Bruxelles – De plus en plus de gouvernements nationaux se joignent à la lutte initiée par le président français Emmanuel Macron contre l’utilisation des réseaux sociaux par les jeunes. Après la France, le Danemark, la Grèce, l’Autriche et le Portugal, c’est au tour de l’Espagne de « s’allier dans une coalition des volontaires numériques », comme l’a annoncé le Premier ministre Pedro Sanchez. Parmi les différentes mesures prévues, Madrid entend interdire l’accès aux réseaux sociaux aux personnes de moins de 16 ans.
Sanchez a fortement critiqué les plateformes sociales lors du World Government Summit à Dubaï, qualifiant les réseaux sociaux d’« État en échec », où la loi est ignorée et les délits sont tolérés. Il a dévoilé cinq mesures que son gouvernement compte mettre en œuvre pour lutter contre les abus des grandes entreprises numériques. Outre l’interdiction d’accès pour les moins de 16 ans et l’obligation pour les plateformes de mettre en place des systèmes de vérification d’âge, son gouvernement souhaite rendre les dirigeants des plateformes « légalement responsables » des contenus illégaux qui ne sont pas supprimés, et créer un délit spécifique de manipulation des algorithmes et d’amplification de contenus illicites.
Renommant cette coalition de pays engagés à garantir la sécurité, Sanchez l’a décrite comme une « coalition des volontaires numériques », qui tiendra sa première réunion dans les jours à venir et qui « mènera des actions coordonnées à l’échelle internationale ». Les autres pays concernés, comme la France, le Danemark, la Grèce, l’Autriche et le Portugal, envisagent également des restrictions sur l’accès aux réseaux sociaux.
Bien que l’objectif soit commun, ces six pays avancent de manière disparate. Le Parlement français a récemment adopté un projet de loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, une limite que souhaitent également instaurer Athènes et Copenhague. Vienne semble envisager d’abaisser l’âge à 14 ans, tandis que le gouvernement portugais a présenté un projet de loi demandant le consentement parental pour les moins de 16 ans souhaitant accéder aux réseaux sociaux.
Cette initiative des « volontaires » coïncide presque entièrement avec le projet de l’Union européenne de tester une application de vérification de l’âge, lancée en juillet dernier. Les pays participants à ce projet incluent la France, l’Espagne, la Grèce, le Danemark et l’Italie. Cette application sera adaptée à chaque pays et devrait être disponible dans les magasins d’applications d’ici mars.
À Bruxelles, la protection des jeunes contre les dépendances, abus et contenus nuisibles en ligne est un sujet de longue date : le Digital Services Act, en vigueur depuis février 2024, exige des grandes plateformes qu’elles évaluent les dangers pour les jeunes et mettent en place des outils adéquats pour les prévenir. Récemment, le Parlement européen a même proposé d’instaurer une limite d’âge minimale de 16 ans pour accéder aux réseaux sociaux, tout en permettant l’accès aux jeunes de 13 à 16 ans avec l’accord parental.
Jusqu’à présent, la Commission européenne a rejeté l’idée d’imposer une limite d’âge numérique à l’échelle de l’UE, car, selon le Règlement général sur la protection des données (RGPD), cela reste une compétence nationale. La responsabilité de la Commission se limite alors à superviser le respect des obligations édictées par le Digital Services Act, qui impose aux plateformes de mettre en place des outils de vérification d’âge conformes aux lois nationales.
Thomas Regnier, le porte-parole de la Commission européenne pour le digital, a indiqué que Bruxelles était en train de tester et d’adapter une application de vérification de l’âge. Une fois prête, les plateformes « n’auront qu’à accepter notre outil de vérification d’âge », qui intégrera les critères d’accès sur les réseaux sociaux, adaptés aux 27 États membres. Bien que son utilisation ne soit pas obligatoire, les plateformes devront prouver que leur alternative est aussi efficace que celle proposée par la Commission si elles décident de ne pas l’adopter.
Il semble que la Commission européenne ait du mal à suivre le rythme des initiatives des États. Ursula von der Leyen a annoncé, pour septembre 2025, la création d’un panel d’experts chargé d’analyser l’impact des réseaux sociaux sur les jeunes et les actions nécessaires. Le risque de fragmentation du marché numérique est réel, car certains États imposent des âges d’accès différents aux réseaux sociaux pendant que d’autres ne le font pas. Quelle réglementation s’appliquerait à un adolescent espagnol en vacances en Italie ? La réponse demeure incertaine, et le porte-parole de la Commission a reconnu que le sujet était encore à l’étude.
Points à retenir
- Pedro Sanchez annonce une coalition pour une utilisation responsable des réseaux sociaux.
- Proposition d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans en Espagne.
- Sanchez critique les plateformes pour leur gestion peu rigoureuse des contenus.
- Des projets similaires sont en cours dans divers pays européens.
- Un système de vérification de l’âge est en développement par l’Union européenne.
- Le Digital Services Act impose des obligations aux grandes plateformes concernant la protection des jeunes.
En tant que citoyen engagé, je suis intrigué par ces efforts concertés pour protéger nos enfants des dangers qui planent sur les réseaux sociaux. Mais il est crucial de réfléchir à la mise en œuvre de ces mesures. Les défis sont nombreux, notamment les questions de respect de la vie privée et d’accès à l’information. Quels seront les impacts à long terme de ces régulations sur la liberté d’expression et l’innovation numérique ? Il est temps d’ouvrir le débat.
