mar. Juil 14th, 2026

Jorge Martín a été gravement blessé dès le premier jour de la pré-saison 2025, affrontant une série de chutes, opérations et séjours hospitaliers qui l’ont tenu éloigné des circuits jusqu’au Grand Prix de la République tchèque, fin juillet. Depuis, il retrouve progressivement une vie normale, bien que le pilote considère cette seconde moitié de saison comme une préparation pour 2026.

Interview exclusive avec Jorge Martín

Question : En 2024, tu as remporté le Championnat du Monde de MotoGP avec une équipe satellite, un exploit jamais réalisé auparavant. Penses-tu que cela a été suffisamment reconnu ?

Réponse : « Ça dépend à qui on pose la question. Dans le paddock, on comprend bien ce que ça représente de gagner avec une équipe satellite. Douze personnes contre une usine de deux cents. En général, les gens ne mesurent pas la difficulté. Honnêtement, je pense que ça ne se reproduira pas. On croit avoir le même matériel, mais les meilleurs moteurs et pièces vont forcément à l’équipe officielle, c’est logique. Ce n’est pas comparable avec une équipe privée. Définitivement, depuis l’extérieur, ce n’était pas valorisé et on n’a pas assez perçu la difficulté de cet exploit. »

Question : Qu’est-ce qui a changé chez Jorge Martín, le pilote qui a disputé le titre en 2023 et 2024, et celui qui a traversé cette année difficile marquée par les blessures ?

Réponse : « Ma mentalité. Gagner un championnat du monde change certains paramètres chez toi. Il faut alors trouver un nouveau sens, comprendre pourquoi je continue encore à faire ça une fois l’objectif accompli. C’est une étape différente, chercher la raison de continuer à courir, pourquoi risquer sa vie : pour ma famille, pour mes futurs enfants, par amour pour ce sport, ou parce que j’aime la pression. »

Jorge Martín lors de l'interview dans l'hospitality Aprilia
Jorge Martín lors de l’interview dans l’hospitality Aprilia – Crédit : Aprilia

Question : Ta blessure au Qatar et le fait d’être resté dix jours à l’hôpital ont marqué un tournant, non ?

Réponse : « Mentalement, tout ce que j’ai vécu avec ces blessures m’a fait énormément grandir. Quand tu penses que tu vas mourir et que tu dis au revoir à ta mère, il y a un déclic. Ça t’amène à revoir beaucoup de choses. Le tournant, c’est de surmonter ça et de revenir à un niveau compétitif en donnant le meilleur de soi. Maintenant ce n’est plus une obsession de gagner, mais de progresser, d’être un meilleur pilote et une meilleure personne. Globalement, ça m’a rendu meilleur qu’avant. »

Question : As-tu envisagé d’arrêter la moto ?

Réponse : « Je ne me suis pas demandé si j’allais arrêter, mais plutôt si j’étais capable de remonter sur une moto. Ce n’était pas question de retraite, mais de savoir si je pouvais encore être rapide. J’ai dû me couper un moment du monde, me retrouver seul face à la mer, et ça m’a aidé. C’était plus un moment de doute et de frustration qu’une vraie idée d’abandonner. »

Question : Tu travailles avec un psychologue depuis plusieurs années. Cela t’a-t-il aidé dans cette épreuve ?

Réponse : « Pas vraiment de manière préventive. Je suis quelqu’un de très honnête ; quand on m’a demandé si je consultais un psychologue, je l’ai dit. Cette honnêteté a créé des histoires. La plupart des pilotes ont un tabou autour de ça, parfois perçu comme une faiblesse, alors que moi, au contraire, c’est une force et un moyen de progresser mentalement. Maintenant, il fait partie intégrante de mon équipe, comme un mecano ou un coach. »

Jorge Martín, Aprilia Racing Team
Jorge Martín, Aprilia Racing Team – Crédit : Aprilia Racing

Question : Comment t’a-t-il aidé concrètement ?

Réponse : « Il m’a prévenu que le défi était le plus dur de ma vie, que je ne reprendrais pas la compétition pour gagner tout de suite. Venant de gagner, je me retrouvais 18e, ce n’est pas facile. Il m’a préparé à ça, et heureusement, parce que sinon je me serais sûrement arrêté. Aujourd’hui, être 18e pendant un entraînement me pousse à donner le meilleur de moi-même. »

Question : Tu donnes l’image d’une personne forte, mais tu as un entourage très structuré qui te soutient beaucoup.

