La sonnerie signale la fin de la pause, le classeur se remplit lentement. À peine les élèves assis à leurs places, ils sortent leurs téléphones et tablettes, scrollent, glissent et tapotent. « Les jeunes consomment les réseaux sociaux différemment de nous », affirme Inga Hülshoff de l’association « music4everybody! », qui organise une semaine de projet à la classe de 8ème à l’école principale de Zülpich. Le thème : les réseaux sociaux et l’impact de leur contenu sur les utilisateurs.
Hülshoff, qui dirige le groupe média de cette semaine de projet, note que les adolescents passent rapidement d’une vidéo à l’autre sur des plateformes telles que TikTok, Instagram, Snapchat et YouTube. Avec les élèves, elle examine plus en détail les types de vidéos et d’images qu’ils rencontrent quotidiennement, ainsi que les stratégies qui peuvent les influencer.
Un survol varié des contenus pour les jeunes
Les adolescents sont exposés à un large éventail de contenus : des gags innocents aux publicités, en passant par des contenus racistes, de la propagande politique, des blagues sur des violences sexuelles, et même des images et vidéos des zones de guerre et de crise à travers le monde. Hülshoff souligne que tout cela est proposé aux jeunes de 14 à 15 ans, de manière non filtrée. « Et personne ne prend le temps de les encadrer », déplore-t-elle, soulignant le manque de temps et de compétences médiatiques tant à la maison qu’à l’école.
Cette semaine de projet vise à sensibiliser. Bien que Brise le silence une semaine n’est pas suffisante, la coordinatrice du projet, Nadine Cherubini, précise : « L’objectif est de permettre aux élèves de se forger leur propre opinion. »

Concrètement, les 50 adolescents travaillent ensemble sur une représentation théâtrale. Leurs pièces de théâtre intègrent le chant et la danse, illustrant comment un gouvernement manipule sa population grâce à une drogue promue par des influenceurs. Ces derniers découvrent cependant le plan malveillant et, avec l’aide d’une inventrice, parviennent à renverser ce système manipulateur.
Inspiration pour un personnage de méchante
Les jeunes se répartissent en quatre groupes pour travailler sur le spectacle : danse, chant, théâtre et médias. Annalena et Joelina, qui occupent les rôles principaux, se passionnent pour le théâtre et trouvent l’expérience enrichissante. Annalena s’inspire d’un personnage contemporain pour son rôle de méchante : Donald Trump. « Il prétend vouloir la paix, mais finit par déclencher des guerres », explique-t-elle.
Les deux filles sont conscientes de l’hypocrisie qu’on trouve sur les réseaux sociaux. Elles citent des exemples de produits de soin promus en ligne mais de très mauvaise qualité. Bien qu’elles ne souhaitent pas interdire les réseaux aux jeunes, elles pensent qu’une réglementation des contenus serait préférable. Pour Emily, 14 ans, un interdit ne poserait pas de problème – elle n’a pas de comptes et cela ne lui manque pas, même si parfois elle regrette de ne rien faire pendant que les autres sont sur leur téléphone.
Un message politique subtil sur les réseaux sociaux
Cette semaine de projet permet également aux élèves de découvrir le rôle d’influenceur. En participant à la création de vidéos et de contenus pour les réseaux sociaux, ils se familiarisent avec un monde qu’ils consomment souvent sans véritable recul.
Hülshoff constate que les jeunes prennent plaisir à filmer des vidéos et qu’ils s’en sortent très bien. Les élèves Dominik et Michael, 14 ans, manifestent un intérêt particulier pour détecter l’origine des vidéos, notamment celles produites par intelligence artificielle. Leur expérience leur a permis de réaliser que tout n’est pas toujours ce qu’il semble en ligne.
« Tout ce qui est politique est encore difficile à appréhender pour les jeunes », souligne Hülshoff. Beaucoup de ces vidéos ont des sous-entendus qui leur échappent souvent. « Car il y a une grande incertitude », ajoute-t-elle. Une élève a même déclaré qu’elle ne se sentirait pas prête à voter plus tard, ne sachant pas faire la distinction entre le vrai et le faux, ou quelles parties agissent de manière démocratique.
Hülshoff s’efforce de donner aux élèves plus de confiance dans leur relation avec les contenus sur les réseaux sociaux, même si cela ne se résume qu’à une semaine de projet.
Représentation finale de la semaine
La semaine de projet à l’école de Zülpich s’inscrit dans le cadre de « Youth4Change – Celebrating Diversity », un projet de trois ans axé sur les médias et la culture pour la tolérance et la diversité en Zülpich. Ce programme est soutenu par l’État et l’Union européenne, ainsi que par diverses fondations.
La performance finale, intitulée « Jamais assez – qui paie le prix ? », aura lieu le vendredi 6 mars, à 11 h 45, au Forum de l’école. L’entrée est libre, bien qu’une inscription en ligne soit recommandée.
Points à retenir
- Les jeunes absorbent une variété de contenus sur les réseaux sociaux sans filtre ni accompagnement adéquat.
- Le projet cherche à développer leur esprit critique afin qu’ils puissent forger leurs propres opinions.
- Les influenceurs et la manipulation médiatique sont des thèmes centraux abordés par les élèves.
- La semaine se concentre sur la création artistique pour comprendre les enjeux sociaux.
- Les jeunes témoignent d’une sensibilisation croissante aux enjeux liés aux contenus qu’ils consomment en ligne.
Avec toutes ces interactions et discussions autour des réseaux sociaux, il est fascinant de réfléchir à l’évolution de la perception des jeunes face à ces outils. Comment décidons-nous de les encadrer pour qu’ils deviennent des consommateurs et des créateurs avertis plutôt que des simples récepteurs d’informations parfois altérées ? C’est un défi qui mérite d’être exploré avec passion et engagement.