L’esthétique des anime des années 70 et 80, des mech rustiques surarmés, un monde post-apocalyptique dominé par l’IA, et des combats riches en stratégie : voilà le cadre créatif choisi par le studio indépendant DESTINYbit pour son nouveau projet, Nitro Gen Omega. Ce jeu est à la fois très différent de leur précédent titre, Dice Legacy, et beaucoup plus ambitieux. Situé à Ravenne, le studio tente cette fois d’unir animation classique et jeux vidéo tactiques au tour par tour, tout en offrant aux joueurs une expérience sandbox qui dépasse les conventions narratives du genre. L’objectif est que chacun vive une histoire personnelle, intégrée à une esthétique artisanale qui émerveille les yeux et les oreilles.
Mais ce qui est essentiel, c’est que Nitro Gen Omega se révèle un jeu véritablement unique, animé par des idées originales qui allient habilement action inspirée des anime et interactivité typique du médium.
Jours d’un futur passé
Nous nous situons à un moment indéterminé de l’avenir. La Terre, et plus particulièrement le Japon, a été ravagée par une guerre féroce contre des IA devenues folles, qui ont pris le contrôle des robots militaires pour raser les métropoles et décimer les restes de la population. Les rares survivants de l’humanité se cachent dans des communautés érigées en hauteur, hors de portée de la menace mécanique, tentant de survivre en récupérant les ressources nécessaires dans des terres sauvages, dans l’attente d’une apocalypse désormais considérée comme inévitable. Seule une frange de la population, surnommée “les Fous”, refuse d’accepter cette réalité : ces jeunes mercenaires, ayant tout perdu, pilotent des mech disparates en se battant avec une détermination illimitée, représentant l’éclat dernier de la résistance.
Ces Fous, ce seront nous, ou plutôt les membres de notre équipe : Nitro Gen Omega est un jeu tactique où quatre jeunes pilotes manœuvrent un mech, incluant un Conducateur, un Tireur, un Ingénieur et un Opérateur. Ils affrontent des combats acharnés contre des robots en liberté. Les affrontements, après que le joueur ait configuré les commandes dans une chronologie de combat, prennent forme à l’écran comme des séquences d’un anime de science-fiction des années 80, fusionnant toutes les instructions et leurs conséquences en un seul tableau d’animations.
Nitro Gen Omega est conceptualisé dès le début comme un jeu sandbox: le joueur, à partir d’un aéronef en tant que base d’opérations, est invité à explorer la carte sans destination précise, découvrant différentes villes, nouant des relations avec les factions et combattant des adversaires dans une guerre apparemment infinie. Cependant, avec la sortie de l’accès anticipé, DESTINYbit a ajouté une “histoire principale”. En plus de la liberté de la structure sandbox, qui reste au cœur du projet, une trame narrative prend forme au début du jeu, reliant les aventures de l’équipe et apportant un sens plus profond à la progression. Autrement dit, le joueur a la liberté de se déplacer où il le souhaite, d’accepter des missions procédurales et de progresser dans ses améliorations, tout en ayant maintenant un but plus marqué grâce à la trame narrative.
La narration émergente demeure essentielle, voire indispensable, à l’expérience imaginée par le studio : tous les membres de l’équipage tissent des liens et des rivalités qui influencent le gameplay, développent de nouvelles compétences et talents, acquièrent de l’expérience au combat, partagent des moments de légèreté… mais ils pourraient également subir de graves blessures et même mourir, à l’image des soldats des célèbres équipes XCOM. C’est là que les développeurs ont porté leur attention : dans Nitro Gen Omega, on explore le monde, on engage des combats intenses et on passe aussi du temps à mener des activités “slice of life” à bord de l’aéronef, vivant un parcours émotionnellement impactant pour tous les joueurs qui ne recourront pas à un abus des sauvegardes.