Réponse : « Mon entourage est crucial, surtout dans les moments difficiles. Après une mauvaise journée ou un entraînement raté, rentrer au motorhome déprimé est dur. Mais avoir quelqu’un qui sait être là, pas pour t’ôter cette douleur – car elle est aussi nécessaire – mais pour te faire changer d’état d’esprit, passer de la déception à la critique constructive, puis regarder devant, ça change tout. »

Question : Ton père est un pilier de ton équipe, discret mais présent. Quand une polémique a éclaté autour de ton contrat avec Aprilia, il a publié un message sur Instagram. Ça t’a surpris ?

Réponse : « Pas vraiment, même si je ne le savais pas. Mon père est très introverti. Les gens critiquent sans mesurer la douleur que ça cause à la famille, notamment aux grands-parents, à ma mère, à mon frère. Après toutes ces années, je m’en amuse un peu, mais ce serait bien que les critiques soient plus constructives. Mon père a voulu simplement donner sa version des faits. Mais en général, ils ne comprennent pas l’impact que ça a sur ma famille. »

Question : Un autre pilier important pour toi, c’est ta partenaire.

Réponse : « Une relation stable apporte beaucoup sur le plan professionnel. Être serein, avoir quelqu’un pour partager les bons comme les mauvais moments, c’est essentiel. Bien sûr, il y a des hauts et des bas, mais ça enrichit la vie sur le long terme. Avec Maria, je suis heureux, mais elle est encore jeune, elle a 23 ans, alors on prend notre temps… Même si perso, je serais prêt à me marier demain ! »

Jorge Martín, Aprilia Racing Team
Jorge Martín, Aprilia Racing Team – Crédit : Roberto Tommasini / NurPhoto via Getty Images

Question : Aleix Espargaró fait aussi partie de ton entourage proche. A-t-il beaucoup d’influence sur toi ?

Réponse : « Beaucoup. Aleix a énormément d’influence dans ma vie. Je me considère comme un « mini Aleix » amélioré, il le dit lui-même. Sur le plan personnel, il est très tranché, blanc ou noir, alors que je suis un peu plus nuancé. On s’aide mutuellement au quotidien, surtout dans les moments difficiles. Si je tombe, c’est la première personne que j’appelle, et vice versa. J’admire sa capacité à toujours voir le bon côté des choses, tandis que je suis un peu plus pessimiste. Je pense qu’on apprend beaucoup l’un de l’autre. »

Question : Sans revenir sur la polémique autour de ton contrat Aprilia, as-tu le sentiment que les gens ont compris ta position ?

Réponse : « Je ne crois pas. C’était un conflit d’intérêts entre Aprilia et moi, que nous avons finalement résolu d’une manière que le public ne comprend pas forcément. Ce n’était pas juste une histoire d’argent ou de projet, c’était une décision de vie, surtout après ces trois semaines à l’hôpital. Ce qui m’importe, c’est que mon entourage, Aprilia et moi soyons heureux et que nous avancions ensemble. L’opinion publique, franchement, je m’en fiche. »

Points à retenir

  • Jorge Martín a su surmonter des blessures graves et un long séjour hospitalier pour revenir à la compétition, preuve d’une force mentale indéniable.
  • Son exploit de gagner le titre de MotoGP avec une équipe satellite souligne les écarts entre équipes officielles et privées et reste un événement rare dans ce sport.
  • Le soutien psychologique est devenu une composante clé dans la préparation des pilotes, Jorge Martin comparant son psychologue à un membre essentiel de son équipe technique.
  • L’entourage personnel, entre famille et proches, joue un rôle déterminant dans la stabilité et la motivation du pilote, notamment lors des périodes difficiles.
  • Les tensions autour des contrats peuvent entraîner des réactions médiatiques inédites, mettant parfois en lumière l’impact des commentaires sur la vie privée des sportifs.
  • Le dialogue entre pilotes, à l’image de la relation avec Aleix Espargaró, contribue à la croissance personnelle et professionnelle de chacun.

Un retour en forme après des épreuves aussi intenses n’est jamais linéaire. Jorge Martín nous rappelle que derrière chaque pilote, il y a un être humain face à des choix, des doutes, et le besoin d’un équilibre entre passion et vie personnelle. Finalement, dans ce monde où l’image prime, avouons-le : si revenir d’aussi loin était un jeu d’enfant, ça se saurait… Mais heureusement pour les fans, ça ne l’est pas. Alors, à quand le prochain miracle ? Moi, je suis déjà prêt à faire le pari, même si mon cœur balance entre espoir et la douce réalité du paddock. Après tout, qui voudrait d’un pilote qui ne nous fait pas vibrer un peu ?


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