mar. Juil 14th, 2026

Le drame mêlé d’humour est apprécié, mais il ne faut pas que ce soit une simple comédie. Tout dépend de la manière dont la tristesse humaine est racontée. Le propriétaire de la petite auberge nichée au sommet de montagnes enneigées, qui n’a probablement pas vu de client depuis longtemps, a des opinions bien tranchées sur l’art de raconter des histoires. Il estime qu’il mérite vraiment qu’on s’y attarde. La scénariste Li se montre réceptive à ses suggestions et prend son crayon. Mais à peine commence-t-elle à poser quelques questions – sur le dessin d’un enfant, ou qui a peint le tableau sur la porte coulissante – que la conversation s’éteint brusquement. Manifestement, ses questions innocentes touchent une plaie béante liée à une relation brisée.

Li se retrouve coincée à l’auberge tard dans la nuit, après avoir voyagé sans plan ni réservation vers un village isolé. La vieille maison en bois semble engloutie sous la neige, entourée d’un drap blanc de plusieurs mètres de haut. Benzo, le patron, lui désigne un lit dans un coin de la pièce et se retire pour dormir. Le lendemain, il lui laisse une table pour qu’elle puisse écrire. Cette image de Li, assise à son bureau avec un carnet vide devant elle, rappelle le début de « Two Seasons, Two Strangers » réalisé par Sho Miyake.

Les mots de Li usent le film du bord de mer

Les images qui prennent forme dans l’esprit de Li laissent une empreinte vive sur son visage. Elle commence à écrire, et ses mots transportent le film vers un village marin et la saison estivale. Dans le film à l’intérieur du film, Nagisa, une jeune femme, explore seule la ville côtière, où elle fait également des rencontres. La connexion entre Nagisa et Natsuo demeure floue mais profondément apaisante, avec un sous-texte à la fois érotique et sombre. Natsuo prétend n’avoir jamais croisé quelqu’un de plus malheureux que lui. Sur la plage, il raconte qu’il y a longtemps, les corps d’une femme et de son bébé partiellement squelettique ont été découverts dans un filet de pêche. Ils se donnent rendez-vous le lendemain sur le rivage, mais un typhon approche et la pluie tombe à torrents. Ils dégustent des Mitsumame, une douce création à base d’algues, et nagent dans un océan agité.

« Two Seasons, Two Strangers » s’inspire d’un manga de Yoshiharu Tsuge – plus précisément de deux histoires (« Mr. Ben and his Igloo » et « A View of the Seaside »), que Sho Miyake a habilement entrelacées sans gros efforts de métatextualité. « Un film qui n’est pas intellectuellement exigeant, mais très sensuel », déclarera le professeur de cinéma de Li lors d’une séance de questions-réponses au sujet de l’adaptation, déjà présentée comme un film dans le film. Plus tard, Li précisera que son scénario était une commande, tirée du manga « A View of the Seaside » de Yoshiharu Tsuge.

Images et langage épuré : une réflexion

Le film délicat de Miyake, construit sur des images et une langue concise, se révèle à travers des prises de vue claires et un penchant pour une réduction presque iconique. On reconnait également la chaleur humaine dans la brièveté des scènes et l’atmosphère complexe mêlant tristesse et comédie. Les dialogues cessent parfois, laissant transparaître l’ambiguïté des rencontres humaines : il y a de brefs instants de proximité et de compréhension mutuelle, mais aussi un sentiment de confusion et un retour à son propre monde intérieur.

Dans « Two Seasons, Two Strangers », la communication verbale révèle ses limites. Parfois, raconte Li dans une voix off que l’on peut lire à l’écran, des choses se produisent qui échappent à toute formulation : « La surprise et la confusion m’éloignent. À ce moment, j’aimerais juste rester là, loin des mots. Mais les mots viennent toujours à moi, sans exception. » Même si les échanges entre Li et Benzo se manquent, ils semblent comprendre la solitude de l’autre. Après une excursion aventureuse à un étang à carpes, Li émerge d’un sommeil peuplé de rêves. Désireuse de mettre ses images sur papier, elle découvre que tout a disparu.

Points à retenir

  • La complexité des relations humaines est un thème central dans l’œuvre.
  • Le film explore la solitude et la compréhension mutuelle à travers des interactions limitées.
  • L’adaptation d’un manga en film met en lumière la capacité narrative de Miyake, alliant visuel et émotion.

La capacité de la narration à explorer des thèmes profonds comme la tristesse et la solitude nous invite à réfléchir sur nos propres expériences, sur la manière dont nous tissons des liens et sur les mots qui nous échappent. Ce film pourrait ainsi servir de miroir à nos propres histoires, remettant en question nos perceptions des relations humaines.


Partager : X Facebook WhatsApp LinkedIn Reddit

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *