Les carters moteur 2025 restent identiques à ceux de l’an passé, tout comme les supports moteur, et l’inertie du moteur. Seules de petites améliorations internes ont été apportées pour optimiser la performance et la durabilité, sans toucher à la dynamique générale de la machine.
Alors, quelle est la malédiction de Bagnaia ?
Elle tient au dispositif de hauteur de caisse 2025, un système hydraulique extrêmement sophistiqué qui ajuste l’assiette de la moto — et parfois celle du pilote —, influant de manière cruciale sur le comportement de la machine.
Ce dispositif, introduit par Dall’Igna quelques années plus tôt en collaboration avec Robin Tuluie, ancien chef scientifique de Mercedes en F1, a révolutionné le MotoGP. Son but principal : abaisser l’arrière de la moto à l’accélération pour faire baisser le centre de gravité, réduisant ainsi les wheelings et permettant aux pilotes d’ouvrir davantage les gaz.

Ducati Corse
Sur la GP25, le dispositif rabaisse l’arrière lors de l’accélération, mais ce n’est pas le souci principal de Bagnaia. L’appareil est aussi très utile au freinage : il maintient le pneu arrière en contact avec la piste, permettant d’utiliser ce dernier pour réduire les distances de freinage, en complément du pneu avant.
Mais c’est précisément ce point qui pose problème à Bagnaia. Ce système modifie l’équilibre global de la moto au moment crucial où il attaque les virages, lui coupant presque la sensation que lui transmet le pneu avant.
Face à ces difficultés, Ducati a testé une version modifiée de la GP25 équipée du dispositif de hauteur de caisse 2024 lors des essais à Misano. Immédiatement, Bagnaia a retrouvé son niveau d’antan, se montrant à nouveau rapide et fluide, comme à Motegi, contrairement au pilotage plus saccadé observé juste avant.
Si l’histoire s’était arrêtée là, avec la double victoire impressionnante de l’Italien à Motegi, tout aurait semblé limpide.
Alors, que s’est-il passé à Mandalika ?
Le pneu plus rigide et résistant à la chaleur — également utilisé à Buriram — a tout bouleversé, rendant le week-end à la fois déroutant et spectaculaire. Les Ducati d’usine ont vécu des difficultés notables.
“Je ne fais que répéter ce qu’on me demande de dire”, a répondu Bagnaia à propos de ses problèmes.
Peut-être que sa préférence pour les fourches Öhlins plus courtes — sa technique n’étant pas adaptée aux versions à plus grande course — a aussi joué un rôle. Ces deux éléments combinés expliqueraient-ils la disparition de sa magie de Motegi ? Peut-être. Mais tomber alors qu’il ferme la course n’est pas la même chose que chuter en pleine bagarre, et cela ne suffit pas à expliquer son pire week-end en MotoGP.
La raison semble davantage liée à une perte de confiance progressive. Ce qui fonctionnait à Motegi n’était plus là à Mandalika, et le moral de Bagnaia, fragilisé par plusieurs déconvenues, a fini par céder. Sa meilleure boucle en course avant sa chute était 1,7 seconde plus lente que celle du vainqueur Fermín Aldeguer, et à peine plus rapide que le temps de pole de Moto2.
Ces difficultés techniques ont engendré des troubles psychologiques, provoquant aussi des frictions au sein de l’équipe.

Gresini
Quel avenir pour Bagnaia ? Difficile à dire : l’esprit humain est aussi complexe que les machines qu’il pilote. Passer de l’apogée à la déroute en l’espace de trois semaines montre que tout peut encore arriver, notamment à Phillip Island, Sepang, Portimao ou encore Valence.
Bagnaia n’est pas le seul à rencontrer des soucis avec la GP25. Fabio Di Giannantonio, pilote VR46, se classe septième au championnat, quatre places derrière Bagnaia et six derrière le champion en titre. Lui aussi souligne l’instabilité de la moto.
“Quand la moto est bonne, elle est vraiment bonne”, confie-t-il à Mandalika. “Tout ce que je veux, c’est un ressenti constant avec la moto.”
Cette constance, c’est précisément ce qu’arrive à gérer Marc Márquez grâce à son incroyable intuition pour le pneu avant, qui lui parle, littéralement, et auquel il sait parfaitement répondre, là où d’autres restent muets.
Parallèlement, Ducati célèbre une nouvelle étoile : le jeune Fermin Aldeguer, 20 ans, devenu le deuxième plus jeune vainqueur en catégorie reine, derrière Márquez et Freddie Spencer, grand nom des années 80.
La victoire d’Aldeguer en MotoGP n’a rien d’une surprise. Depuis le début de saison, le jeune pilote a régulièrement démontré un talent certain, notamment dans sa capacité à maintenir la vitesse en virage – un atout majeur pour ceux qui débarquent de Moto2, où ce critère prime.
Son chef d’équipe, Frankie Carchedi, parle d’un “puzzle” qu’ils espèrent enfin compléter avec ce succès.
Aldeguer avait montré ses faiblesses en qualifications, ce qui l’entravait pour mieux se battre en course. Sa force réside désormais dans sa capacité à allier vitesse en virage et fluidité, lui permettant de s’imposer.
Marc Márquez a souligné cette particularité lors du Grand Prix de Red Bull Ring et de celui de Mandalika :
« Ici, nous ne pouvons pas freiner tard ni fort et l’adhérence limitée du pneu spécial réduit notre puissance. Il faut donc jouer la carte de la vitesse en virage, notre point faible, qui est par contre la force d’Aldeguer. »
Si c’est déjà remarquable pour un débutant, seul l’avenir dira jusqu’où Aldeguer peut aller dans les années à venir.
Points à retenir
- La GP25 2025 conserve les bases techniques de l’an dernier, avec des améliorations internes pour fiabilité et performance.
- Le dispositif de hauteur de caisse 2025 a un impact significatif sur l’équilibre de la moto, particulièrement au freinage.
- Bagnaia semble pâtir de ce système, qui perturbe son ressenti avec le pneu avant et affecte ses performances et sa confiance.
- Le choix spécifique de fourches Öhlins plus courtes par Bagnaia peut aussi compliquer son adaptation à la moto.
- La difficulté d’adaptation au pneu plus rigide de Mandalika a bouleversé les performances de plusieurs pilotes Ducati.
- La réussite d’Aldeguer témoigne de l’importance de la vitesse en courbe et d’une approche fluide, deux clés dans ce nouveau contexte moteur et matériel.
En résumé, le MotoGP est une course à la fois technologique et humaine où l’évolution des machines impose une adaptation constante des pilotes. Je reste fasciné par cette quête d’équilibre entre mécanique de pointe et sensibilité personnelle. Après tout, être pilote, c’est un peu comme trouver le bon rythme de danse avec une fusée — parfois ça colle, parfois ça casse, et c’est ça qui rend tout ça passionnant !
