Six ans après la fin de la série emblématique sur les gangsters, son leader réémerge sous les projecteurs : dans “The Immortal Man”, le patriarche se transforme, en plein conflit, en figure tragique.

Pour certains, Thomas «Tommy» Shelby est une légende vivante, tandis que pour d’autres, il incarne un héros tragique. Gangster, chef de bande, patriarche, mari et amant, il est parfois perçu comme un sauveur. Quelque part sous sa casquette tirée sur le front se cache une âme tourmentée, ayant affronté ses propres démons plus souvent que bon nombre de ses ennemis. Ce qui ne le tue pas le rend plus fort, peut-être même immortel.
Après six saisons de «Peaky Blinders» (2013–2022), le personnage de Cillian Murphy a survécu. La série, qui s’inspire de faits réels et suit un clan criminel fictif à Birmingham, a été acclamée internationalement. Bien que moins médiatique que d’autres succès de streaming comme «Game of Thrones» ou «Stranger Things», elle a su se bâtir une communauté de fans passionnée.
Un pays en guerre
Dans le grand final de la série, Tommy s’enfuit sur un cheval blanc, représentant le chef froid et calculateur qui, après la Première Guerre mondiale, a transformé l’empire criminel de sa famille en la plus influente organisation du Royaume-Uni. Cependant, ce long parcours a laissé des marques visibles. Tommy semblait fatigué, épuisé.
Murphy avait alors exprimé avoir besoin d’une pause, sans doute pour progresser dans sa carrière. Se libérant du personnage, il s’est lancé dans d’autres grands projets, comme son rôle principal dans «Oppenheimer» de Christopher Nolan, tout en laissant entendre que l’adaptation cinématographique de «Peaky Blinders» serait inévitable.
Le film commence six ans après la fin de la série, alors que des bombardements allemands menacent Birmingham. «Le pays est en guerre, tout comme les Peaky Blinders», a révélé le réalisateur Steven Knight. La destruction apparente est palpable. «Peaky Blinders: The Immortal Man» est une œuvre brute qui permet d’accepter doutes et faiblesses avant d’immerger le récit dans le sang et les cendres.
Murphy retourne, presque avec humilité, dans la peau de son personnage. Tommys retraite a également éloigné le monde criminel de Birmingham. Il vit désormais dans un coin reculé, loin de la famille, des affaires et de la violence. Dans cette solitude, il tente d’écrire ses mémoires, mais son introspection est continuellement interrompue par des visions horrifiques de son passé marqué par la guerre et le pouvoir.
Ni sa sœur Ada (Sophie Rundle) ni la nouvelle que son fils illégitime Duke (Barry Keoghan) dirige les Peaky Blinders avec une cruauté victorianiste ne parviennent à convaincre Tommy de retrouver son trône. Il faudra l’apparition de Rebecca Ferguson, mystérieuse étrangère, pour ramener Tommy dans la mêlée.
Les événements s’accélèrent rapidement : après le meurtre d’Ada, Tommy ne peut plus rester les bras croisés face à Duke qui entache le nom de la famille et s’allie avec des nazis pour déstabiliser le pays avec de fausses monnaies. C’est alors que son cœur de socialiste commence à s’enflammer. Malgré tout, l’expression de Murphy reste impassible lorsque Tommy confronte son fils lors d’un affrontement.
Murphy et Keoghan sauvent le film
«Peaky Blinders: The Immortal Man» pourrait être perçu comme un film de guerre sur le front domestique. Steven Knight et le réalisateur Tom Harper s’efforcent d’ancrer l’histoire dans des actions impressionnantes et une bande originale percutante. Cependant, ce sont Murphy et Keoghan qui préservent le film de la banalité. Tim Roth et Stephen Graham, bien que dans des rôles secondaires, mettent également en avant toute leur compétence, même si leur temps de présence à l’écran est limité.
Peut-être faut-il d’abord avoir investi du temps et des émotions dans la série pour apprécier pleinement le film. Seuls ceux ayant expérimenté la grandeur et l’audace de ce gangster comprendront le retour de cet homme qui émerge de l’ombre vers la lumière grisâtre des rues pluvieuses de Birmingham. «Qui est ce Tommy Shelby ?», interroge un soldat, avant d’apprendre à ses dépens à qui il a affaire. Nick Cave résume la question depuis le début avec le titre de sa chanson : «Il est un dieu, un homme, un esprit.»
Points à retenir
- Le film “The Immortal Man” se situe six ans après la fin de la série “Peaky Blinders”.
- Il aborde les conséquences de la guerre sur les personnages et la société.
- Cillian Murphy renoue avec son personnage dans un contexte de désillusion.
- La dynamique familiale et le poids des actions passées sont centraux dans l’intrigue.
- Le film mélange action intense et réflexion psychologique sur le pouvoir et la moralité.
En tant qu’observateur passionné de la culture télévisuelle et cinématographique, je suis fasciné par la profondeur de personnages comme Tommy Shelby. Sa lutte interne résonne encore dans le discours contemporain, où le pouvoir, la loyauté et la quête de rédemption sont des thèmes omniprésents. Quel est votre avis sur cette dualité, cette quête d’identité entre le bien et le mal ? La discussion mérite d’être approfondie, tant les enjeux sont actuels, et notre regard sur ces récits ne cesse d’évoluer.
