Depuis plusieurs semaines, OpenAI ne brille pas seulement par ses modèles de langage ou ses nouvelles fonctionnalités, mais par le montant vertigineux des contrats qu’elle signe avec les géants de la technologie. Nvidia, Oracle, AMD, Microsoft… La dernière en date est Amazon Web Services, le grand fournisseur de services cloud.
La startup fondée par Sam Altman a conclu un contrat de 38 milliards de dollars avec la division cloud de cette multinationale pour accéder à sa puissance de calcul. Cette capacité servira à entraîner et développer ses futurs produits, avec en ligne de mire l’objectif de créer une intelligence artificielle générale (AGI) équivalente, voire supérieure, à l’intelligence humaine.
Il s’agit d’un objectif crucial, celui de s’assurer une puissance de calcul suffisante, qui est à l’origine de plusieurs accords annoncés cette année. Au total, ces projets représentent un montant impressionnant, avec 500 milliards de dollars pour le projet Stargate. D’autres partenariats incluent Nvidia (100 milliards), AMD (100 milliards), Intel (25 milliards), TSMC (20 milliards), Broadcom (10 milliards) et Oracle (10 milliards, avec une promesse de 300 milliards).

À cela s’ajoute un accord avec Google Cloud dont le montant reste secret, ainsi qu’un contrat de 22 milliards avec CoreWeave, spécialiste du cloud spécifique. Selon Bloomberg, les engagements d’OpenAI pour renforcer son infrastructure s’élèvent à 1,4 trillion de dollars.
L’avidité pour la puissance de calcul
Tous ces investissements témoignent de la soif insatiable d’OpenAI et de l’industrie de l’intelligence artificielle de garantir les ressources informatiques nécessaires à leurs ambitions, parfois jugées improbables. La directrice financière de la société, Sarah Friar, a confirmé que la principale limitation d’OpenAI est le manque de ressources informatiques, ce qui les oblige à abandonner certains développements. Pour l’instant, cette puissance se traduit par d’énormes centres de données chargés de puces de pointe. La signature de ces contrats semble donc logique.
Cependant, comme souvent, le diable se cache dans les détails. Ces accords colossaux cachent une architecture financière que certains critiquent. Cette dynamique, qui pourrait nourrir une bulle autour de l’intelligence artificielle, est marquée par des revenus futurs comptabilisés trop tôt pour plaire aux investisseurs, des engagements gonflés, des attentes de croissance plus issues de spéculation que de réelle demande, et des achats déguisés en investissements.

Le partenariat avec Amazon illustre bien ce phénomène. D’ailleurs, cet accord n’aurait pas été possible sans l’acquisition récente de 25 % d’OpenAI par Microsoft, ce qui a permis à OpenAI de négocier avec d’autres concurrents comme AWS. Les 38 milliards de dollars ne sont pas un versement immédiat, mais un engagement sur sept ans. Un centre sera créé spécifiquement pour cela d’ici la fin de l’année prochaine.
Construire des centres de données à la volée ?
Un exemple frappant est celui d’Oracle. Récemment, Larry Ellison, son fondateur, a surpassé Elon Musk en tant que personne la plus riche du monde, avec une fortune de 393 milliards après une augmentation vertigineuse de l’action suite à des résultats trimestriels très prometteurs. La hausse a été en partie alimentée par des contrats futurs évalués à 317 milliards de dollars, dont une grande majorité proviendrait d’OpenAI.
Cependant, cette approche soulève des inquiétudes. En comptabilisant des revenus futurs non réalisés, Oracle pourrait artificiellement gonfler ses résultats et sa valorisation boursière. Si ces revenus ne se concrétisent pas, cela pourrait entraîner des ajustements brutaux dans les comptes. Oracle devra également financer la construction de ses centres de données, ce qui exposerait son équilibre financier à des cycles d’investissement fluctuants.