Survivre en combattant
Le cycle de gameplay de Nitro Gen Omega se divise en trois phases distinctes et interconnectées : d’abord, l’exploration du monde, où l’on visite des villes, découvre des factions et des commerçants qui confient des missions contre des Biglies (la monnaie du jeu), tout en veillant à maintenir le réservoir de carburant de l’aéronef. Ensuite, la gestion de l’équipage, le jardinage, la cuisine et d’autres activités récréatives à débloquer, ainsi que l’entretien du mech, qui doit être constamment amélioré pour ramener tous les Fous sains et saufs. Enfin, le moment du combat, sans conteste celle qui occupe la majeure partie du temps de jeu et qui est la véritable fierté de ce projet.
Le système de combat de Nitro Gen Omega est tactique et à tour par tour, basé sur une ligne du temps : chaque tour est divisé en six segments résolus dans un ordre chronologique. Le joueur et les adversaires entrent une série de commandes qui composent la séquence du combat, exécutée intégralement sur l’écran. En clair, on peut ordonner au Conducateur de déplacer le mech dans l’un des quatre quadrants de l’arène, ou au Tireur de tirer à distance, tout en devant faire attention au moment de la timeline pour que les pilotes exécutent leurs actions, tout en gardant un œil sur le comportement des adversaires. Lorsque tous les ordres sont donnés, la séquence s’exécute : chaque action – alliée et ennemie – correspond à une animation dédiée, constitutive d’un grand collage qui traduit la complexité du système tactique en une scène typique d’anime.
Un point remarquable est ce que l’équipe appelle le “Drama Director” : bien que le système de combat soit entièrement déterminé par les choix du joueur, les membres de l’équipage sont soumis à des réponses émotionnelles et instinctives, animées par une sorte de “metteur en scène” qui augmente l’impact cinématographique et ludique des combats. Les pilotes peuvent vivre des crises de nerfs ou rester paralysés par le choc, mais retrouver leur force au moment où on a le plus besoin d’eux. Cette dimension imprévisible rend les combats plus mémorables, renforçant les erreurs commises et le lien entre les membres de l’équipe.
Au-delà de la valeur artistique, la structure du gameplay est réellement profonde : chaque membre de l’équipage est responsable de certaines fonctions du mech, et chaque pièce installable possède des compétences spécifiques. Par ailleurs, chaque type de robot ennemi présente des techniques dédiées et varie en au moins trois sous-types, rendant le nombre d’habiletés à gérer dans la timeline considérable. En somme, les batailles requièrent observation, adaptation et anticipation : faire les bons choix au bon moment, équilibrer attaque et défense et ramener l’équipage sans pertes, tout en améliorant progressivement son mech pour faire face aux défis à venir.
Ajoutons à cela qu’il est possible de choisir parmi trois châssis de mech, chacun doté de mécanismes de combat et de pièces uniques, incarnant l’âme sandbox imaginée par DESTINYbit : un peu à l’image de jeux comme Elite: Dangerous, le cycle consiste à réaliser des missions, gagner des Biglies et améliorer les composants pour aborder des missions plus difficiles et obtenir de meilleures récompenses. Ce mécanisme s’avère durable grâce à un bon équilibre de défi, bien que l’expérience demeure relativement restreinte comparée à d’autres productions similaires, ce qui peut conduire à une certaine répétitivité, mais seulement après avoir maîtrisé la profondeur du combat.
Lumières et ombres
Le pire ennemi de Nitro Gen Omega est sans doute le temps : dans les premières phases du jeu, l’excitation des séquences cinématiques des combats est telle qu’on est émerveillé par la manière dont chaque commande donnée et chaque attaque des ennemis se transforme en animation. Cependant, avec le temps, le gameplay commence à prendre le dessus, et la sensation de nouveauté s’estompe à mesure que les combats deviennent plus complexes. Le même constat s’applique aux activités à bord de l’aéronef, qui se transforment peu à peu d’intermèdes agréables en tâches mécaniques à exécuter rapidement. Ce jeu présente un petit paradoxe : si apprécie ses singularités artistiques, on risque de négliger le côté plus mécanique de la sandbox ; tandis que ceux captivés par ces mécaniques risquent de faire abstraction de la beauté de l’ensemble.
