mer. Juin 24th, 2026

Environ 5 % des oiseaux sauvages communs en Australie, parmi lesquels le kookaburra et le loriquet, pourraient avoir subi un « renversement de sexe », un phénomène où leur sexe génétique ne correspond pas à leurs organes reproducteurs, selon une étude récente.

Celle-ci serait la première à identifier ce phénomène de manière aussi généralisée chez plusieurs espèces d’oiseaux sauvages, même si son origine reste encore mystérieuse.

Les résultats suggèrent que le renversement de sexe serait plus fréquent chez les oiseaux sauvages qu’on ne le pensait auparavant, soulevant des inquiétudes quant à l’impact potentiel des substances chimiques perturbant le système hormonal des animaux.

Les chercheurs ont examiné 480 oiseaux de cinq espèces communes, tous morts après avoir été pris en charge dans des centres de soins pour la faune du sud-est du Queensland.

Ils ont d’abord déterminé le sexe génétique des oiseaux grâce à un test ADN : chez les oiseaux, les mâles possèdent deux chromosomes Z, tandis que les femelles ont un chromosome Z et un chromosome W.

Mais à la dissection, 24 oiseaux présentaient une discordance entre leur sexe génétique et leurs organes reproducteurs.

Dominique Potvin, professeure associée à l’Université de Sunshine Coast et coautrice de l’étude, raconte avoir d’abord douté des résultats. « Je me suis demandée si c’était possible. Nous avons vérifié plusieurs fois, puis nous nous sommes dit : ‘Oh mon Dieu’ », confie-t-elle.

Elle a partagé ses découvertes avec des ornithologues, qui ont été tout aussi stupéfaits.

Un phénomène qui pourrait fausser les données

Presque tous les oiseaux présentant ce « décalage de sexe » étaient génétiquement femelles mais possédaient des organes reproducteurs mâles, montrent les recherches publiées dans la revue Biology Letters de la Royal Society.

Dans un cas notable, un kookaburra mâle génétique présentait un oviducte dilaté, signe d’une production récente d’œufs, selon Potvin.

Deux pigeons crestés génétiquement femelles avaient à la fois des structures testiculaires et ovariennes.

Les autres espèces étudiées comprennent le loriquet arc-en-ciel, le loriquet à poitrine écailleuse et le grand piaf australien. Le taux de renversement variait de 3 % chez le grand piaf à 6,3 % chez les pigeons crestés.

Clancy Hall, auteure principale de l’étude, s’inquiète des conséquences possibles de ce phénomène sur la reproduction, en particulier pour les espèces menacées. « Cela peut entraîner des déséquilibres dans les rapports de sexes, une diminution des populations, des changements dans les préférences de partenaires, voire un déclin des effectifs », explique-t-elle.

Elle souligne aussi l’importance de pouvoir identifier clairement le sexe et le statut reproductif des individus dans de nombreuses recherches scientifiques.

Une origine chimique suspectée

Les causes de ces renversements restent inconnues, mais l’exposition à certaines substances chimiques environnementales pourrait entrer en jeu.

Le phénomène de renversement de sexe est déjà connu chez certains mollusques, poissons, amphibiens ou reptiles, et peut avoir une origine naturelle ou bien être provoqué par des perturbateurs endocriniens (PE), des substances qui affectent les hormones.

Kate Buchanan, spécialiste en biologie évolutive des oiseaux sauvages à l’université Deakin – qui n’a pas participé à l’étude – explique que, puisque le sexe par défaut chez les oiseaux est féminin, il n’est pas étonnant que la plupart des renversements se fassent du sexe femelle vers mâle.

Selon elle, « la cause la plus probable de cette masculinisation est une stimulation environnementale, vraisemblablement des substances chimiques d’origine humaine ».

Buchanan rappelle que ses propres recherches ont détecté des perturbateurs endocriniens dans des insectes issus d’usines de traitement des eaux usées, qui servent de nourriture à certains oiseaux, et que l’exposition à ces substances modifiait également les comportements, comme le chant chez les étourneaux mâles, tout en affaiblissant leur système immunitaire.

Si cette masculinisation est réversible pendant la vie de l’oiseau, elle pourrait néanmoins compromettre sa capacité à se reproduire.

Clare Holleley, responsable des collections vertébrées à l’agence scientifique australienne CSIRO, qui a étudié le renversement de sexe chez les lézards, évoque la question fondamentale : « Qu’est-ce qui déclenche ce phénomène ? »

Elle note que même si certaines causes naturelles, comme des variations de température, peuvent expliquer des cas chez les reptiles, dans ce contexte « il est probable que d’autres facteurs soient en jeu », avec en tête de liste les perturbateurs endocriniens.

Golo Maurer, directeur de la stratégie de conservation chez BirdLife Australia, voit dans cette étude un sujet majeur pour la communauté ornithologique, rappelant le cumul des menaces pesant sur les oiseaux : changement climatique, destruction des habitats, pollution plastique, et désormais l’impact potentiel des polluants chimiques disruptifs.

Certains experts appellent toutefois à la prudence avant de généraliser ces résultats à l’ensemble des populations d’oiseaux sauvages, sachant que les spécimens étudiés provenaient d’animaux hospitalisés.

Points à retenir

  • Un renversement de sexe génétique-réel a été détecté chez environ 5 % de certains oiseaux australiens communs.
  • Le phénomène touche surtout des oiseaux génétiquement femelles présentant des caractéristiques mâles.
  • Plusieurs espèces sont concernées, dont le kookaburra, les loriquets et le pigeon crêté.
  • Les perturbateurs endocriniens sont suspects d’être à l’origine de ces anomalies, en impactant les systèmes hormonaux.
  • Ce phénomène risque d’influer sur les populations via des déséquilibres dans la reproduction et les rapports de sexes.
  • La recherche souligne la nécessité d’une identification fiable du sexe dans les études sur les populations animales.
  • Les conséquences écologiques restent à approfondir, notamment sur les espèces vulnérables.

Voilà une nouvelle illustration que notre influence humaine sur la nature est parfois plus subtile que la déforestation ou le plastique. Entre hormones perturbées et oiseaux qui jouent au caméléon sexuel, la planète ne finit pas de nous surprendre. Alors, on se demande : ces oiseaux sont-ils les nouvelles stars d’une série animalière à suspense, ou juste les témoins d’un système naturel en crise ? Personnellement, je garde un œil curieux (et un œil sur mon loriquet) – après tout, qui aurait imaginé que la génétique pouvait être aussi… capricieuse ?


Partager : X Facebook WhatsApp LinkedIn Reddit

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *