jeu. Juin 25th, 2026
Économie et Bitcoin au Salvador
Roxana Reyes, caissière dans un entrepôt acceptant les paiements en Bitcoin à Berlin, El Salvador, le 20 janvier 2025. (Photo Marvin Recinos / AFP)

Depuis une décennie, le Bitcoin s’affirme comme un actif financier de premier plan, grâce à son plafond fixé à 21 millions d’unités, lui conférant un rôle potentiel de protection contre l’inflation. Il est aujourd’hui reconnu pour sa valeur refuge.

Mais au-delà de son rôle d’accumulateur de richesse, la fonction essentielle de toute monnaie reste son usage quotidien comme moyen d’échange, permettant l’achat de biens et services au quotidien. Or, dans ce domaine, le Bitcoin a longtemps peiné à s’imposer de manière fluide et pratique.

Traditionnellement, les solutions proposées pour faciliter les échanges en Bitcoin se résumaient souvent à des systèmes indirects, comme l’achat de cartes cadeaux avec la cryptomonnaie, un procédé peu ergonomique. Cependant, dans certains milieux, notamment sur des réseaux en ligne axés sur la confidentialité, ainsi que dans le pays pionnier qu’est le Salvador, où le Bitcoin est monnaie légale, une adoption plus tangible commence à émerger.

Cependant, la législation salvadorienne, bien qu’innovante, a souffert d’une application inégale, ce qui soulève une contradiction : une infrastructure monétaire décentralisée telle que Bitcoin voit son adoption favorisée par une décision étatique, alors que son essence repose sur la libre adhésion.

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Aujourd’hui, deux dynamiques majeures favorisent l’usage du Bitcoin dans les échanges quotidiens. D’une part, un nombre croissant de commerçants acceptent cette cryptomonnaie, comme le révèle BTCMap, qui recense ces points de vente. D’autre part, le développement d’économies circulaires locales où les membres commercent directement en Bitcoin, inclut même le versement de salaires en cryptomonnaie.

La bataille pour convaincre les commerçants rappelle celle des paiements mobiles en Chine avec Alipay ou WeChat Pay, ou encore l’essor de Square aux États-Unis, qui s’illustre désormais par son soutien à la technologie Lightning, facilitant les transactions Bitcoin.

Ces économies circulaires, présentes aux quatre coins du globe, offrent aussi un aperçu concret de l’adoption pratique du Bitcoin. Par exemple, à Vancouver au Canada, plus d’une centaine de commerçants — salons de bronzage, salles de sport, coiffeurs, restaurants et cafés — acceptent la cryptomonnaie pour des achats variés. Selon Leo Weese, organisateur du meetup BitDevs, si ce modèle réussit dans une ville “ordinaire” comme Vancouver, il pourrait s’étendre aisément à travers l’Amérique du Nord.

Plus loin, en Ouganda, où l’on peut payer une visite pour observer des gorilles en Bitcoin, plusieurs entreprises locales adoptent cette monnaie, allant même jusqu’à des initiatives sociales comme un orphelinat ayant récolté plus de 40 millions de satoshis, soit environ 25 000 dollars. À Kampala, la capitale, des écoles intègrent l’éducation au Bitcoin pour leurs élèves.

Le continent africain voit se multiplier les projets soutenus par le Circular Bitcoin Africa Fund, qui encourage ces économies locales. Déjà au moins neuf pays africains hébergent de telles structures, favorisant le commerce en Bitcoin à travers l’aide à la petite enfance, des infrastructures éducatives et bien d’autres initiatives.

Brindon Mwiine, à l’origine du mouvement Bitcoin Kampala, résume : “L’Afrique a besoin du Bitcoin, et le Bitcoin a besoin de l’Afrique. Le rôle de monnaie d’échange est ici bien plus développé que dans d’autres régions du monde.”

Alors que les réseaux d’échanges locaux et l’acceptation croissante du Bitcoin par les commerçants s’amplifient, la cryptomonnaie semble prête à dépasser la simple fonction d’actif de valeur pour s’imposer pleinement comme une monnaie utilisée au quotidien.

Points à retenir

  • Bitcoin est reconnu comme un actif performant mais peine encore à devenir un moyen de paiement usuel.
  • Le Salvador demeure un cas unique avec une adoption légale mise en œuvre de façon irrégulière.
  • La popularité de Bitcoin auprès des commerçants progresse, notamment grâce à des cartes interactives comme BTCMap.
  • Les économies circulaires, où les échanges se font exclusivement en Bitcoin, apparaissent dans plusieurs régions du monde.
  • Des villes comme Vancouver ou Kampala montrent que l’adoption est possible même sans contextes économiques extraordinaires.
  • En Afrique, de nombreux projets locaux soutenus par des fonds dédiés encouragent cette tendance.
  • L’utilisation de technologies complémentaires, comme le Lightning Network, facilite déjà les paiements Bitcoin.

La montée en puissance du Bitcoin comme véritable monnaie d’usage quotidien est une évolution à suivre de près. Même si, au fond, l’idée d’une cryptomonnaie originaire d’un réseau décentralisé propulsée par des décisions étatiques ou des initiatives communautaires peut paraître contradictoire, cela reflète la complexité de son intégration au sein des économies réelles. En tant que journaliste, je me prends même à rêver d’une époque où nous pourrions véritablement vivre, manger, et négocier uniquement en Bitcoin… ou du moins, rêver suffit à alimenter le débat.


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