Cela ne ternit en rien la qualité du travail de DESTINYbit : Nitro Gen Omega est un jeu fondé sur une idée pertinente, artistiquement réussi, et réalisé avec un soin artisanal de plus en plus rare. Les interfaces sont élégantes et épurées, l’expérience utilisateur est minutieusement conçue, la bande-son dynamique est un chef-d’œuvre, et les animations valent à elles seules le prix du billet. Quant au combat et aux choix stratégiques, ils révèlent un degré de profondeur surprenant. L’aspect sandbox, cependant, se révèle être une arme à double tranchant sur le long terme : le studio a intelligemment intégré une trame narrative – surtout au regard de la sortie sur Switch, PlayStation et Xbox – car ce “genre” repose sur des concepts tels que la quantité de contenu, la diversité et l’ampleur des environnements, des éléments difficiles à concilier avec un projet intrinsèquement limité.
En résumé, Nitro Gen Omega n’est pas un jeu exempt de défauts, mais il est solide, bien pensé, construit autour d’un nombre restreint d’idées raffinées et approfondies, montrant un potentiel d’amélioration qui témoigne d’une équipe déjà en phase de maturation. Nitro Gen Omega est original, satisfaisant et parvient à captiver sans ralentissement pendant au moins trente heures, mais sa nature sandbox se heurte inévitablement à la quantité de contenu fournie par un studio aussi modeste, en termes de variété d’environnements et de factions, ainsi que d’éléments classiques permettant la liberté et la narration émergente. Cela étant dit, le travail de DESTINYbit révèle les fruits d’un processus de maturation continue, affirmant sa position parmi les développeurs les plus prometteurs de notre paysage national.
Conclusion
Version testée PC Windows
Distribution numériqueSteam, Epic Games Store, PlayStation Store, Microsoft Store, Nintendo eShop
Prix29,99 €
Nitro Gen Omega est un projet modeste fondé sur des idées originales et raffinées : son système de combat tactique basé sur une ligne du temps s’allie à un style artistique évoquant les anciennes séries de mech, proposant des séquences dignes des anime des années 80. Bien qu’une trame principale ait été intégrée, le jeu reste par essence “sandbox” : dans ce monde post-apocalyptique peuplé de robots déchaînés, la liberté de mouvement prévaut, tout en observent l’évolution des personnages et en pleurant ceux qui ne survivent pas. Les limites du jeu émanent de ce contraste entre l’aspect sandbox et la quantité de contenu, mais ces faiblesses n’apparaissent qu’après des heures de jeu. Le studio de Ravenne a encore renforcé son cheminement, réduisant davantage l’écart à combler.
POUR
- Des mech et animations inspirés des classiques de l’anime
- Des systèmes de combat et de progression profonds
- L’idée du “Drama Director” est bien implémentée
- Bonne courbe de difficulté
CONTRE
- Les limites de la formule se révèlent sur le long terme
- Certains éléments deviennent encore plus mécaniques
Points à retenir
- L’ambiance musicale dynamique enrichit l’expérience de jeu.
- L’importance des choix narratifs dans les interactions des personnages.
- La stratégie dans le combat nécessite un apprentissage continu et s’adapte aux différentes situations.
- La personnalisation du mech et la gestion de l’équipage sont cruciales pour la progression.
En définitive, Nitro Gen Omega suscite une réflexion intéressante sur la façon dont un jeu peut marier des éléments artistiques et mécaniques tout en restant un défi substantiel. Je suis personnellement séduit par l’idée d’une narration émergente, mais je m’interroge sur la profondeur que cela peut apporter sur le long terme. Chaque partie est unique mais qu’en est-il de la répétitivité qui pourrait s’installer à la longue ? N’est-ce pas le grand défi auquel chaque studio doit faire face dans un marché en constante évolution ?





