Un agriculteur du Derbyshire a décidé de rendre ses vaches moins attirantes afin de dissuader des personnes peu orthodoxes du milieu agricole. Ces intrus ne sont ni renards ni blaireaux, mais des influenceurs sur les réseaux sociaux qui viennent sans cesse filmer ses animaux.
Ils débarquent en masse. Lors d’une occasion, des dizaines de visiteurs ont encerclé le troupeau d’Alex Birch à la lisière d’un champ. Une autre fois, une professeure de yoga a déplié son tapis pour filmer un cours près des vaches, les traitant comme des accessoires d’un décor bucolique. Las de ces intrusions, Birch envisage désormais de croiser ses vaches Highland pour qu’elles soient « moins photogéniques ».
Dans un domaine naturel du Kent, des vaches Highland ont dû être retirées après qu’une « inondation » de visiteurs munis d’appareils photo soit survenue, non pas pour interagir avec les animaux, mais pour les filmer et les publier. La Highland Cattle Society a exhorté le public à ne pas considérer les vaches comme des « accessoires à selfie », tandis que la Scottish Society for the Prevention of Cruelty to Animals a rappelé que, bien qu’elles semblent « accessibles », les vaches sont avant tout des animaux de ferme puissants.
Lors de ma dernière intervention sur le sujet des vaches en 2024, une inquiétude artificielle circulait sur leur dangerosité. Tandis que le Guardian s’interrogeait : « Sont-elles les animaux les plus dangereux du Royaume-Uni ? », le Daily Star les qualifiait de « tueuses bêlantes ». Au milieu de cette agitation sur des prédateurs pastoraux, j’avais souligné qu’en Angleterre, au pays de Galles et en Écosse, les vaches tuaient environ cinq personnes par an, tandis que les humains en abattaient 2,78 millions. Il est facile de deviner d’où provient la véritable violence.
Les vaches sont mes animaux préférés. Leur présence évoque matériellement une forme de douceur sacrée, comme si elles transmettaient un écho d’un monde plus aimant. Elles broutent, se reposent, existent sans ce besoin frénétique de se prouver. Être parmi elles adoucit quelque chose en nous. C’est un rappel d’une pulsation divine que l’on avait peut-être oubliée. Chaque semaine entre mars et septembre, je rends visite à un grand troupeau qui paît près de chez moi. Au fil des ans, elles sont passées du regard attentif et curieux à l’excitation de venir à ma rencontre dès mon arrivée. J’apprécie ces moments. Je n’apporte pas de friandises, je préfère une interaction tranquille, presque non transactionnelle. Je les observe, découvrant leurs différences : les observatrices posées, celles qui se frottent de manière espiègle, et celles qui s’approchent avec un désir d’ouverture.
Je visite également les vaches du temple Bhaktivedanta Manor près de Watford, où se trouve une « goshala » dédiée à leur protection, ainsi que divers sanctuaires animaliers où un veau mâle a même été nommé en mon honneur, en reconnaissance d’un article que j’avais écrit en 2017 sur la cruauté dans l’industrie laitière. L’autre Chas vit désormais une belle vie près de la mer dans le Kent.
Bien que je prenne parfois une photo avec les vaches, mes interactions ne tournent pas autour de la création de contenu pour les réseaux sociaux, mais autour de la présence et de l’échange silencieux d’une certaine confiance. Poser sa tête contre une vache, ressentir sa chaleur constante, c’est rencontrer une petite grâce sans mots.
Cependant, ces animaux sont grands, lourds et quelque peu imprévisibles, et peuvent attaquer s’ils se sentent menacés, protecteurs ou surpris. On peut déranger une vache sans le vouloir, et si cela se produit en plein champ, la situation peut devenir délicate. Elles pèsent souvent plus de 450 kg, et même sans intention agressive, une vache effrayée pourrait facilement vous piétiner, entraînant des fractures ou pire. Il ne s’agit pas seulement de sécurité. Je trouve curieux que des personnes viennent admirer ces animaux tout en consommant de la viande ou des produits laitiers. Les vaches ont une espérance de vie naturelle de 15 à 25 ans, mais elles sont généralement abattues entre 18 mois et 6 ans. Dans les derniers moments de leur vie abrégée, elles tremblent et pleurent en sentant le sang de leurs congénères avant leur propre tour avec le pistolet d’abattage et le couteau. Les vaches souffrent particulièrement dans l’industrie laitière, où les agriculteurs séparent brutalement les mères de leurs veaux.
Si ni le risque ni la réflexion ne vous dissuadent, approchez-vous d’elles avec prudence et respect. Déplacez-vous lentement, tenez-vous éloigné de leurs petits, évitez d’amener des chiens et restez conscient de votre échappatoire. Et si, en leur company, vous ressentez quelque chose – une attirance pour leur calme et leur bienveillance – alors, faites une pause. Laissez cette sensation s’installer. Peut-être même vous en souviendrez-vous lors de votre prochaine virée au supermarché.
Points à retenir
- La présence excessive de visiteurs peut perturber la tranquillité des animaux.
- Les vaches, bien que souvent perçues comme dociles, peuvent représenter un danger en cas de maladresse.
- Les vaches vivent généralement une vie bien plus courte que leur espérance naturelle en raison de l’abattage.
- Les interactions avec les animaux doivent être empreintes de respect et de mindfulness.
- Prendre conscience de la souffrance animale peut éclairer nos choix alimentaires.
La situation observée met en lumière une problématique plus large : comment équilibrer notre fascination pour les animaux avec une prise de conscience éthique quant à leur traitement. À l’ère des réseaux sociaux, où l’image règne en maître, il est essentiel de réfléchir à la manière dont nous interagissons avec la nature. Peut-on allier admiration des animaux et respect de leur existence ? Il est temps de s’interroger sur nos comportements afin d’agir de manière plus responsable.