Appelons cela investissement, appelons cela crédit à la consommation
Nvidia a récemment annoncé un investissement de 100 milliards de dollars dans OpenAI, une somme bien supérieure à celle des autres investisseurs. Cependant, au lieu d’une simple injection de capitaux, il s’agit d’une structure financière circulaire : les fonds prêtés par Nvidia seront utilisés pour construire des centres de données qui fonctionneront exclusivement avec ses propres puces. Ainsi, l’argent retourne finalement dans les caisses de Nvidia sous forme de ventes.
L’accord s’articule autour de dix cycles de 10 milliards, la première valeur à 500 milliards pour OpenAI, permettant d’attirer des capitaux sans diluer excessivement les actionnaires.
Les risques demeurent : OpenAI engage des investissements lourds qui ne pourront se justifier que si sa croissance se maintient, tandis que Nvidia devient dépendante d’un client unique. Cette concentration de pouvoir risque d’attirer l’attention des régulateurs, en particulier alors que Nvidia continue d’augmenter sa capitalisation boursière.
Ce contexte est crucial. Selon Reuters, Sam Altman envisage une introduction en bourse d’OpenAI. Si réussie, cette opération pourrait atteindre une valorisation d’un trillion de dollars, un record dans l’histoire des IPO.
Cependant, un point clé persiste. Un rapport a récemment révélé qu’OpenAI devait dépenser sept dollars pour générer un dollar de revenus.
Comment rivaliser avec Google
Dans ce contexte, OpenAI aspire à transformer ses modèles en une véritable machine à cash. La demande d’adoption de ses produits en entreprise reste insuffisante, et il est largement convenu qu’il est essentiel d’accroître l’utilisation de ChatGPT pour atteindre un public plus large.
Un passage stratégique serait de s’orienter vers la publicité. Le chatbot d’OpenAI ne se contente pas de converser, il capte des désirs et frustrations de millions d’utilisateurs, des informations précieuses pour tout annonceur. Imaginez la confiance que pourrait engendrer une telle application, surtout lorsque des utilisateurs évoquent des émotions intenses et des sujets délicats.
Si Google a bâti un empire de 100 milliards en vendant des données de recherche, OpenAI pourrait potentiellement aspirer à une part de ce marché en intégrant des annonces dans ses dialogues. De plus, le projet Sora, un hybride entre YouTube et TikTok, pourrait générer un contenu vidéo à un rythme impressionnant.
Envisageons également leurs futurs modèles commerciaux : abonnements premium, outils professionnels, et une boutique d’applications d’IA. Si les pièces du puzzle s’alignent, Altman pourrait approcher un bénéfice annuel de 100 milliards de dollars, juste assez pour alimenter son réseau de centres de données et continuer à se positionner comme l’infrastructure du futur.
Cependant, il est crucial de garder à l’esprit qu’aucune feuille de calcul n’engendre la réalité. La confiance est la clé pour la publicité, tandis que les abonnements nécessitent fidélité. L’IA doit encore prouver sa capacité à générer des bénéfices durables. OpenAI pourrait bien devenir le prochain Google ou, au contraire, rencontrer les mêmes difficultés que d’autres géants technologiques. La question demeure : combien de temps cette dynamique peut-elle perdurer avant qu’un examen critique ne s’impose ?
Points à retenir
- OpenAI a signé plusieurs contrats majeurs avec des entreprises technologiques pour sécuriser des ressources de calcul.
- Les investissements engendrent des questionnements sur la viabilité financière de ces opérations à long terme.
- OpenAI cherche à élargir l’adoption de ses produits en entreprise pour maximiser ses revenus.
- Les alliances avec de grandes entreprises pourraient accroître la dépendance d’OpenAI envers des clients spécifiques.
- Le modèle commercial d’OpenAI pourrait évoluer vers des stratégies publicitaires afin de générer des revenus plus substantiels.
En somme, dans un secteur en pleine effervescence comme celui de l’intelligence artificielle, la question n’est pas seulement de savoir si OpenAI pourra réaliser ses ambitions, mais également de comprendre dans quelle mesure la confiance du marché et des investisseurs soutiendra ses projets. Comme journalistes, nous sommes en première ligne pour observer cette évolution captivante qui pourrait redéfinir le paysage technologique mondial.
