Nick Cave a récemment révélé avoir décliné l’invitation de Morrissey à participer à une nouvelle chanson prévue pour 2024. La raison ? L’ex-leader des Smiths lui aurait demandé de chanter un texte « inutilement provocateur et un peu absurde » à caractère anti-woke, écrit par ses soins.
Répondant à une question d’un fan sur son site Red Hand Files concernant sa relation avec Morrissey, Cave a expliqué : « Même si, d’une certaine façon, je partageais le fond de ce qu’il voulait dire, ce n’était simplement pas mon univers. J’essaie de garder la politique, qu’elle soit sociale ou autre, hors de la musique que je crée. Je trouve que cela réduit la portée de l’œuvre et va à l’encontre de ce que je cherche vraiment à transmettre. »
En 2019 déjà, Nick Cave confiait son scepticisme envers certaines causes dites « woke » : « Malgré les bonnes intentions, c’est le manque d’humilité et l’assurance doctrinale de ces revendications qui me repoussent. » Un an plus tard, il qualifiait la culture de l’annulation de « religion fanatique dévoyée ».
Dans une interview récente accordée à The Observer, il a clarifié son point de vue : « Je soutiens pleinement la justice sociale, mais je ne cautionne pas les méthodes employées pour y parvenir, comme le fait de réduire au silence ou d’annuler des personnes. » Selon lui, « il y a un manque de compassion et de pardon qui va à l’encontre de mes convictions spirituelles les plus profondes. C’est une équation compliquée. Cela devient encore plus difficile lorsque l’extrême droite s’empare du terme “woke”, rendant tout débat quasi impossible sans être catalogué parmi une foule d’extrémistes. »
Concernant la collaboration proposée par Morrissey, Cave a également mentionné « un long solo de bouzouki grec complètement hors-sujet » au début de la chanson, malgré la douceur de la mélodie.
Les deux artistes ne se sont jamais rencontrés, ce qui, selon Cave, explique sans doute pourquoi il apprécie Morrissey. « C’est une figure indéniablement complexe et controversée, qui aime provoquer. Cela peut amuser certains, mais ça ne m’intéresse pas vraiment, sauf pour reconnaître que Morrissey est probablement le meilleur parolier de sa génération — en tout cas le plus étrange, drôle, sophistiqué et subtil. »
Interrogé sur le thème du désir et du vide intérieur, Cave a évoqué « ce que représente la musique dans la condition humaine : un sentiment d’incomplétude, d’abandon, une sensation de manque ». Il explique : « Nous nous sentons entiers quand nous écoutons la musique que nous aimons, guidés vers ce qu’il y a de bon. La musique de Morrissey, malgré des chansons parfois désabusées et distantes, remplit cet office — elle nous rapproche de la vérité. »
Enfin, à propos de ses découvertes musicales, Nick Cave a mentionné le groupe punk-funk new-yorkais YHWH Nailgun, dont l’album 45 Pounds est salué comme une des sorties remarquables de l’année. Selon lui, « avec leur manière purificatrice, ils font tout ce dont nous avons parlé, en nous montrant le ciel… en plongeant tout en bas. Complètement génial. »
Depuis 2018, Nick Cave utilise le site Red Hand Files pour échanger directement avec ses fans, offrant un espace de vulnérabilité et de transparence communautaire.
Actuellement en tournée solo en Europe — qui s’achèvera au Luxembourg en septembre —, Nick Cave a sorti en mars 2024 son dernier album avec les Bad Seeds, Wild God.
Morrissey, de son côté, n’a pas publié d’album depuis I Am Not a Dog on a Chain en 2020. Il affirme que la sortie de son album suivant, Bonfire of Teenagers, a été empêchée en raison de la « culture idiote » après son départ du label américain Capitol Records en 2022. Il considère ce projet comme « le meilleur album de sa vie ».
Points à retenir
- Nick Cave choisit de séparer musique et politique, préférant ne pas mélanger ses créations avec les débats culturels actuels.
- La critique de Cave envers certaines formes de « woke » exprime un malaise éveillé, probablement pas si éloigné de celui que ressentent bon nombre de mélomanes fatigués des polémiques incessantes.
- La culture de l’annulation est vue ici comme une sorte de « religion fanatique », un label qui colle forcément à la peau quand on cherche à discuter sans se faire essorer par la meute.
- Morrissey est perçu comme un parolier hors pair, malgré son goût pour la provocation et les postures controversées — un artiste qui divise, mais qui marque.
- Le sentiment universel d’incomplétude humaine trouve un écho parmi les mélodies, et même dans ce monde digital saturé, la musique reste ce lien entre vérité et émotion.
- En parlant de nouveautés, Nick Cave ne cache pas son admiration pour des groupes underground comme YHWH Nailgun, preuve que la musique garde l’art de surprendre.
Au final, entre refus poli et coups de gueule mesurés, Nick Cave nous rappelle que la musique n’a pas vocation à devenir un ring idéologique. Alors, à quand un duo avec un morceau sans préambule bouzouki et sans le souffle court de la polémique ? Mais bon, rêvons un peu… Parce que franchement, un monde où les collaborations se font sans zizanie, ça serait tellement… ennuyeux. Vous ne trouvez pas ?
