mar. Juil 7th, 2026

Chaque enfant découvre souvent, à l’âge adulte, à quel point ses parents ont influencé son développement, y compris leurs mauvaises habitudes. Deux experts partagent des pistes pour modifier ces comportements pesants.

Les enfants se plaignent à la caisse du supermarché alors qu’un rendez-vous imminent les attend. Et voilà qu’un vieux refrain, jadis tant détesté, jaillit involontairement. Que ce soit dans notre manière de nous exprimer, notre perception corporelle ou notre comportement, nous ressemblons à nos parents, même lorsque nous avons l’intention de ne pas suivre cette voie.

Pour comprendre pourquoi cela se produit, comment ces schémas peuvent évoluer et lorsque cela devient problématique, nous nous tournons vers Lutz Wittmann, professeur de psychologie clinique à l’Université psychanalytique de Berlin, et Stefan Vielmuth, thérapeute systémique.

« Tels mère, tels enfants » : une affirmation qui ne réjouit pas toujours ceux qui en sont victimes. « De nombreuses caractéristiques de personnalité sont corrélées entre les parents et leurs enfants, comme l’atteste la recherche. Nous savons qu’il existe des liens manifestes », précise Wittmann. Être conscient de ces corrélations est une toute autre affaire.

Les parents influencent leurs enfants de multiples manières. Vielmuth distingue trois dimensions : la génétique, l’apprentissage de comportements durant l’enfance, et l’épigénétique, où les facteurs environnementaux affectent l’activité des gènes. « Une partie de notre personnalité est déterminée génétiquement. Il existe aussi des indices montrant que certains traumatismes ou réactions au stress peuvent perdurer sur plusieurs générations », explique-t-il.

Cependant, tout n’est pas écrit d’avance. « Le cerveau est un organe en développement tout au long de la vie. Il apprend constamment », ajoute Vielmuth. Les enfants observent les comportements parentaux, notamment leurs dynamiques relationnelles. « Ils tentent de s’adapter, d’expérimenter leurs propres comportements et de voir ceux qui s’intègrent dans ce schéma. Si un comportement fonctionne, il devient une sorte de code en nous », précise-t-il.

Nous apprenons ainsi des schémas de comportement pour gérer nos émotions, établir des liens ou réagir au stress. Parfois, ces schémas ressemblent à ceux de nos parents, et d’autres fois, ils s’opposent délibérément — par exemple, une réaction à des parents stricts ou surprotecteurs qui accentuent ultérieurement la nécessité de distance ou de liberté.

Alors que des similarités superficielles avec les parents — comme la passion pour le même club de football — sont faciles à changer, les schémas bien ancrés sont moins flexibles. « Ces structures de personnalité sont difficiles à modifier. Ce sont des éléments que nous ne pouvons jamais complètement effacer. Cependant, nous avons la possibilité d’apprendre de nouvelles façons d’agir », explique Wittmann. « Cela nécessite du temps et de la bienveillance envers soi-même et ses expériences », ajoute Vielmuth.

Il n’est pas toujours évident de faire le lien entre comportement actuel et expériences précoces. Bon nombre de personnes prennent conscience, avec le temps, que leurs comportements découlent de la relation parent-enfant.

Vielmuth souligne que ces structures se révèlent souvent dans des situations de transition, comme lorsque nous devenons parents ou en période de crise. Bien que le stress ne soit pas toujours le déclencheur de comportements similaires, « sous pression, nous avons tendance à revenir à des solutions familières », précise Wittmann.

Identifier les schémas de son propre comportement

Que faire si l’on souhaite agir différemment de son père colérique ou de sa mère qui se plaint constamment ? « La première étape consiste à prendre conscience des schémas que l’on suit. Il faut se demander dans quelles situations nous réagissons toujours de la même manière », conseille Wittmann.

Il peut également être bénéfique de consigner ces situations et les émotions qui les accompagnent, recommande Vielmuth. Cela permet de mieux cerner ces sentiments et d’explorer le besoin qui se cache derrière.

Reconnaître les schémas est crucial, mais il est également important de prendre du recul, souligne Wittmann. « Pour changer un schéma, il faut d’abord le remettre en question. Il est possible que quelqu’un qui frappe ses enfants ne perçoive pas cela comme quelque chose de mal. Alors deux questions se posent : d’où vient ce schéma ? Et comment puis-je le modifier ? »

Par exemple, si j’emploie la violence envers mes enfants parce que j’ai été frappé par mes parents, il est pertinent de travailler sur cette expérience. « Reconnaître la souffrance passée peut aider à être plus empathique avec ses propres enfants », explique Wittmann.

Souvent, exprimer ouvertement ses sentiments, comme la jalousie, peut alléger le quotidien. « Ces émotions ont besoin d’être verbalisées. Dire par exemple : ‘Je ressens de la jalousie car j’ai peur que tu me laisses’ peut atténuer cette sensation de perte de contrôle », précise Vielmuth.

Si le traitement de ses schémas comportementaux ne fonctionne pas au quotidien et que la souffrance est trop intense pour soi ou pour ses proches, une aide professionnelle devient indispensable. Des psychologues et des psychothérapeutes peuvent aider à identifier et à travailler sur ces schémas profondément ancrés. Il est essentiel de noter que toutes les influences ne sont pas nécessairement nuisibles.

« Mes influences peuvent m’aider à mieux gérer ma vie. Si cela fonctionne, tant mieux ; il n’est pas toujours nécessaire de vouloir changer », conclut Wittmann. Vielmuth conseille également d’être indulgent envers soi-même : « J’observe souvent que les gens se jugent pour ce qu’ils sont. Il est crucial de réaliser que chacun a ses raisons d’être tel qu’il est. »

Points à retenir

  • Les comportements des enfants sont en partie façonnés par l’observation des parents.
  • Il existe des liens entre les traits de personnalité des parents et ceux des enfants.
  • Le cerveau humain continue de se développer tout au long de la vie.
  • Reconnaître ses propres schémas comportementaux est essentiel pour amorcer un changement.
  • Le soutien professionnel peut être nécessaire pour traiter des comportements profondément ancrés.

Face à ces réflexions, il est intéressant d’envisager comment nos propre expériences familiales colorent notre façon d’interagir avec les générations suivantes. Personnellement, cela me pousse à questionner en profondeur mes propres schémas, à comprendre d’où ils viennent et à voir comment je peux construire un avenir différent. Ne serait-ce pas fascinant d’explorer cette interconnexion entre passé, présent et futur, et d’envisager des voies nouvelles, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour ceux qui nous entourent ?


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