sam. Juil 4th, 2026
Une nouvelle technologie pour comprendre le rôle des racines
Une nouvelle technologie biotechnologique révèle le rôle essentiel des racines dans la santé du sol et le cycle global du carbone (Freepik)

Mesurer avec précision les racines des plantes et leur fonction dans le stockage de carbone constitue un défi de taille pour la science agricole. Une équipe de l’Université d’Aarhus a développé une technique innovante utilisant l’analyse de l’ADN, susceptible de transformer la quantification de la biomasse racinaire et du carbone souterrain, avec des implications directes pour l’agriculture durable et la lutte contre le changement climatique.

Depuis des années, la communauté scientifique reconnaît l’importance des racines tant pour la production alimentaire que pour la captation du carbone, mais le manque d’outils adaptés a freiné les avancées dans ce domaine.

Henrik Brinch-Pedersen, professeur au Département d’Agroécologie, a expliqué : « Nous avons toujours su que les racines sont essentielles, mais il nous manquait un outil précis pour les mesurer. C’est un peu comme étudier les écosystèmes marins sans pouvoir plonger sous la surface de l’eau. »

Traditionnellement, les chercheurs extrayaient de volumineux échantillons de sol, effectuaient la séparation et le pesage des racines, et perdaient les plus fines, qui jouent un rôle clé dans l’absorption des nutriments et la libération du carbone.

Analyse génétique
L’analyse génétique permet d’identifier et de quantifier les racines de différentes espèces avec une précision inédite (Freepik)

L’innovant progrès réalisé par l’équipe de l’Université d’Aarhus, composée de Nurbanu Shynggyskyzy, Claus Krogh Madsen, Per L. Gregersen, Jim Rasmussen, Uffe Jørgensen et le professeur Brinch-Pedersen, repose sur l’utilisation de la technique d’analyse ADN via PCR digitale en gouttes (ddPCR).

Cette méthodologie divise chaque échantillon de sol en dizaines de milliers de micro-gouttes qui sont examinées pour détecter la présence d’ADN. L’utilisation du marqueur génétique ITS2 permet de non seulement détecter la présence de racines, mais aussi d’identifier l’espèce et d’évaluer la quantité de biomasse. « C’est comme réaliser un test ADN sur le sol », a déclaré Brinch-Pedersen. « Nous pouvons désormais voir la distribution cachée des espèces et de la biomasse sans avoir besoin de retourner tout le champ. »

La publication de ces résultats dans la revue Plant Physiology a suscité un intérêt à l’échelle internationale. Les experts considèrent cette avancée comme un jalon dans la recherche sur les systèmes racinaires.

Selon Aarhus University, cette nouvelle technologie présente de multiples applications : en recherche climatique, elle permet de déterminer avec précision combien de carbone sont stockés par différentes cultures dans le sol, un élément crucial pour évaluer et optimiser la contribution de l’agriculture à la lutte contre le changement climatique.

En amélioration génétique, elle aide à sélectionner des variétés qui concentrent davantage de biomasse sous terre sans nuire à la productivité en surface. Dans le cas des pâturages et cultures mixtes, cela ouvre la voie à l’analyse des interactions souterraines entre espèces, inaccessibles jusqu’alors.

Technologie innovante
La technologie ouvre des perspectives pour des cultures optimisées en matière de stockage de carbone et d’études sur les interactions souterraines (Image illustrative Infobae)

Brinch-Pedersen a mis en avant le potentiel de cette méthode pour développer des cultures qui augmentent le stockage de carbone dans le sol, ce qui pourrait devenir un outil essentiel pour l’agriculture de demain. Toutefois, il a rappelé que, bien que les efforts de lutte contre le changement climatique se concentrent souvent sur des technologies telles que les éoliennes ou les véhicules électriques, les systèmes racinaires des plantes offrent une capacité notable à servir de puits biologiques de carbone.

Loin d’être un simple sujet d’étude, les plantes capturent du CO2 atmosphérique et transfèrent une partie du carbone à leurs racines, où il peut rester stocké pendant des décennies ou des siècles si les systèmes de culture sont bien optimisés. Jusqu’à présent, le manque d’outils précis rendait difficile la documentation de ce processus, si bien que cette technologie basée sur l’ADN constitue un changement significatif pour le secteur agricole.

Cependant, la technique présente des défis analytiques : distinguer entre hybrides génétiques très proches, comme le ray-grass et le ray-grass italien, s’avère complexe à cause de la similarité de leur ADN. De plus, il est nécessaire de développer des s sondes d’ADN spécifiques pour chaque espèce cible. « Pour nous, le plus important est d’avoir montré que c’est possible. C’est sur cela que nous pouvons construire. Notre vision est d’élargir la bibliothèque d’ADN pour mesurer un plus grand nombre d’espèces directement à partir d’échantillons de sol », a affirmé Brinch-Pedersen lors d’une conversation avec l’Université d’Aarhus.

Développée grâce à l’Innovation Fund Denmark, cette méthodologie facilite la réalisation d’analyses des racines rapides, précises et à grande échelle, évitant ainsi la dépendance à des travaux de terrain longs et coûteux. La reconnaissance internationale, ainsi que la publication dans une revue de renom comme Plant Physiology, consolident l’importance de cette avancée, qui se profile déjà comme un outil central pour la recherche agricole et climatique.

Points à retenir

  • Une méthode d’analyse ADN révolutionnaire permet de mesurer la biomasse racinaire avec précision.
  • Cette technique a de nombreuses applications, notamment dans la recherche sur le changement climatique.
  • Le potentiel de cette innovation réside dans le développement de cultures plus efficaces en matière de stockage de carbone.
  • D’autres recherches pourraient élargir les connaissances sur les interactions souterraines et l’écosystème agricole.

Il apparaît que ce développement technologique pourrait transformer non seulement la manière dont nous comprenons les racines des plantes, mais aussi leur contribution à la lutte contre le changement climatique. En intégrant ces nouvelles perspectives dans nos pratiques agricoles, nous pourrions amorcer une révolution dans l’agriculture durable. Quelles autres innovations pourraient émerger de cette recherche et influencer notre rapport à la culture et à l’environnement ?


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