Les modèles d’IA, en particulier pour les jeunes, ont pris le rôle d’un mélange entre confesseur et coach. Ce changement a conduit à une diminution du temps passé sur des plateformes comme Instagram. Que nous réserve l’avenir ?
Comment allons-nous vivre sur Internet ? Cette question émerge naturellement en cette période de révolution avec l’introduction marquée de l’intelligence artificielle dans notre quotidien. Le succès de ChatGPT d’OpenAI, qui a récemment fêté son troisième anniversaire avec 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires, et le lancement de Gemini par Google mettent en lumière un futur où nos interactions en ligne pourraient être entièrement médiées par l’IA.
Mais alors, où et comment allons-nous interagir ? Les réseaux sociaux sont-ils condamnés, comme certains le suggèrent ?
Pour commencer, rappelons que ChatGPT et ses homologues sont des fenêtres de connexion avec les modèles linguistiques de grande taille, mais l’IA s’intègre également dans l’ensemble de notre expérience en ligne, depuis la création de contenu jusqu’à ce que nous voyons sur nos fils d’actualité.
Ces deux univers sont déjà en interaction, mais la question demeure : l’un finira-t-il par engloutir l’autre, ou coexisteront-ils ?
Il semble que nous ne soyons pas à notre première annonce de fin pour Facebook, Instagram, TikTok, et les autres.
D’après une étude du Financial Times : le temps passé sur les médias sociaux dans les pays développés a atteint son pic en 2022, avec une diminution prévue d’environ 10 % d’ici 2024.
Cette baisse probable correspond à un réajustement, car dans le Nord des États-Unis, la consommation de ces plateformes continue de croître. Meta a confirmé, lors de son dernier trimestre, que le temps passé sur Facebook et Instagram a augmenté à deux chiffres d’une année sur l’autre, propulsé par les vidéos.
Vincenzo Cosenza, un expert, a évoqué ce réajustement en se basant sur les habitudes des utilisateurs italiens : « Le marché a atteint un seuil de saturation, il n’y a pas eu de chute significative du nombre d’utilisateurs ; le temps passé a augmenté et il y a eu un rééquilibrage entre les plateformes ».
Différents facteurs pourraient influencer ce scénario : en premier lieu, la compétition directe des applications de conversations intelligentes. Actuellement, ChatGPT est l’application la plus téléchargée sur l’App Store d’Apple, tandis que Gemini occupe la deuxième place sur Apple.
Dans cette bataille pour le temps passé entre applications, de nouveaux acteurs compétitifs entrent en jeu, absorbant minutieusement des minutes précieuses. Les habitudes des plus jeunes le montrent clairement : ils préfèrent utiliser ChatGPT comme un mélange entre confesseur et coach, posant toutes sortes de questions. Ce phénomène entraîne des risques, comme l’a révélé un rapport d’OpenAI, qui indique qu’un faible pourcentage d’utilisateurs développe un attachement émotionnel fort envers l’IA.
À cet égard, les besoins et systèmes sont différents. En effet, les IA conversationnelles exigent une interaction active, ce qui demande un effort de formulation des requêtes précises.
Sur les réseaux sociaux, en revanche, c’est le fil d’actualité qui nous propose du contenu, et l’acte principal à réaliser se limite à faire défiler l’écran avec le pouce. Giovanni Boccia Artieri, professeur en sciences de la communication à l’Université de l’urbino, souligne que « nous avons besoin de divertissement et d’informations aléatoires, d’observer sans réfléchir ».
Un autre besoin qui peut nous ancrer aux médias sociaux est le Fediverso, un réseau social interconnecté favorisant les discussions autour de projets et idées. Les données de Meta montrent que deux milliards de personnes interagissent mensuellement dans les groupes Facebook.
L’impact de l’IA est déjà visible dans le contenu de nos fils d’actualité, avec le terme technique slop, désignant des contenus générés par l’IA.
Les grandes entreprises technologiques investissent massivement : ByteDance, propriétaire de TikTok, développe des modèles de génération vidéo, tandis que Meta a lancé l’application de vidéos génératives Vibes.
OpenAI, bien qu’elle n’ait pas encore accumulé autant de données que les géants du Web 2.0, a introduit Sora, une plateforme sociale axée sur la vidéo. On observe aussi l’émergence de profils chatbot sur Instagram.
Si certains critiquent ces innovations comme étant des déchets, d’autres y voient une coexistence inéluctable, surtout parmi les jeunes, qui apprennent à tirer parti des incroyables capacités créatives de ces technologies, malgré les risques affichés de deepfakes et de dépendance. À mesure que la technologie évolue, ses capacités de manipulation s’affinent également.
Pour les plateformes sociales, ces tendances représentent de bonnes nouvelles. Les réseaux sociaux ne suffisent pas à retenir les utilisateurs, mais ils continuent de jouer un rôle crucial. Ils peuvent servir de fondation solide pour interagir avec les chatbots, facilitant la création de contenus plus rapides et accessibles.
Il reste à déterminer ce qui se passera lorsque les agents d’intelligence artificielle deviendront suffisamment performants et personnalisés pour devenir notre unique point d’accès.
Les géants du secteur traditionnel possèdent un avantage non négligeable pour jouer un rôle significatif dans ce futur.
Points à retenir
- Le temps passé sur les médias sociaux semble commencer à décliner.
- Les jeunes privilégient de plus en plus les outils d’IA pour leurs interactions.
- La concurrence entre les applications sociales et les IA conversationnelles gagne en intensité.
- Un nouvel ensemble de besoins pousse toujours les utilisateurs vers les réseaux sociaux, même face à l’IA.
- Des outils de création de contenu générés par l’IA émergent sur le marché, alimentant la discussion sur la qualité du contenu.
En tant que passionné de nouvelles technologies, je me demande. Sommes-nous prêts pour un monde où l’IA joue un rôle central dans nos interactions en ligne ? La réponse pourrait redéfinir notre rapport aux médias sociaux et à la conversation humaine elle-même. Nous avons tant à explorer et à comprendre à ce sujet.
