Nico Rosberg, champion du monde de Formule 1, émet l’hypothèse que Ferrari pourrait relancer une vieille idée : ouvrir une antenne en Angleterre. Une démarche qui, par le passé, ne s’est pas toujours déroulée sans heurts.
Les fidèles tifosi devront digérer cette nouvelle : Ferrari ne devrait probablement pas remporter de titres mondiaux en 2025 non plus. Le constructeur italien n’a plus connu de grand succès depuis 2007 avec Kimi Räikkönen en tant que pilote, et depuis 2008 pour le championnat des constructeurs.
Cette situation soulève de nombreuses questions, notamment : Ferrari peut-il se permettre de n’opérer qu’à partir de l’Italie ? Pour Nico Rosberg, une voix respectée dans le paddock et excellent observateur, la réponse est non.
Le quadruple champion du monde explique dans l’émission F1 Show sur Sky Sports que Ferrari peine à atteindre le niveau d’excellence de ses principaux rivaux basés en Angleterre, à l’image de Mercedes. Selon Rosberg, cela tient en partie à la manière dont les décisions sont prises chez Ferrari : « Chez Mercedes, Lewis Hamilton pouvait toujours s’adresser directement à Toto Wolff, le directeur de l’écurie, qui prenait aussitôt les décisions. »
Il ajoute : « Chez Ferrari, j’ai l’impression que Lewis essaie de s’impliquer mais qu’ils ont trop de décideurs. Tout avance trop lentement. »
Rosberg révèle aussi que le constructeur italien envisage à nouveau la possibilité d’une base en Grande-Bretagne, afin de profiter de l’écosystème florissant qu’offre l’Angleterre en matière de Formule 1.
Cette idée n’est pas nouvelle, et elle fait écho depuis des années aux propos de Flavio Briatore, ancien manager de grands succès en F1. L’Italien rappelle souvent que Ferrari a besoin de s’internationaliser davantage : « Pour faire du champagne, il faut être en France. Pour faire du jambon, il faut être à Parme. Pour faire de la Formule 1, il faut être en Angleterre. »
Maranello, siège mythique de Ferrari, n’est pas une destination qui attire naturellement les talents comme peuvent le faire les clusters britanniques, où huit écuries sont implantées dans un rayon de 60 kilomètres. Ferrari, en s’entêtant à rester uniquement en Italie, en paie le prix.
Par le passé, Ferrari a déjà tenté de créer une antenne en Grande-Bretagne pour bénéficier d’un vivier technique plus large, notamment pour attirer des experts qui ne souhaitent pas déménager en Italie pour des raisons familiales ou personnelles, comme le souligne Briatore.
Ces tentatives n’ont pas toujours porté leurs fruits. John Barnard, designer britannique réputé, avait ainsi été embauché en 1986 et dirigeait un bureau de design à Guildford. Il a notamment conçu le premier changement de vitesse semi-automatique pour Ferrari, un système innovant utilisé par les pilotes grâce à une palette réactive derrière le volant.
Dans une autre période difficile, en 1972, Ferrari avait même confié la fabrication d’un châssis, le 312B3, à un atelier en Angleterre, ce qui avait choqué de nombreux Italiens. Piero Ferrari, fils du fondateur Enzo, s’est exprimé sur cette époque dans un excellent blog italien en admettant : « Mon plus grand échec fut John Barnard. J’avais convaincu mon père de le recruter. Je pensais qu’un génie étranger était nécessaire, mais Barnard ne s’est jamais vraiment intégré à notre culture. C’était une faute énorme que je regrette encore. Nous devons revenir sur la voie du succès par nos propres moyens, sans gènes incompatibles. »
Points à retenir
- Ferrari n’a remporté aucun titre majeur depuis 2007 en pilotes et 2008 en constructeurs, un oubli qui commence à peser.
- La question récurrente est de savoir si Ferrari peut encore fonctionner efficacement depuis Maranello, loin du noyau dur de la F1 situé en Grande-Bretagne.
- Nico Rosberg souligne un problème majeur dans la prise de décision chez Ferrari, marquée par une bureaucratie complexe.
- Une antenne en Angleterre permettrait d’accéder à un écosystème technique dense, où huit équipes de F1 sont déjà implantées.
- Par le passé, les tentatives d’implantation anglaise ont donné des résultats techniques intéressants mais n’ont jamais vraiment trouvé leur place dans la culture Ferrari.
- Le témoignage de Piero Ferrari rappelle que la culture d’entreprise joue un rôle fondamental, et que simplement copier l’étranger ne garantit pas le succès.
- Flavio Briatore insiste sur l’importance d’être là où la dynamique s’opère vraiment : « En F1, il faut être en Angleterre ».
En somme, Ferrari est à la croisée des chemins : rester dans son cocon italien au risque de perdre du terrain, ou s’ouvrir à une structure internationale qui pourrait secouer ses habitudes et, qui sait, faire renaître la Scuderia. Comme toujours, la politique interne, les croyances culturelles et l’ego jouent un rôle prépondérant. Restera-t-il à Maranello pour toujours, ou l’Italie acceptera-t-elle enfin d’envoyer quelques ingénieurs faire leurs armes au pays des fish and chips ? Il faudra patienter pour voir si la passion et le drame à l’italienne se mêlent à l’efficacité britannique — ou si Ferrari continue de s’infliger ses propres tragédies, mais avec style. Après tout, il faut bien que quelqu’un joue le rôle du diva dans ce cirque métallique, non ?