mer. Juin 24th, 2026

Hong Kong s’affirme comme une plaque tournante émergente de la cryptomonnaie.

Dans les centres commerciaux, des boutiques d’échanges en crypto accueillent désormais les clients, tandis que des centaines de distributeurs automatiques de cryptomonnaies fleurissent sur les artères animées de la ville. La semaine dernière, Eric Trump, fils de l’ancien président américain Donald Trump et figure centrale de l’empire familial dans la cryptomonnaie, a été invité au sommet Bitcoin Asia, organisé dans ce centre financier mondial.

La ville dévoile des ambitions fortes pour capter une part du marché des actifs numériques, estimé à 3 800 milliards de dollars, avec une nouvelle législation adoptée le mois dernier. Celle-ci ouvre la voie aux entreprises titulaires d’une licence pour émettre des stablecoins, une forme de cryptomonnaie adossée à des actifs réels tels que le dollar américain. Alors que la Chine continentale a interdit le trading et le minage de cryptomonnaies, le succès de ce dispositif à Hong Kong pourrait servir de terrain d’essai pour un stablecoin adossé au yuan offshore, stimulant ainsi l’adoption progressive de cette technologie.

Les experts saluent cette réglementation comme une nouveauté en Asie, plaçant Hong Kong quasi au même niveau que le Genius Act américain, qui a déclenché un engouement pour les stablecoins. Cependant, l’enthousiasme initial est tempéré par une approche prudente, freinant la croissance rapide observée aux États-Unis.

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Certains émetteurs potentiels déplorent des exigences strictes, notamment des réserves liquides importantes et des contrôles d’identité clients renforcés pour lutter contre le blanchiment d’argent, ce qui alourdit les coûts de conformité. Plusieurs acteurs, après un intérêt marqué, préfèrent aujourd’hui observer les premiers succès avant de déposer une demande de licence l’année prochaine.

La Hong Kong Monetary Authority (HKMA), banque centrale de facto, a quant à elle annoncé limiter ces licences à une poignée d’acteurs lors du premier appel prévu début 2025.

Depuis sa première déclaration de politique en 2022 sur les actifs numériques, la ville s’est engagée à devenir un pôle mondial de référence dans ce secteur. Au-delà de sa volonté de renforcer son statut de centre financier international, la dynamique hongkongaise reflète aussi l’intérêt croissant de la Chine pour la cryptomonnaie. Le recentrage de Pékin témoigne de son objectif d’internationaliser le yuan, face à la domination persistante du dollar via les stablecoins. Toutefois, le contrôle strict des capitaux reste un frein important à une adoption rapide.

Un cadre régulatoire prudent

Un large éventail de groupes, comprenant de grandes banques et des géants technologiques comme la Bank of China, JD.com ou Ant Group, ont manifesté leur volonté d’obtenir une licence pour émettre des stablecoins.

Yat Siu, fondateur du spécialiste des jeux vidéo Web3 Animoca Brands, qualifie la réglementation hongkongaise de « la plus avancée en Asie » pour ce type d’actif. Il souligne notamment que la possibilité d’obtenir une licence directement auprès de la banque centrale fait figure de modèle pour d’autres pays.

Animoca Brands a récemment créé une coentreprise avec Standard Chartered et Hong Kong Telecom pour postuler à ces licences, participant aussi à un projet pilote de « bac à sable » initié en 2023.

Le cadre impose que les stablecoins soient entièrement garantis par des actifs très liquides. La HKMA exige un capital minimum de 25 millions HKD (environ 3,2 millions de dollars) placé dans des comptes séparés pour assurer la disponibilité immédiate des fonds en cas de rachat.

Si cette rigueur garantit la stabilité et la confiance, elle exclut de fait les petits acteurs.

Esme Pau, responsable des marchés de capitaux chez Certik, spécialiste de la sécurité blockchain, souligne que les règles KYC (connaissance du client) strictes, comme la vérification d’identité pour toute transaction supérieure à 8 000 HKD, alourdissent considérablement le coût d’entrée.

