Le birr éthiopien poursuit sa dégringolade, atteignant un nouveau plancher historique avec une perte de 28 % de sa valeur face au dollar en l’espace d’un an, dans un contexte marqué par une pénurie persistante de devises étrangères et une demande exacerbée.
Lors de la récente enchère de devises organisée mardi par la Banque nationale d’Éthiopie, le taux de change moyen pondéré s’est établi à 138,55 birrs pour un dollar américain, signant ainsi le niveau officiel le plus bas jamais enregistré pour la monnaie éthiopienne.
À titre de comparaison, le même mécanisme d’enchères avait fixé le taux à 107,9 birrs début août de l’année précédente. Cette dépréciation impressionnante de plus de 28 % sur douze mois illustre les pressions économiques croissantes auxquelles fait face le birr.
Si la Banque centrale présente cette correction comme une initiative réfléchie destinée à réduire le décalage avec le marché informel, la réalité témoigne malheureusement d’un élargissement continu de cet écart : le dollar y dépasse désormais les 160 birrs, alimentant le marché noir et sapant la confiance des acteurs économiques envers la politique monétaire officielle.
Un rapport récent du Fonds monétaire international (FMI) souligne ce phénomène comme le symptôme d’un déséquilibre structurel majeur sur le marché des changes éthiopien. Il met en garde contre les risques potentiels sur la stabilité financière et la multiplication des flux financiers illicites.
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La récente injection de 150 millions de dollars US dans les banques commerciales, orchestrée par la Banque nationale, voulait à la fois réguler le marché des devises et apaiser les tensions. Pourtant, les experts jugent cette mesure insuffisante face à l’écart croissant entre l’offre et la demande, ainsi qu’à l’érosion des réserves en devises, qui fragilise l’économie éthiopienne.
La dépréciation persistante du birr pose un véritable défi à l’Éthiopie pour financer ses importations, honorer ses dettes à l’étranger et séduire les investisseurs. Cela appelle à une refonte profonde des stratégies monétaires et budgétaires, tout en restaurant la confiance des marchés.
Pourtant, dans un climat contrasté, le Premier ministre Abiy Ahmed avait souligné début juillet une amélioration progressive des indicateurs macroéconomiques, appréciée pour soutenir une vision à long terme du développement. Selon ses déclarations, les revenus d’exportation ont dépassé 8,1 milliards de dollars cette année, surperformant un objectif initial de 5,1 milliards, grâce à des réformes structurelles et une modernisation des infrastructures.
Il a également évoqué des flux financiers solides, incluant 7 milliards de dollars de transferts, 4 milliards d’investissements directs étrangers, et 8,3 milliards issus du secteur des services, portant alors les réserves totales en devises proches de 32 milliards de dollars. Ces chiffres illustrent la résilience de l’économie éthiopienne et les effets tangibles des réformes en cours.
Points à retenir
- Le birr éthiopien a perdu plus d’un quart de sa valeur face au dollar en seulement un an, ce qui n’est pas exactement la tendance souhaitée pour une monnaie nationale.
- La Banque nationale tente de gérer la crise en alignant le taux officiel sur le marché, sans succès évident, puisque le marché parallèle continue de prospérer bien au-delà des taux officiels.
- Le FMI pointe un déséquilibre structurel dans le système des changes, ce qui pourrait poser problème à plus ou moins long terme, notamment en terme de stabilité financière et d’activités illicites.
- Malgré cette situation fragile, l’Éthiopie affiche une amélioration de ses chiffres de revenus issus des exportations et d’investissements étrangers, preuve que tout n’est pas noir dans ce tableau économique.
- L’injection ponctuelle de devises étrangères sur le marché est perçue comme une rustine plutôt qu’une solution durable, laissant les observateurs dans l’expectative.
En somme, la situation monétaire éthiopienne illustre une danse délicate entre réalités économiques brutales et ambitions politiques encourageantes. Pour ma part, cela ressemble à un numéro d’équilibriste : tenter de rassurer les marchés tout en jonglant avec des fondamentaux fragiles. Reste à voir si les promesses de réformes structurelles tiendront le timing face à l’inévitable pression des marchés, ou si le birr poursuivra sa chute spectaculaire. À suivre, avec un soupçon de fascination pour cette scène économique riche en rebondissements.
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