La vie monastique face aux défis numériques

Il y a quatre mois, le prieur général de la communauté bénédictine de Camaldoli, Dom Matteo Ferrari, a suscité l’intérêt de l’église catholique en affirmant que « l’Internet, l’utilisation des smartphones et des réseaux sociaux, ainsi que la consommation de vidéo et de films en ligne représentent un défi pour la vie monastique et religieuse ». En conséquence, il a imposé des règles strictes quant à la consommation de contenus numériques par les postulants, novices et religieux des monastères camaldolais.

Aujourd’hui, Javier Gil Quintana, un chercheur espagnol spécialisé dans la société post-digitale, utilise sur « Religion Digital » la métaphore de la Liturgie des heures, qui rythme la vie contemplative, pour alerter le grand public sur les dangers de laisser les algorithmes dicter les rythmes de notre quotidien. Il observe un rapport « presque identique », mais « inversé dans sa finalité », entre ces deux rythmes : l’un nous invite à élever notre regard vers le transcendant en communauté, tandis que l’autre tend à nous disperser en tant que consommateurs solitaires de contenus.

Le regard sur nos écrans

Les moments de prière matinaux correspondent au « réveil anxieux » de 80% des personnes qui consultent leur téléphone dès le matin. Le temps de pause déjeuner, au lieu d’être un moment de recueillement, devient un pic d’interactions sur les réseaux sociaux. Les vêpres ne sont plus un moment de gratitude, mais l’occasion de faire défiler anxieusement des nouvelles négatives. À Complies, au lieu de réflexion, le temps est occupé par la consommation de contenus en streaming, contribuant à une forme d’insomnie par excès de dopamine. Si nous passons nos matinées à regarder nos téléphones plutôt que de rendre grâce, nos repas à défiler sur les réseaux sociaux au lieu de partager, et nos soirées à ingérer des contenus au lieu de réfléchir à notre conscience, nous risquons de perdre les rituels qui pourraient structurer notre vie commune.

Une nutrition inspirée par la foi

Un phénomène récent a été mis en lumière par le New York Times dans un article au titre évocateur : « Croce e delizia ». Cet article aborde l’émergence d’influenceurs aux États-Unis qui puisent dans la Bible, notamment l’Ancien Testament, pour promouvoir une pratique qui mêle foi chrétienne, nostalgie rurale et méfiance envers l’industrie alimentaire. Le message n’élève pas seulement l’importance des aliments mais confère une dimension spirituelle à l’acte de se nourrir. Pour ces influenceurs, le choix de supprimer certains aliments n’est pas juste une question de bien-être, mais un acte d’obéissance spirituelle et une pratique presque ascétique.

Points à retenir

  • La communauté monastique se retrouve confrontée à des défis liés à l’usage des technologies modernes.
  • Les rituels traditionnels pourraient être menacés par la surconsommation numérique.
  • Les réseaux sociaux transforment notre rapport au quotidien et à la spiritualité.
  • Une nouvelle tendance d’alimentation inspirée par la foi émerge chez certains influenceurs.
  • Le discours religieux se modernise, se popularise et se monétise sur les plateformes numériques.

En réfléchissant à ces thèmes, je me demande quel impact durable cela aura sur notre façon de vivre et de nous connecter les uns aux autres. La spiritualité et le sens de la communauté peuvent-ils perdurer dans un monde aussi façonné par des écrans ? Quels rituels modernes pourrions-nous inventer pour réaffirmer notre humanité et notre connexion aux autres ? Il semble primordial de trouver cet équilibre entre tradition et modernité._


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