Elle estime que cette lourdeur réglementaire freine l’enthousiasme à court terme, mais pourrait renforcer la solidité de l’écosystème sur la durée. L’espoir demeure que les exigences soient progressivement ajustées pour être plus adaptées aux réalités commerciales.

Dans un premier temps, les licences seront probablement attribuées à des institutions financières établies, ce qui limite l’usage des stablecoins aux échanges inter-entreprises plutôt qu’aux particuliers.

Jenny Zheng, économiste chez Morgan Stanley, note que l’accès est réservé à des émetteurs capitalisés et dotés d’une bonne gouvernance, ce qui témoigne de la volonté de la HKMA d’encadrer des projets viables et orientés utilité effective.

Les ambitions cryptos de la Chine à l’épreuve de Hong Kong

Au dernier sommet Bitcoin Asia, plus de 17 000 participants locaux et internationaux ont assisté à des conférences d’experts, découvrant des innovations allant des machines de minage aux solutions de trésorerie en bitcoin en passant par les portefeuilles numériques.

Malgré les restrictions en Chine continentale, le pays compte plus d’utilisateurs de cryptomonnaies que les États-Unis, avec une estimation de plus de 78 millions de détenteurs, selon Triple A.

David Bailey, investisseur et fervent défenseur du bitcoin, qualifie la Chine de « superpuissance du bitcoin » en raison de sa base d’utilisateurs et de ses activités de minage.

Le récent adoucissement du discours de Pékin traduit une reconnaissance de l’importance des stablecoins dans les paiements transfrontaliers et de leur impact disruptif sur la finance traditionnelle.

Selon Jeff Wen de Hayek Technology, ce changement reflète aussi l’intérêt accru de la Chine à contrer la suprématie du dollar sur la scène numérique, même si le yuan ne bénéficie pas encore d’un stablecoin performant hors du pays.

JD.com et Ant Group ont d’ailleurs encouragé la banque centrale à autoriser la création de stablecoins adossés au yuan offshore à Hong Kong pour rivaliser avec les monnaies numériques liées au dollar.

Cependant, les spécialistes jugent improbable l’émergence rapide de stablecoins en yuan avant que ceux adossés au dollar hongkongais ne fassent leurs preuves.

Selon Bailey, Hong Kong constitue un terrain d’expérimentation idéal pour ces technologies de pointe que la Chine souhaiterait peut-être introduire ensuite sur le continent.

Le succès dépendra en grande partie du déploiement effectif des premières licences et de la mise en circulation des stablecoins.

Emil Chan, co-président de la Hong Kong Digital Finance Association, pointe la culture prudente du secteur financier local comme un frein, où peu de cadres ont une expérience concrète des portefeuilles numériques.

Ce poids du savoir-faire financier traditionnel freine selon lui l’ouverture aux nouvelles technologies et aux produits innovants.

Points à retenir

  • Hong Kong déploie une réglementation innovante pour encadrer l’émission de stablecoins, se positionnant en leader en Asie.
  • Les exigences en capital et les contrôles KYC stricts excluent pour l’instant les acteurs de plus petite taille.
  • Seules quelques grandes institutions devraient obtenir les premières licences, limitant pour le moment l’usage aux échanges professionnels.
  • La dynamique est liée à la volonté chinoise d’expérimenter de nouvelles technologies monétaires hors du continent, en marge des restrictions locales.
  • Malgré l’intérêt, le secteur reste prudent, les acteurs préférant observer les premiers résultats avant de s’engager pleinement.
  • Le défi principal reste culturel : l’industrie financière locale demeure attachée à ses méthodes traditionnelles, freinant l’adoption rapide des innovations.

En résumé, Hong Kong apparaît comme un laboratoire ambitieux et rigoureux des stablecoins, où prudence rime avec opportunité. Serait-ce le futur de la finance digitale ou simplement une répétition prudente avant un épisode plus spectaculaire ? À suivre, avec l’œil aiguisé d’un observateur à la fois enthousiaste et légèrement sceptique – parce qu’après tout, même dans le monde effervescent des cryptos, il faut parfois savoir prendre son temps.


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