Le récif de la Grande Barrière de Corail a subi sa plus forte baisse annuelle de corail vivant dans deux des trois zones surveillées depuis 1986, révèle un rapport récent.
Cette étude de l’Institut australien des sciences marines (AIMS) est la première à décrire de manière exhaustive les dégâts provoqués par l’épisode de blanchissement massif du corail au début de 2024, le plus étendu et sévère jamais enregistré sur ce récif.
Dans les mois qui ont suivi, les scientifiques ont décrit une « nécropole de coraux » autour de l’île Lizard, au nord, tandis qu’une étude rapportait la mort de 40 % des coraux à One Tree Island, au sud.
AIMS réalise des relevés annuels depuis 1986 pour évaluer la santé et l’étendue du plus grand système récifal du monde.
Le rapport de cette année montre qu’entre Cooktown et la pointe du cap York, dans la partie nord, le blanchissement, deux cyclones et les inondations associées ont réduit la couverture corallienne de 25 %.
Dans le sud, entre Mackay et juste au nord de Bundaberg, la couverture a chuté de 30 %, soit les plus fortes baisses annuelles jamais enregistrées pour ces deux zones.
La partie centrale du récif a également perdu 13 % de sa couverture, malgré des températures moins extrêmes en 2024.
Le Dr Mike Emslie, responsable du suivi à long terme de l’AIMS, souligne que la couverture corallienne est désormais de plus en plus instable. « Cette volatilité est probablement le signe d’un système fragile. Nous observons des pics record en couverture corallienne, suivis de baisses tout aussi rapides. »
Avant 2024, une relative accalmie avait permis à certaines sections de retrouver des niveaux record de coraux, principalement grâce aux acropores, des coraux à croissance rapide mais sensibles à la chaleur.
La vague de blanchissement de 2024 a rapidement annulé ces gains. La couverture corallienne est aujourd’hui revenue à une moyenne plus habituelle.
De plus en plus rapprochés
Les épisodes de blanchissement massif de la Grande Barrière ont commencé en 1998 et se sont répétés en 2002, 2016, 2017, 2020, 2022, 2024 et 2025.
Ces deux dernières années ont fait partie d’un événement global touchant plus de 80 % des récifs dans au moins 82 pays et territoires, à cause de températures océaniques record depuis plusieurs siècles.
Le Dr Emslie prévient : « Ces événements se rapprochent dangereusement les uns des autres. Nous atteindrons bientôt un point de basculement où les coraux ne pourront plus récupérer entre les perturbations successives. »
Il insiste sur la nécessité urgente de réduire les émissions de gaz à effet de serre pour stabiliser les températures océaniques.
Le gouvernement australien doit prochainement annoncer ses objectifs de réduction des émissions pour 2035. Après ses engagements auprès de l’UNESCO de viser un réchauffement limité à 1,5 °C, ce rendez-vous politique reste scruté de près.
Selon Richard Leck de WWF Australie, adopter une cible cohérente avec un réchauffement maximal de 1,5 °C serait la meilleure chance pour préserver ce patrimoine mondial.

© Australian Institute of Marine Science
Points à retenir
- Depuis 1986, l’Institut australien des sciences marines surveille la santé du récif et documente chaque année ses évolutions.
- Les baisses les plus sévères de couverture corallienne touchent le nord et le sud du récif, avec des pertes respectives de 25 % et 30 % en 2024.
- Les coraux à croissance rapide, fragiles mais essentiels à la reconstruction, subissent particulièrement la chaleur.
- Les événements de blanchissement se rapprochent inexorablement, ne laissant plus de répit aux récifs pour se régénérer.
- Limiter le réchauffement à 1,5 °C reste l’option la plus prometteuse pour éviter le pire, selon les experts et ONG.
- Le prochain plan climatique de l’Australie sera décisif pour la survie du paquetage corallien australien, patrimoine naturel majeur de l’humanité.
Au final, on pourrait croire que la Grande Barrière de Corail écrit elle-même sa tragédie en épisodes rapprochés — ou alors que nous assistons à un remake de « comment perdre un écosystème en moins de trente ans ». Si seulement la politique pouvait suivre la cadence au lieu de rester sur la touche, peut-être que nos coraux auraient une chance d’écrire un nouveau chapitre. Mais hélas, en matière de blanchiment, il semblerait que le récif ne soit plus seulement “en danger”, il soit carrément en péril. Restons à l’écoute, en espérant ne pas devoir écrire un jour « Le dernier récif ».