Les logiques internes et les tropes typiques de l’univers de l’anime sont familiers à ceux qui s’y sont immergés avant sa large popularité actuelle. Cependant, pour ceux qui découvrent ce monde—celles et ceux qui ne se sont jamais qualifiés d’« otaku » ou n’ont jamais couru comme Naruto dans les couloirs en criant en japonais approximatif—il existe de nombreux aspects que les fans prennent pour acquis, mais qui peuvent surprendre les néophytes.
Pourquoi reconnaissons-nous les cheveux roses comme un signe de danger ou devinons-nous instantanément que le secret caché de la jeune fille anime à la peau pâle et aux yeux froids est qu’elle n’est pas humaine ?
La couleur est un élément central dans la conception des personnages, non seulement dans les animes, mais dans de nombreux médias visuels. Depuis des siècles, les sociétés attribuent des significations aux couleurs, spécifiques à chaque culture. Par exemple, le rouge est souvent lié à la passion, l’énergie et l’action, tandis que le bleu renvoie à l’intelligence, la logique et le calme.
Les anime shonen se distinguent par l’utilisation de signaux visuels pour représenter différents aspects de leurs personnages. Au fil des décennies, plusieurs types de protagonistes d’anime et de manga ont émergé, influençant une génération entière. Prenons l’exemple des « Big Three » de Shonen Jump, où l’orange est devenu une couleur emblématique. Décrire Dragon Ball comme un point de référence culturel serait un euphémisme, mais son protagoniste, Son Goku, est peut-être l’un des personnages fictifs les plus reconnaissables. Son impact sur le sous-genre shonen de la bataille est immense, et de nombreux héros créés ensuite s’inscrivent dans son héritage en tant que personnages optimistes dont la bonté transforme les ennemis en amis.
L’importance de l’orange peut s’expliquer par le fait que cette génération appartient à l’Âge d’Or, cette période entre les années 1980 et 1990, marquée par la montée en puissance de titres comme Dragon Ball, Rurouni Kenshin et Slam Dunk. Le gi orange de Goku est un élément de son design depuis ses débuts dans le premier Dragon Ball. Dans les générations de mangas suivants publiés dans le Weekly Shonen Jump de Shueisha, l’orange est devenu une couleur majeure caractérisant les protagonistes inspirés par l’histoire de Dragon Ball.
Les œuvres de Kishimoto Masashi, Naruto, et de Tite Kubo, Bleach, deux des trois titres emblématiques, présentent chacun un héros dont la palette colorimétrique intègre une teinte orange, souvent en contraste avec un personnage secondaire au design monochrome. Ce dernier, bien que né opposé du protagoniste, développe une relation proche avec lui.
Dans la génération qui a suivi les Big Three, que j’appelle l’« ère Post-Big Three », des titres comme My Hero Academia, Black Clover et Demon Slayer: Kimetsu no Yaiba ont abandonné la marque du héros orange. De nouveau, deux des titres phares de cette génération voient leurs personnages principaux arborer une couleur verte dans leur design.
Izuku “Deku” Midoriya de My Hero Academia est tellement vert que cela fait partie de son nom ; le mot “midori” signifie littéralement “vert”. De même, Tanjiro Kamado de Demon Slayer porte un haori iconique à motif carreauté noir et vert. Ces changements visuels chez les protagonistes shonen marquent une évolution des personnalités, des objectifs et des vécus des personnages.
Pour illustrer le rôle de la couleur dans l’identité des protagonistes d’anime et de manga, évoquons Rurouni Kenshin, un chef-d’œuvre controversé. Situé dans le Japon historique, l’anime suit un samouraï pacifiste en quête de rédemption, qui s’avère être le célèbre “Battousai”, un guerrier qui a jadis tué sans relâche au service du shogunat. Sa conception, dominée par le rouge, est d’autant plus intrigante qu’elle est rare dans le shonen de combat.
Les personnages notables associés à cette couleur incluent Vash le Stampede de Trigun et Edward Elric de Fullmetal Alchemist. Dans chacun de ces cas, le rouge témoigne d’un passé traumatique et souvent sanglant. Edward, par exemple, porte une veste rouge symbolisant les pertes qu’il a subies dans sa quête de résurrection.
Vash, bien qu’il soit perçu comme un criminel, cache une histoire complexe qui le lie à des traumatismes. Tout comme Tanjiro et Gon, son caractère est façonné par des luttes internes et des dilemmes moraux. Ces héros sont souvent des individus empathiques confrontés à des défis qui menacent de les consumer.
Ces éléments montrent comment la couleur, loin d’être une simple préférence esthétique, sert un rôle significatif dans la narration et le développement des personnages. Dans le shonen, chaque teinte peut évoquer une profondeur émotionnelle, comme en témoignent les héros d’hier et d’aujourd’hui.
Points à retenir
- La couleur joue un rôle crucial dans la caractérisation des protagonistes, reflétant souvent leur passé et leur psychologie.
- Les changements de couleur des héros d’une génération à l’autre montrent une évolution des valeurs et des récits.
- Les personnages en vert d’aujourd’hui, comme Tanjiro et Deku, incarnent souvent des traits d’empathie et de complexité émotionnelle.
- Le contraste entre les personnages principaux et secondaires enrichit les dynamiques narratives.
- Les récits d’horreur et de traumatisme associés à des personnages en rouge soulignent la tension entre leur passé et leur lutte actuelle.
En réfléchissant à ces nuances, je me rends compte combien l’anime ne se limite pas à un simple divertissement ; il s’agit d’un reflet culturel riche, ancré dans des émotions humaines profondes. La manière dont les couleurs et les designs façonnent ces récits nous invite à nous interroger et à explorer davantage les messages sous-jacents d’une œuvre. Qu’en pensez-vous ?
