  • La plainte cite aussi des œuvres de divertissement grand public, et des contenus controversés liés à la jeunesse, aux armes et à l’activisme politique.
  • L’utilisation de contenus pornographiques dans l’entraînement des IA sur internet soulève des questions éthiques et de contrôle, notamment sur la protection des publics vulnérables.
  • Strike 3 réclame une compensation financière de 350 millions de dollars, fondée sur les infractions constatées via des adresses IP de Meta.
  • Meta nie les faits, tout en poursuivant ses ambitions d’IA visant à imbriquer davantage l’intelligence artificielle dans la vie quotidienne des utilisateurs.

Au final, cette affaire met en lumière un angle peu exploré de la révolution de l’intelligence artificielle : jusqu’où les acteurs majeurs sont-ils prêts à aller pour nourrir leurs algorithmes ? Une question essentielle alors que la technologie envahit tous les aspects de nos vies, poussant à réfléchir non seulement aux droits d’auteur, mais aussi aux valeurs qui devraient encadrer ces innovations.

Et sérieusement, qui n’a pas peur qu’un jour sa demande innocente à un assistant vocal se traduise par une « surprise » un peu moins conforme aux attentes ? À force de vouloir tout apprendre à nos IA, on risque bien de se retrouver avec un serveur qui connaît nos faiblesses… et nos péchés mignons. Reste à savoir si on devra en rire ou en pleurer !


Partager : X Facebook WhatsApp LinkedIn Reddit

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *