mer. Août 12th, 2026
Le retour triomphal de la cassette qui défie le règne du streaming musical

Vinyles, cassettes : le retour d’un rituel d’écoute

Récemment, je suis parti en quête d’un objet que je n’avais pas cherché depuis des années : un lecteur de cassettes. Quelque part chez moi, une boîte contient des cassettes anciennes — des extraits d’émissions, des interviews, des moments volés dans des studios — des fragments de carrière qui ont survécu à chacun de mes déménagements. Beaucoup d’entre vous doivent reconnaître cette boîte oubliée dans un placard.

Bien sûr, tout cela pourrait être numérisé : transférer ces bandes sur un disque dur et y accéder d’un simple clic. Pourtant, d’une manière inexplicable, ce n’est pas la même chose.

Les chiffres racontent une histoire intéressante

Je ne suis apparemment pas le seul à ressentir ce mélange de nostalgie et d’exigence d’attention. Le vinyle poursuit une reprise suffisamment longue pour qu’on cesse peut‑être de parler de « retour ». Selon la RIAA, acteur de référence de l’industrie américaine, 46,8 millions de vinyles se sont vendus aux États‑Unis en 2025 contre 29,5 millions de CD. Les revenus totaux de la musique physique ont augmenté de 5 %, frôlant 1,4 milliard de dollars. Le vinyle a ainsi connu une croissance presque continue depuis près de vingt ans.

Ce phénomène n’est pas cantonné aux États‑Unis. L’IFPI, voix internationale reconnue du secteur musical, rapporte que les revenus mondiaux issus du format physique ont progressé de 8 % en 2025 pour atteindre 5,3 milliards de dollars, largement portés par le vinyle. Même la cassette — ce format que beaucoup croyaient oublié — montre des signes de vie. Le très complet Music Business Worldwide évoque une hausse au Royaume‑Uni : les revenus physiques ont cru de 11,5 % en 2025, le vinyle bondissant de 18,5 % et la catégorie contenant principalement les cassettes ayant presque doublé (+95 %).

Personne ne suggère que Spotify doive soudainement s’inquiéter d’un retour massif des lecteurs de cassettes. Il se passe autre chose.

Ce que les gens souhaitent vraiment

John Lenac, directeur de la stratégie chez Citizen Vinyl, propose une explication qui fait sens : « Ce à quoi les gens réagissent vraiment n’est pas tant le support que l’attention qu’il exige. Le vinyle ne permet pas de zapper à tout-va ou d’écouter en demi‑sommeil — il vous demande de rester avec une œuvre pendant quarante minutes. »

Cela contraste profondément avec la manière dont nous avons organisé l’accès à la musique ces vingt dernières années. Tout est devenu sans friction : une chanson est disponible instantanément, on peut la passer, un algorithme peut choisir pour nous. Si on veut autre chose, des millions de titres nous attendent. En supprimant presque tous les obstacles entre l’auditeur et la musique, nous avons peut‑être aussi supprimé quelque chose d’essentiel.

« Dans une culture bâtie sur un contenu infini et sans effort, cette attention délibérée est devenue suffisamment rare pour paraître presque radicale », dit encore Lenac. « Les gens n’achètent pas seulement des disques, ils rachètent un fragment de leur propre capacité d’attention. » Cette idée m’a marqué.

Peut‑être que la résurgence du vinyle n’a pas tant à voir avec le vinyle lui‑même. Peut‑être que la renaissance de la cassette ne concerne pas la cassette en tant que telle. Il s’agit plutôt d’un besoin de rituel.

Le rituel que nous avons perdu et que nous cherchons à retrouver

« Nous n’avons pas perdu l’intérêt pour la musique, nous avons perdu le rituel qui l’accompagnait », poursuit Lenac. Le vinyle réintroduit ce rituel : choisir un disque, tenir la pochette, s’engager à écouter une face entière. Autrefois, la démarche autour de la musique était un processus.

On allait en magasin, on feuilletait les albums, on restait un moment devant une pochette, parfois on échangeait avec le vendeur qui vous orientait vers un disque à découvrir. Puis on rapportait l’objet chez soi, on l’ouvrait, on le posait sur la platine. Même une cassette exigeait un niveau d’engagement absent du streaming. On possédait quelque chose.

Le streaming n’est pas le problème : il a offert un accès inimaginable aux générations précédentes et continue d’être le moteur principal de l’économie musicale — les revenus enregistrés ont atteint 31,7 milliards de dollars en 2025, portés par le streaming payant. Mais commodité et connexion ne sont pas forcément synonymes.

La place de la radio

Et c’est ici que la radio devrait prêter attention. Elle aussi a cherché à réduire la friction : formats resserrés, interruptions diminuées, automatisation accrue — autant d’optimisations compréhensibles, visant à retenir l’auditeur. Mais n’avons‑nous pas parfois construit, involontairement, une radio sans rituel ?

Ce que le public se remémore des grandes heures de la radio n’était pas toujours efficace : attendre le classement d’une chanson, téléphoner pour une dédicace, écouter une personnalité raconter une anecdote avant de lancer un morceau — tout cela n’était pas optimisé, mais c’était une expérience. Et l’expérience crée de l’attachement.

Lenac résume : « Cette délibération est ce que les gens recherchent aujourd’hui. » Peut‑être que la leçon cachée dans ces disques, cassettes et bandes poussiéreuses est bien celle‑ci : la technologie nous a rendu tout disponible immédiatement, mais parfois ce que nous voulons vraiment, c’est une raison de faire une pause, d’écouter et de ressentir. Nous ne cherchons peut‑être pas à revenir en arrière, mais à retrouver ce que nous avons laissé s’étioler.

Points à retenir

  • Le vinyle connaît une croissance soutenue depuis près de vingt ans ; les chiffres de la RIAA l’attestent et confirment son rôle durable dans l’écosystème musical.
  • Au niveau mondial, l’IFPI souligne que la reprise des formats physiques est réelle et contribue significativement aux revenus du secteur.
  • Au Royaume‑Uni, les analyses de Music Business Worldwide montrent une montée notable du vinyle et une progression marquée des cassettes, signe d’un intérêt renouvelé pour les objets musicaux.
  • Ce mouvement reflète moins un retour aux anciennes technologies qu’un désir de rituel et d’attention — des valeurs difficiles à recréer dans une économie du flux permanent.
  • La radio, comme d’autres médias, peut tirer parti de cette tendance en réintroduisant des moments délibérés et expérientiels qui favorisent l’engagement plutôt que la simple consommation.

À titre personnel, je vois dans ce phénomène davantage qu’une nostalgie pour des supports obsolètes : il s’agit d’une quête de sens dans nos habitudes d’écoute. J’aimerais que nous réfléchissions ensemble à la façon dont médias, artistes et plateformes peuvent créer des rituels contemporains — pas pour renier le progrès, mais pour réapprendre à écouter avec attention. Et vous, quel rituel musical aimeriez‑vous retrouver ou inventer ?


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